Denis Bonzy

Catégorie : Etats-Unis

  • J – 03 : l’élection qui ne peut susciter de l’indifférence

    Les Affiches 05 11 16

    C'est toujours délicat d'évoquer un article auquel on a été invité à participer. Mais pour autant pourquoi ne pas exprimer la satisfaction d'avoir contribué modestement à donner un éclairage sur une élection qui ne peut susciter de l'indifférence ? Le dossier réalisé cette semaine par Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné est particulièrement utile sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, comment serait-il possible d'ignorer le scrutin du 8 novembre ? C'est impossible compte tenu de l'importance des Etats-Unis dans les grands sujets internationaux : guerres, climat … Sur la forme, c'est un choix éditorial très judicieux que de répartir l'explication du scrutin, le volet économique et la comparaison avec la France. 

    Plus cette élection avance, plus chacun prend conscience d'un mécanisme redoutable qui a été enclenché lors des primaires : accepter que la course à la seule détestation ne s'installe à ce point extrême. L'affiche qui circule ci-dessous sur les réseaux sociaux illustre ce climat. C'est une réalité de plus particulièrement préoccupante parce que l'après 8 novembre s'annonce bien périlleux. Et ce n'était pas nécessaire dans les circonstances actuelles.

    Election US 05 11 16

  • 2008 ou le 4 novembre historique : que la démocratie est belle !

    Boston Nov 08 042

    Le 4 novembre 2008, sur la cote Est des Etats-Unis, le temps est frais mais beau. Dès l'ouverture des bureaux de votes, des files d'attente considérables patientent dans le calme pour voter. Des commerçants ont fermé leurs boutiques en affichant un panneau indiquant qu'ils sont allés … voter. Et souvent même en indiquant pour qui !

    Boston Nov 08 046

    La veille au local de campagne d'Obama sur Boston, sur 3 étages, les militants se mobilisaient, téléphonaient, venaient chercher les derniers tracts pour arpenter les rues …

    Boston Nov 08 050

    A 23 heures (heure locale), le résultat tombe. Obama a obtenu 52 % des voix.  Dans la foulée immédiate, à Phoenix, McCain reconnait sa défaite et souhaite bonne chance au Président nouvellement élu. 

    Quelques minutes plus tard, à Chicago, au parc  Grant, devant 100 000 personnes, Obama prononce son discours de victoire. 

    Obama 2 victoire 2008

    Et dans les rues, c'est une liesse populaire considérable. 

    C'est le vote d'un rêve : le premier Président métis de l'histoire des Etats-Unis. Quel plus beau symbole d'intégration et surtout de démonstration que rien n'est impossible en raison de sa couleur de peau. Une belle présidence allait débuter. Dans de tels moments, que la démocratie est belle !

    Obama 2008 victoire

     

  • Un microcosme parisien hors sol

    Obama 24 08 16

    Paris doit vivre en lévitation. Un autre univers. Les laudateurs professionnels s'interrogent face à des chiffres qu'ils n'avaient pas vu venir. Mais aussi voire surtout, ils passent sous silence des faits qui sont lourds de significations. Poutine et Hollande se rencontrent. Pas à Paris mais à … Berlin. Obama va faire sa dernière tournée internationale du 18 au 20 novembre. A-t-il prévu de passer par Paris ? Non. Il passera par … Berlin où Hollande va se déplacer pour rencontrer Obama. Lors de ce qui était officiellement la "tournée européenne d'Obama", était-il déjà passé par Paris ? Non. 

    Paris n'est plus une une capitale politique internationale comme point de passage obligé. C'est Berlin.

    Le sondage à 4 % de satisfaction pour le bilan Hollande : les médias en font des tonnes. Mais la réalité, c'est que la page Hollande est déjà tournée. Quand une émission a ce thème, la province zappe. Plus de temps à perdre avec le "sujet Hollande jugé irrécupérable".

    Le livre sur les cadeaux des émirs aux politiciens français : pas un mot. Et pourtant quels scandales d'Etat que d'imaginer des responsables politiques quémander par SMS leurs chaussures ou leurs billets d'avions auprès de l'Ambassadeur du Qatar à Paris … 

    Le jour où le microcosme parisien reprendra goût aux réalités, les audiences des médias changeront et le climat démocratique y gagnera.

     

  • Une démocratie peut supporter combien d’hivers ?

    Trump 17 10 16

    Les Etats-Unis sont en train de vivre un épisode dramatique d'une élection présidentielle. Des scènes irréelles se banalisent comme l'entrée des médias conspués dans les réunions de Trump. Une primaire qui n'a pas joué sa fonction de vraie sélection c'est à dire l'étape où l'on va déjà tout connaitre sur les candidats. Combien d'hivers faut-il pour que l'opinion se dresse pour défendre d'abord ses droits à une démocratie digne de ce nom c'est à dire le nom d'une des plus belles conquêtes de la civilisation occidentale ? Et la France ne prend-elle pas le même chemin avec 6 mois d'écart ? Il y eut le "politiquement correct" ou la façon de bâillonner les débats au titre de la "pensée unique". La mondialisation et l'Europe ont été alors les armes de cette guerre contre les pensées dissidentes. Puis il y eut les mots interdits ou l'autocensure banalisée pour ne pas encourir la contre-ambiance. Et maintenant c'est au tour du "tout possible et surtout le pire" comme si le balancier devait vivre un autre extrême. 

    Mais que se passe-t-il le jour d'après ?  Les grandes puissances ont "beaucoup d'édredons" pour amortir les chocs. Mais la France n'appartient plus à ce groupe. Si elle vit une présidentielle à l'américaine c'est à dire en 2017 comme ce fut le cas pour eux en 2016, quels lendemains ? Qui va enfin rétablir de "justes équilibres" face à une présidence qui incarne le chaos et des partis politiques en proie aux règlements de comptes généralisés ? 

    Jusqu'où l'hiver doit-il imposer ses punitions pour que le sursaut se produise ? Au rythme des 15 derniers jours, l'inquiétude grandit de façon accélérée. L'accoutumance à l'impossible pour hier devrait quand même commencer à questionner sérieusement.

  • La violence sexuelle faite-elle partie de la « culture française » ?

    Silence

    L'examen de faits mérite l'attention. En France, une Sénatrice interpelle un Ministre sur des faits graves de possibles violences sexuelles. Conséquence pratique : aucune. Discrétion quasi-totale. Même pas une investigation journalistique digne de ce nom. A chaque rentrée universitaire, le bizutage fonctionne de façon souvent humiliante pour les filles. Des évolutions ? Aucune. Des collaboratrices parlementaires font un site pour libérer les paroles. Des reportages à des heures de grande écoute ? Rien.

    Et la liste pourrait durer longtemps. Où en est l'affaire Baupin par exemple ?

    Comparons les faits :

    1) Aux Etats-Unis, Trump a plié sa campagne avec 6 révélations vieilles de 15 à 20 ans. Kirsten Gillibrand a mené des investigations parlementaires sur les violences sexuelles dans l'armée avec sanctions fortes à l'appui. Les auditions parlementaires voyaient défiler les états-majors ayant à répondre de faits précis.

    Armée US violence sexuelle

    La liste des Gouverneurs  conduits à démissionner est longue suite à une révélation d'harcèlement. La Californie a mis fin à toute prescription pour les violences sexuelles. Ils peuvent être poursuivis sans considération de délais pour être sanctionnés !

    2) Au Canada, une loi très sévère est en préparation à l'initiative du mouvement «Québec contre les violences sexuelles» qui revendique également un financement adéquat des organismes luttant contre ce fléau, le déploiement d'une campagne de sensibilisation grand public et l'instauration d'une formation annuelle pour les recteurs et l'ensemble des élus de l'Assemblée nationale.

    Quand on constate la différence de traitements pour des faits identiques, il y a matière à se demander si la violence sexuelle ne fait pas partie intégrante de la "culture française" ? Une sorte d'héritage de la monarchie qui légitimait le droit de cuissage des puissants et le cortège des maîtresses. Ce pays ne s'est jamais remis des épisodes les plus détestables de son Histoire, celui-là comme tant d'autres. C'est quand même triste de devoir le constater si souvent à ce point.

  • Quand le système est cassé

    Paul Ryan 17 07 16

    Hier, Cécile Duflot a essuyé une défaite cinglante. Il y a encore quelques semaines, les sondages la donnaient gagnante et facilement. Des médias de gauche comme le Huffington Post l'annonçaient même déjà comme la "révélation probable du 1er tour de la présidentielle". Et le Jour J = plongeon. Par définition, il n'est pas possible de sonder avec rationalité quand l'échantillon de base n'est pas sécurisé. Même si l'échantillon est sécurisé, c'est déjà difficile quand 30 % des votants se déterminent en moyenne dans les derniers jours. Mais quand l'échantillon de base est totalement aléatoire, c'est du jeu et non plus de l'expertise.

    Pour des primaires, c'est la différence entre dire oui à un vote et donner un nom en étant assis dans le fauteuil douillet de son salon lors d'un sondage téléphonique et le Jour J prendre sa voiture pour aller voter, faire 15 kilomètres, neutraliser une 1/2 journée de week-end …

    Les Etats-Unis ont connu cette année de nombreux sondages pour des primaires locales. Le 5 août dans le Wisconsin sort un sondage. Un inconnu (Paul Nehlen) est donné gagnant face à Paul Ryan (ex co-listier de Mitt Romney en 2012 et Speaker de la Chambre / photo ci-dessus). Nehlen doit battre Ryan : 48 / 41. Et les médias se déchaînent. Le 9 août, le vote a lieu : Ryan = 84 % et Nehlen = 16 % ! Les partisans de Ryan avaient voté et les indécis et indépendants plus favorables à Nehlen étaient restés chez eux. La différence entre répondre à un sondage téléphonique en 5 minutes et se déplacer le Jour J en consacrant tout le temps nécessaire. 

    Les médias connaissent cette réalité. Les instituts de sondages aussi bien entendu. Mais les médias doivent alimenter l'information et les instituts de sondages doivent vendre des sondages même en ayant conscience de leurs lourdes imperfections. Quand un système avance sur de telles "bases", il est manifestement cassé.

  • Une réalité française qui mériterait une réflexion plus sérieuse

    Trudeau 08 09 15

    Dans 3 jours, Justin Trudeau va fêter sa première année de mandat au Canada. En France, en 2014, moins de deux ans après l'élection de F. Hollande, la majorité présidentielle prenait une raclée historique. Il suffisait presque de se dire opposant à Hollande pour être … élu. Actuellement, au Canada, le parti de Justin Trudeau caracole en tête des intentions de votes avec le score de 53 % très largement devant tous les autres partis.

    Dans quelques semaines, Barack Obama va quitter la Maison Blanche après 8 ans de pouvoir. En France, le pourcentage d'opinions favorables de Hollande est de 16 % après 4 ans de pouvoir. Aux Etats-Unis, la notion qui s'approche le plus de ce concept est celle du taux d'approbation. Le dernier sondage publié par CNN la semaine dernière, le taux d'approbation de Barack Obama est de 55 % ! 

    Obama 18 11 13

    Contrairement à l'idée désormais répandue en France, il n'y aurait pas une impopularité mécanique liée à l'exercice du pouvoir. Et pourtant aux Etats-Unis et au Canada, les médias n'ont pas la même culture complaisante que bon nombre de médias français très légitimistes. 

    C'est un fossé de décalage qui mérite l'attention plutôt que de se complaire dans l'idée d'une exception française comme si exercer le pouvoir devait être un exercice sacrificiel. 

    C'est quand même agréable de constater qu'il y a des démocraties où le pouvoir peut accompagner une démocratie positive. C'est une situation fragile, précaire comme le montre l'actuelle campagne présidentielle américaine. Il n'y a rien de jamais acquis. Mais lorsque les dirigeants trouvent les bonnes méthodes, l'opinion moderne n'est pas automatiquement ingérable, contestataire, prête à sanctionner. Des chiffres à méditer.