C'est un sujet essentiel dans le droit public : jusqu'où une crise peut-elle emporter des digues d'ordinaire solides ? Hier, aucun chiffre donné sur les décès dans les Ehpad. Pourquoi ? Dans un pays aussi sur-administré que la France avec des ARS souvent très pointilleuses, qui peut comprendre qu'un état journalier de cette importance puisse ne pas être rendu ? Chaque crise est le test des valeurs d'une démocratie. L'attachement réel à des valeurs de vérité, du droit à être informé … La France a rarement su gérer ses crises. La France de Vichy a vu ses institutions sombrer dans des dérives gravissimes même dans l'institution judiciaire (les sections spéciales). Pendant l'Algérie, idem. Le plus surprenant, c'est d'ailleurs la capacité collective ensuite à ne pas vouloir regarder en face les crises que la crise a engendrées. Actuellement, ne sommes-nous pas de nouveau au bord de telles pratiques ? Pourquoi des chiffres sur les décès liés au Covid-19 ne sont-ils pas publiés de façon exhaustive ? Et s'ils ne sont pas publiés, pourquoi les raisons véritables ne sont-elles pas données ? Ce sont des questions qui sont loin d'être marginales.
Auteur : Denis Bonzy
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Covid-19 : le temps des explications nécessaires doit s’engager
S'interroger n'est pas polémiquer. Questionner n'est pas critiquer. Dans les moments de crises, chaque pouvoir dresse le piège de l'union nationale : forme d'obscurantisme destinée d'abord à faire taire tout débat possible. Or, pour adhérer aux objectifs d'une gouvernance, publique ou privée, il faut préalablement être sûr de la qualité des objectifs poursuivis. Aujourd'hui, un volet n'est jamais traité ou si peu : comment expliquer, à l'écart de toute théorie du complot ou polémique partisane, les chiffres suivants des décès : France (10 328), Allemagne (2 016), Royaume Uni (6 169), Suisse (821), Canada (381), Portugal (345), Israël (65), Australie (49), Danemark (203) … Il doit y avoir une explication dans une telle différence de chiffres officiels du nombre total par pays des décès liés au Covid-19 ? Pourquoi cette explication n'est-elle jamais abordée ? Chaque état de crise a d'abord été la crise de la vérité. Chaque "guerre" a d'abord été un terrible théâtre de manipulations outrancières de l'opinion. Aujourd'hui, dans des circonstances d'une telle gravité extrême, le premier médicament collectif utile c'est la vérité. Ces écarts nécessitent des explications calmes, sérieuses.
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Noël Dejean de la Batie : quand le talent et le travail mènent à l’art du Droit
C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris le décès du Professeur Noël Dejean de la Batie. Il fut l'un des Professeurs capables de montrer toutes les facettes de l'intelligence. L'intelligence peut être subtilité d'une extrême finesse, connaissances acquises par le travail et par l'expérience mais aussi mirage d'un raisonnement pas assez passé au filtre du recul toujours nécessaire. L'intelligence peut être aussi humour, auto-dérision et surtout humilité permanente car il y a toujours à savoir davantage. Noël Dejean de la Batie était cette intelligence pour ses étudiants. A la fin de la seconde année de droit, lorsque le choix s'imposait alors entre les "privatistes" et les "publicistes", les matières s'effaçaient souvent derrière le profil des maîtres. Les uns choisissaient la subtilité d'un Claude Giverdon, l'immensité des connaissances d'un Jean Larguier, la solidité de démonstrations d'un Ernest Escolano, l'impertinence provocatrice d'un Jean Claude Coviaux et pour d'autres la diplomatie d'un Philippe Chapal qui parvenait à faire aimer le … droit de la mer, la réserve très british d'un Jean François Guilhaudis sur le droit de la guerre, les emballements de Gérard Chianéa sur l'Histoire du Droit et la passion d'une exemplarité de tolérance de Gustave Peiser. Et la liste des références pourrait durer si longtemps encore. Et il y avait Noël Dejean de la Batie : l'art du Droit : toujours chercher la définition du mot qui expliquera la justesse d'un raisonnement. Chacun de ses cours était un moment exquis. Pour qu'il en soit ainsi, il faut du talent ET une très belle personne : l'un ne peut jamais aller sans l'autre. MERCI.
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L’économie de l’effondrement …
Joël de Rosnay a mis en évidence ce matin un article remarquable sur l'économie de l'effondrement, c'est à dire les journées post Covid-19. Parce qu'il y aura bien effondrement. La question c'est l'ampleur de l'effondrement. L'actuelle crise sanitaire suscite des griefs sur l'impréparation. L'article ci-dessus paru dans Challenges du 06 février 2020 met en lumière le "retard à l'allumage". Faut-il avoir demain le même retard pour l'économie ? La situation actuelle me semble mettre en évidence des réalités traditionnelles pourtant aujourd'hui absentes du débat de façon étonnante. Une absence surprenante à mes yeux. 1) Puisqu'il est question de guerre, d'ordinaire, le fauteur du trouble international (Allemagne, Japon …) a toujours été puni par la communauté internationale. Là, la Chine échappe a la moindre sanction alors même qu'elle a été incapable de faire régner l'hygiène sur ses marchés. La formule "l'Histoire, c'est la pesée des nations" doit-elle conduire à considérer que la Chine est maintenant trop puissante pour être punie ? Dans cet Etat, a quoi a servi le réseau des ambassades ? Est-il déconnecté à ce point des réalités du terrain qu'il doit s'en tenir aux seuls mensonges officiels ? 2) L'interprétation de la "revanche de la nature" : on lit souvent une interprétation selon laquelle le confinement serait la revanche de la nature qui contraindrait les êtres humains à cesser leurs activités classiques "destructrices". Pour ma part, je vois surtout dans l'actuelle cause officielle, si elle est confirmée (?), le rappel de la dangerosité de la nature quand les avancées humaines n'ont pas été capables de faire progresser l'hygiène comme la raison. Manger une chauve-souris, un pangolin ou un serpent ou pire encore l'un d'eux déjà contaminé par l'un des deux autres, ce n'est pas une revanche de la nature : c'est une défaite dramatique de la civilisation. 3) Chacun se félicitait de l'inexistence des distances : ce nomadisme moderne s'affranchissant des frontières comme des distances. Et là, d'un coup, il faut tenir tout le monde à … distance. Même les plus proches. Avec ces trois volets au moins, c'est une "guerre" très atypique qui est livrée actuellement. Comme la guerre de la santé a débuté avec beaucoup de retard, celle de l'économie n'est-elle pas sur le même chemin ? Cumuler deux retards de ce type c'est l'annonce d'un sacré passif dans quelques mois.
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Un choc économique d’une ampleur considérable
Par la rudesse de sa réactivité, l'économie américaine donne une première image comparée dans le temps de l'ampleur de l'actuelle crise économique liée à la crise sanitaire mondiale. Un véritable séisme.
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Bravo l’ISEG Lyon : 10 ans d’avance !
Chaque crise sérieuse produit des victimes et des naissances. Vers 2010, l'Iseg Lyon a modifié le périmètre de ses cours pour introduire une formation sur la crise : gestion, communication … Pour partie, cette logique d'alors était inspirée par la crise de 2008 avec ses conséquences financières lourdes. Mais l'équipe pédagogique avait introduit une considération forte qui était celle de la périodicité désormais de crises mondiales fortes. Le relecture ces derniers jours de mémoires d'étudiants est très intéressante sur la soudaineté des crises et surtout sur le fait qu'à l'issue ce n'est que très rarement le retour à l'état d'avant la crise. Ce dernier point est une constante peu appréhendée parce que l'idée même de retour à la situation d'avant rassure alors que la crise angoisse. Donc imaginer pendant la crise que les jours d'après seront nouveaux ajoute à l'angoisse. Et pourtant, c'est presque toujours ce qui s'est produit : après n'est plus avant ! Bravo à l'équipe pédagogique de l'Iseg Lyon d'avoir eu ce pragmatisme. La satisfaction d'avoir participé au groupe des intervenants dans ce cadre. L'espoir que des étudiants d'alors soient aujourd'hui mieux "armés" dans leurs responsabilités actuelles.
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Une année sans les balades du début de printemps
La vie garde toujours un espace pour l'inattendu le plus imprévisible. C'est parfois charmant. D'autres fois douloureux. Actuellement, cela relève de l'inattendu angoissant. Ma première année sans les belles balades du début de printemps.
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Décès de Marcel Chion : beaucoup de tristesse
Très bel hommage rendu par Alain Carignon sur sa page Facebook. Des mots vrais, justes. La dernière fois que j'ai pu parler longuement avec Marcel Chion date de plusieurs années déjà. Par le fait du hasard, quai Créqui. Je lui avais alors confirmé toute mon émotion et mon immense reconnaissance quand j'avais vu dans l'Eglise de St Paul sa haute silhouette pour la messe pour le décès de papa. Nous avions longuement échangé. Si un éditeur avait pu obtenir de Marcel Chion un livre de confidences, c'eût été une mine de révélations très instructives. Il a connu la gentillesse permanente d'Alain Carignon et de Jacqueline dans des conditions qui ont créé entre eux un lien très fort, l'énergie débordante de Marie-Jo qui lui remettait chaque soir la fiche enfin finalisée des déplacements du lendemain à une époque sans … GPS, l'enthousiasme communicatif d'un Jacques Chirac lui imposant un week-end éreintant lors du Congrès du RPR à Grenoble,
les anecdotes d'un Haroun Tazieff, réel Tintin des temps modernes,
l'expression à très douce voix d'un François Mitterrand se rendant aux côtés d'Alain Carignon au Congrès de la Mutualité à Grenoble …. Mais aussi parfois la distance d'autres personnalités révélant alors une pathétique facette de leur vrai tempérament. Comme l'écrit à juste titre Alain Carignon, Marcel Chion était un vrai "intuitif" des pronostics électoraux. En 83, à l'observation de l'accueil d'Hubert Dubedout sur les marchés, il avait été l'un des premiers à établir un pronostic alors très "rebelle". Toutes mes condoléances les plus chaleureuses à sa famille. Une très belle rencontre offerte par la vie. Pour prendre connaissance de l'hommage d'Alain Carignon, cliquer sur le lien suivant : Marcel Chion.
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Ces « terres » étrangement peu explorées …
Face à une crise d'une ampleur historique, deux "terres" restent étrangement inconnues : l'identification sécurisée de la cause d'origine et l'identification des conditions de sortie. Sur la cause d'origine, est-il satisfaisant de constater cette "vérité officielle" si peu expliquée d'un choc alimentaire inattendu ? Pourquoi ne pas observer des explications détaillées sur ce facteur de base ? De même, les conditions de sortie font très peu l'objet d'analyses détaillées. L'économie est une chaîne complexe. Des repères existent sur des calendriers de non résistance de trésoreries notamment de TPE et de PME. Ces tableaux donnent des zones de ruptures inférieures à des repères calendaires d'inactivité probable. Comment là aussi comprendre que ce volet aussi important fasse l'objet d'aussi peu d'explications ? Très surprenant et décevant de constater deux sujets aussi essentiels être aussi peu explorés sérieusement et publiquement à ce jour.
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Qu’est ce que la liberté ? Ne pas être proie !
Période très difficile pour moi. J'observe avec plaisir celles et ceux qui sont capables de vivre l'actuelle période avec humour, avec distance. C'est pas mon cas. C'est une période qui me contrarie beaucoup. D'abord parce qu'elle emporte la vie et c'est une valeur sacrée qu'il faut protéger avec une immense précaution tant elle est précaire même par temps ordinaires faciles. Ensuite, elle me ramène à des périodes d'épreuves de santé pour des proches et les déchirures qu'elles ont signifiées pour moi. Mais surtout, enfin, parce qu'elle altère la liberté. J'ai mis 50 ans pour trouver une définition qui me convienne pour donner une épaisseur concrète à ce mot : libre. Un mot qui a guidé tant de mes décisions professionnelles tout particulièrement. Etre libre, c'est ne pas être proie. Ne pas être en situation d'être consommé par un autre. Cela demande des efforts considérables pour tenter d'accéder à un tel espace de liberté. Quand la maladie nous consomme ou consomme l'un de nos proches, notre liberté s'évapore immédiatement. J'ai mis 50 ans pour trouver cette définition qui me convient quand j'attendais les analyses médicales pour l'épreuve vécue par ma mère puis par mon père. J'étais alors devenu proie. Des maladies consommaient mon esprit. Elles dévoraient mon énergie. Elles changeaient la programmation de mon emploi du temps le rendant incertain à chaque minute en fonction d'une mauvaise nouvelle. Ne pas être proie est devenu une obsession telle qu'elle a modifié même mon attirance pour la vie publique : pourquoi s'infliger des épreuves pour être proie du regard d'autrui surtout quand on en connait la superficialité, l'aléatoire et si souvent d'abord la malveillance dominante ? Et cette situation des "ventilateurs à fausses rumeurs" s'est terriblement aggravée ces dernières années. Si ces personnes déployaient la même imagination pour faire bien leur travail, quelle performance elles pourraient atteindre … Avec ce virus, nous voilà revenus à l'état de proie. Triste période que je n'imaginais jamais devoir connaître à ce point.