Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Ces moments si particuliers où, sans que rien n’ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent …

    DB cantonales 88 réunion lancement

    Dans les relations humaines, sur le plan collectif ou individuel, des moments très particuliers où, sans que rien n'ait encore changé en apparence, tout est pourtant déjà différent. Quand c'est positif, c'est un moment magique. Quand c'est négatif, c'est une forme de tragédie. Avec la victoire d'Alexandria Ocasio-Cortez, les Etats-Unis vivent un moment positif magique de cet ordre. C'est une chance réelle que d'avoir pu vivre de tels moments positifs collectifs. J'en ai vécu trois directement + 1 comme observateur. Le premier fut une campagne municipale à Grenoble. J'étais jeune et je me souviendrai tout le temps du moment où des habitants Bd Agutte Sembat baissaient la vitre de leurs voitures pour sortir le bras avec le V de la victoire, pour crier : "allez, c'est bon !". Le second fut la réunion de lancement de ma campagne cantonale à Vif (photo ci-dessus). Salle pleine. A la fin de la réunion, des personnes demandant des affiches pour les placer dans leur jardin, les exposer aux fenêtres …. Un porte à porte adorable avec M. Jacques Menut avec les portes qui s'ouvraient pour convier à visiter la … cuisine pour montrer une carte postale de campagne posée sur le réfrigérateur … Le troisième fut au printemps 2008 aux Etats-Unis avec cette vague pro-Obama qui prenait corps. Porter la casquette de sa campagne était l'assurance de manifestations immédiates de soutiens. Le dernier fut en février 2014 quand l'équipe d'Eric Piolle a organisé un événement de campagne à la Bastille. Je suis allé voir le départ à partir des Bulles sur les quai. Ce monde. Cette jeunesse. Mais surtout cette gaieté. Difficile d'imaginer que la défaite pouvait être au rendez-vous. A ceux qui s'interrogent parfois sur un engagement civique, une seul conseil, ne pas passer à côté de la possibilité de vivre cette fièvre si particulière. 

  • Au suivant …

    Geo n°174 aout 1993

    Hier, le Gouvernement a présenté 60 mesures en se plaçant au chevet de la biodiversité en France. Et un programme de plus. Avec le recul, la période présente sera très sévèrement jugée par un constat simple : "ils étaient au courant de tout mais ils n'ont jamais rien fait !". La photo ci-dessus date du n° 174 de GEO (août 1993). 25 ans ! Tout y est dans le reportage avec un titre évocateur en couverture : "SOS ! Les plages, les espèces, les fonds marins à sauver !". Qu'est ce qui a été fait ? Rien ou si peu. En décembre 2015, il y a moins de 3 ans, la COP21 était supposée régler les défis de la biodiversité. Pourquoi faut-il encore un plan de plus aujourd'hui ? Et la France respecte-t-elle seulement ses engagements pris hier ? Non. C'est un cinéma permanent de seule communication : occuper le terrain et faire croire … Sur un sujet de cette importance aussi capitale, se contenter de ce cinéma, c'est terrible. Car une réelle crise systémique est engagée. Le système auto-alimente l'étape d'après. Le vrai débat sérieux c'est l'identification de la durée d'inertie pour inverser la tendance. Selon les rapports, les experts estiment de 30 à 50 ans ces délais pour inverser une fois les mesures prises. Les mesures sont annoncées et jamais prises dans les faits. Une situation totalement irresponsable car l'environnement n'a pas les défenseurs qu'il mérite. Le coût sera payé très chèrement par les prochaines générations. Une faillite collective de première ampleur. 

  • La fête de l’indépendance

    Libération Grenoble 04 07 18

    Aujourd'hui aux Etats-Unis, c'est un jour de réelle fête populaire : l'Independence Day. La célébration de la déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776. D'immenses fêtes familiales, populaires, municipales ont lieu. Deux mots formidables : fêter c'est à dire avoir la mémoire joyeuse. Et l'indépendance : être maître de son devenir. Libre ! En France, je suis surpris par la marginalisation progressive des vraies dates d'indépendance. Parfois au fond d'une vallée on tombe sur un monument aux morts. On lit des noms et des âges. Une fois par an, ils ont droit à la visite d'officiels qui l'espace de 30 minutes déposent des fleurs puis repartent souvent très rapidement. Plus le temps passe, moins la fête est partagée populairement. C'est choquant à ce point là. Comme s'il n'y avait en France qu'à célébrer la chute de la monarchie alors que le pays a si rapidement remplacé la monarchie du sang par celle de l'entre soi. Et surtout comme si la monarchie pouvait être un péril pire que le … nazisme. Il y a des moments où le ré-ajustement des fêtes nationales mériterait une plus grande attention.

  • Les pin’s oubliés …

    PIns John 03 07 18

    "Rangez. Le reste suivra …" : cette formule sera comprise par ceux qui procèdent épisodiquement aux travaux incontournables de rangements. Que garder ? Que donner ? Que jeter ? Et d'un coup tomber sur des boites oubliées. Tellement bien rangées … qu'oubliées. Les ouvrir et prendre une succession de belles images. Ce fut le cas ce week-end en trouvant la boite à pin's de nos fils. Si nombreux. Au point de ne pas se rappeler qu'ils aient pu les engranger aussi méthodiquement. Mais surtout tellement bien classés : année par année. Les inscriptions font revivre des voyages. Des anecdotes. Finalement, il y a des boites qui gagnent à être tellement bien rangées qu'elles ne se rappellent à la mémoire que de nombreuses années après. Car la mémoire est bien une séquence de vie à part entière. 

  • Les Obaméricains existent-ils encore ?

    Obama 01 07 18

    3 dates méritent l'attention comme symboles d'une terrible accélération. 2008 : victoire de Barack Obama. Le visage de l'Amérique des réconciliations. 2016 : Victoire de Trump ou l'Amérique des divorces. 2018 : les primaires du dégagisme dans une radicalisation généralisée. Une radicalisation telle chez les Démocrates comme chez les Républicains qu'il y a matière à se poser une question : même dans les rangs Démocrates, où sont passés les Obaméricains ? Derrière ce terme s'étaient retrouvés ceux qui croient à la nécessité de tolérance, de modération mais surtout d'espoirs. Jeudi à Los Angeles, lors d'un discours devant des donateurs, Obama a très bien résumé ce qu'il a tenté d'être : l'espoir face aux peurs. Les peurs ont gagné. Comment est-il possible de gagner sur les peurs en surfant sur … elles ? En moins de deux ans depuis le départ d'Obama de la Maison Blanche, les Obaméricains ont disparu. Même chez les Démocrates, ce sont les radicalisés qui gagnent. C'est probablement le marqueur le plus inquiétant que cette disparition des Obaméricains car le choc des radicalités ne peut guère rassurer.

    NB : le plaisir de constater que sur SlideShare mon livre sur la campagne Obama 2008 est toujours en tête. Bientôt franchir le seuil des 6 000 visiteurs ? Merci pour cet intérêt.

  • Tant que la France refusera de reconnaître qu’elle est devenue une impuissance moyenne …

    Assemblée Nationale

    Ce matin, l'INSEE a indiqué que la dette publique de la France a grimpé à 97,6% du Produit intérieur brut contre 96,8% à la fin du dernier trimestre 2017. Rapportée à la richesse nationale, cette dette de l'ensemble des administrations publiques, mesurée selon les critères de Maastricht, s'est établie à 2.255,3 milliards d'euros au premier trimestre, en hausse de 36,9 milliards par rapport au trimestre précédent. Que peut faire un pays qui a une dette record avec, en même temps, une imposition record ? Rien. La France est devenue une impuissance moyenne qui refuse toujours de regarder en face la réalité de sa situation. Son train de vie publique est trop élevé. C'est comme la vieille aristocrate qui refuse d'admettre sa déchéance. Mais à la moindre montée des taux d'intérêt, il faudra vendre des … châteaux en nombre pour éviter la faillite. Incontournable. Ce qui est sûr c'est que le meilleur moyen de soigner une maladie cela n'a jamais été de refuser de voir sa … maladie. C'est ce qu'il y a de plus inquiétant dans la situation française depuis de nombreuses années déjà. 

  • De 35 000 à 1 200 : le chiffre qui en dit long …

    Vaucluse

    Au début des années 1 900, la France comptait 35 000 gardes champêtres. Encore officiellement 30 000 en 1950. Aujourd'hui, ils sont … 1 200 ! Ce chiffre met en relief à lui seul l'abandon par un pays de son "esprit village". Le garde champêtre c'est le visage humain de l'autorité dans la proximité durable. Il avait souvent connu les adolescents à problèmes quand il assurait la surveillance de la sortie des écoles primaires. C'était pas seulement un uniforme mais un nom et encore plus souvent un prénom. C'est l'autorité, titulaire agréé par le Procureur de la République, sachant être à la fois conciliateur et garant de règles de bon fonctionnement collectif. Le garde champêtre c'est la France des villages où la proximité signifie la compréhension mutuelle, des formes réelles de solidarité de façon naturelle. Ce qui est en train de se passer depuis au moins une décennie, c'est la disparition de cette France des villages. Et cette évolution est d'une extrême gravité. La France n'a pas su gérer ses villes. Elle étend le "modèle" qui fonctionne le plus mal. Méthode surprenante. C'est l'un des échecs majeurs actuellement d'Emmanuel Macron : il ne change pas de paradigme. Il faut changer la manière de voir les choses. Réhabiliter pour de bon des valeurs qui ont fait leurs preuves par le passé. Quand j'ai exercé la fonction de Maire, cette fonction de garde champêtre m'est toujours apparue essentielle. D'ailleurs en octobre 1992, j'ai veillé à ce que l'intéressé, M. Deuil (personnalité très attachante qui connaissait la Commune "comme sa poche" et avec un dévouement exemplaire) soit décoré. Aujourd'hui, sur la même Commune, il n'y a plus de garde champêtre. Et la situation de la sécurité quotidienne s'est détériorée dans des proportions impensables à l'époque. Il y a des chiffres qui en disent long.

    DB Michel Deuil octobre 1992

     

  • Un d’entre nous !

    Alexandria Ocasio Cortez 3

    A chaque mercredi, lendemain de primaires aux Etats-Unis en cette période d'élections intermédiaires de novembre 2018, c'est la liste des "têtes couronnées tombées". "Têtes couronnées" par des années d'élections, de titres, d'appartenance à un milieu politique. Mais tombées parce que les "indéboulonnables" sont … déboulonnés. Non seulement le 26 juin n'a pas échappé à ce mouvement. Mais un record a été battu notamment à New York avec la défaite de Joe Crowley. Elu depuis 1999 avec une moyenne de 70 % des voix et hier battu par une jeune candidate de 28 ans. A la longue, l'affairisme, l'inefficacité, #MeToo et les scandales d'harcèlements … : les élections deviennent la revanche des citoyens sur leurs représentants professionnels. Du jamais vu. #OneOfUs est la formule magique. Dans chaque "formule magique", il y a la rencontre avec l'attente du moment. Le "en même temps" d'Emmanuel Macron en 2017 témoignait de la volonté de sortir des affrontements permanents droite / gauche. Parfois quelques mots résument toute une offre de fond. C'est le cas du #OneOfUs : la campagne des pairs. Les citoyens veulent d'autres citoyens pour les représenter. Une réalité à méditer. 

  • Il y a actuellement un dangereux enlisement dans l’acceptation du caporalisme

    Romney 17 02 18

    Aujourd'hui aux Etats-Unis, 7 Etats vivent des primaires. L'un d'entre eux est l'Utah. Etat sauvage magnifique. Dans cet Etat se présente Mitt Romney qui a connu une carrière remarquable : Bain Company, organisateur des JO de Salt Lake City, puis Gouverneur du Massachusetts, puis candidat à la primaire présidentielle du Parti Républicain (2008), puis candidat Républicain à la présidentielle (2012) et pour tenter de se faire élire Sénateur dans l'Utah à 71 ans il doit effectuer des concessions irréelles en faveur de Trump dont il est à l'opposé de longue date. J'ai rencontré sur Boston à quelques reprises des ex collaborateurs de Mitt Romney, tout l'oppose à Trump. Et pourtant, pour avoir une certaine paix, il doit composer. A 71 ans ! Il y quelques semaines (début mai 2018), une légende du parti Républicain, John McCain, s'est démarqué de Trump. McCain a 81 ans. Il lutte contre un cancer avec des opérations répétées. Quel commentaire a été diffusé par un membre de l'équipe de Trump après que McCain ait exposé sa différence : "pas grave il va mourir !". Une personnalité remarquable que j'avais rencontrée à Washington à la fin des années 90.

    McCain 1997 DB

    Il est beaucoup question actuellement d'obscurantisme religieux mais lorsque l'obscurantisme partisan est à ce niveau il en dit long sur l'état d'esprit des citoyens qui cautionnent de telles méthodes. Des formules scandaleuses de ce type devraient générer un immédiat trou d'air dans les sondages.  Même pas. Il y a actuellement un dangereux enlisement dans l'acceptation du caporalisme. Et à tous les niveaux. Et dans de nombreux pays dont la France. Sur de nombreux votes, la majorité parlementaire accepte d'être caporalisée. Il en est de même dans des instances locales dont des conseils municipaux. Alors que la société civile gagne en maturité, donc en liberté d'analyses comme d'expressions et de fonctionnements, plus la vie politique se caporalise parce que des radicaux prennent une influence croissante. Ils ne sont plus citoyens mais clubs de fans prêts à supporter n'importe quoi. Un divorce très inquiétant.

  • Le pouvoir doit se déplacer …

    Arc en ciel 22 10 17

    C'est étonnant comme en France il y a un tournant de la gouvernance publique qui n'est pas intégré : le pouvoir doit se déplacer. Il ne s'agit pas de déplacement géographique pour aller sur tel ou tel territoire. Il s'agit d'accepter de transférer le pouvoir à ceux qui font sur le terrain : entrepreneurs, citoyens, artisans … Même avec un jeune Président, on vit toujours dans la culture du pouvoir qui encadre alors qu'il devrait libérer. Qui réglemente alors qu'il devrait supprimer des entraves. La véritable révolution culturelle est là : quand Paris regardera la Province sans esprit de mise sous tutelle mais comme des territoires prêts à expérimenter, innover, gagner. Hier sur une Commune dont j'ai été maire, j'ai discuté en fin d'après-midi sur la place du village au moment où j'allais faire des photos vers 18 heures. J'évoquais avec eux la date anniversaire du 1er référendum sur le coeur-village. Près de 75 % de participation. Et ce formidable appétit de décider.

    SPV magazine municipal referendum juin 1991

    Et de constater cet enthousiasme à l'idée que les citoyens puissent décider. Depuis mai 2017, la véritable révolution n'est pas intervenue en France. La dépense publique ne baisse pas. Les prélèvements publics augmentent toujours. Et le jeune Président ne transfère pas le pouvoir. Il devrait se méfier. C'est peut-être le réel sujet du divorce possible. Le temps n'est pas au "pouvoir jupitérien" qui sait tout pour les autres mais au pouvoir du pair qui accepte de faire confiance aux autres… Il faut accepter que le pouvoir se déplace pour être mieux partagé.