Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • #JeSuisCharlie : une opinion publique qui ne se connaissait pas ?

    La période actuelle est très surpenante. Les conditions de sortie de cette période peuvent l'être encore davantage que les actuelles  circonstances. Il y a ce que la semaine montre et ce qu'elle laisse en interrogations.

    Ce qu'elle montre :

    – un choc émotionnel naturellement fort puisqu'il touche au dernier carré de sacré : la vie,

    – face à ce choc la capacité de l'opinion publique française à vivre un "coup de révolte",

    – ce coup de révolte mobilise parce que, derrière les mots d'ordre globaux, les raisons des participants sont très différentes.

    Mais il reste des interrogations majeures, peut-être  encore plus importantes que les acquis de cette semaine :

    – s'agit-il d'une révolte ou d'une résistance : dans le 1er cas, l'attention retombera vite. Dans le second cas, l'attention vivra. Pour l'instant, la réalité de l'attention sur des faits internationaux de terrorisme a été très faible dans les médias français et encore actuellement à la différence de médias étrangers. La résistance, si elle  naît, deviendra-t-elle universelle ou seulement sur le territoire français ? Qui se souciait en France cet automne du symbole des Eglises en feu ? 

    Eglise brulée

    – le temps de l'union ne doit pas cacher des échecs considérables sur des institutions françaises. Quand ce débat sera-t-il ouvert sérieusement alors même qu'il ne l'a  jamais été ?

    La semaine donne le sentiment d'une opinion qui ne se connaissait pas.

    Elle devait être indifférente et elle se découvre historiquement mobilisée.

    Elle avait des signes permanents d'alertes mais même les évoquer semblait jusqu'alors difficile.

    Si un réel feu de mobilisation a été allumé, il risque d'être difficile à éteindre tant du retard avait été pris. Et dans ce cas, les changements pourraient être  profonds : le "printemps français" ?

  • A quand l’interrogation sur l’exception économique française ?

    Hier, selon les chiffres du Département américain du travail, le taux de chômage aux États-Unis a encore reculé en décembre, tombant à son plus bas niveau depuis juin 2008 (5,6 %).

    L'année 2014 est la meilleure depuis 15 ans en ce qui concerne les nouvelles embauches. L’économie a créé 2,95 millions d’emplois l’année dernière contre 3,18 millions lors du boom d’Internet et des industries technologiques en 1999.

    Obama 04 10 14

    Jason Furman a souligné que le taux de chômage a décru au rythme le plus rapide en 30 ans.

    Tout contribue à une telle relance :

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  • France : une société bloquée, une représentation figée

    En début de semaine, le Congrès américain issu des élections de novembre 2014 a été installé.

    Quelques traits forts :

    – 104 femmes soit le record historique de la présence féminine,

    – une diversité d'âges, de professions amplifiée,

    – une diversité apparente de plus en plus forte.

    104women_lead

    Avant d'effectuer ce constat, il faut en effectuer un autre  : que de temps a-t-il fallu pour qu'il en soit ainsi. Des repères précis s'imposent et, à certains égards, ils sont irréels :

    – 1984 : 1ère femmes candidate à la Vice-Présidence : Geraldine Ferraro

    – 1997 : 1ère femme à la fonction de Secrétaire d'Etat : Madeleine Albright,

    – 2005 : 1ère femme afro-américaine à la fonction de Secrétaire d'Etat : Condoleezza Rice,

    – 2007 : 1 ère femme élue à la fonction de speaker donc de Présidente de la Chambre des Représentants,

    … 2015 : 104 femmes  au Congrès !

    Et dans cette évolution,

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  • Deval Patrick et « la génération Tiger Woods »

    L'élection de Deval Patrick en novembre 2006 a annoncé la vague Obama de 2008. Hier, Patrick Deval a quitté sa fonction de Gouverneur du Massachusetts. Aujourd'hui, Charlie Baker lui succède.

    Deval Patrick, c'est la génération "Tiger Woods". Une référence choc : comment imaginer qu'un noir puisse devenir l'emblème d'un sport aussi caricaturalement de l'élite blanche que fut le golf  ?

    Deval Patrick

    En politique, c'est pareil. En 2006, Deval Patrick devient le 1er Gouverneur noir de l'Etat du Massachusetts.

    Il devient le symbole d'une nouvelle génération. Deux ans auparavant, il était à la direction juridique d'une grande société américaine, inconnu en politique.

    Lors de ses campagnes,  pas de "grands discours conceptuels" maniant

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  • La France et le confort trompeur de sa violence politique

    Quand on compare les ambiances hier entre d'un côté l'installation du Congrès américain et d'un autre côté la rentrée politique en France, on ne peut être que surpris par la violence qui s'est installée dans la politique française. Le jeu politique français est désormais simple : tout ce que fait l'autre est mauvais. 

    Rien n'est cool. Tout ne semble que haine généralisée, mépris, irrespect de l'autre.

    Cela tranche singulièrement avec la cérémonie des serments hier présidée par Biden : selfies, appels téléphoniques familiaux … Dans une démocratie, l'autre est un concurrent pas un ennemi.

    Biden 07 01 15

    Cette violence française est confortable. Tout est mécanique. Pas besoin de réflechir c'est en pilote automatique en fonction de l'émetteur. 

    Mais c'est un confort trompeur. Parce que ce pilotage automatique nivelle tout. Le bruit positif comme le bruit négatif. 

    Cette violence politique s'est installée pendant

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  • Grenoble, les particules fines et les risques de mortalité

    L'étude publiée ce jour de l'Institut de veille sanitaire sur les risques de mortalité engendrés par les particules fines montre, si besoin était, l'immense décalage entre l'écume médiatique qui fait l'actualité politique locale et les vrais sujets.

    Grenoble est plus polluée que … Paris. Plus exposée aux particules fines que Paris. 

    Et les particules fines sont une saloperie de première gravité pour la santé.

    Voilà un sujet qui mérite la mobilisation bien au-delà d'une ville étape du Tour de France, de la suppression de 300 panneaux Decaux à l'angle de trottoirs …

    Grenoble pollution

    Si l'élection de Piolle à Grenoble prend un sens dans la durée pour Piolle comme pour les Verts et surtout comme pour tous les habitants de l'agglo dont l'intérêt c'est que Piolle réussisse ce qui n'obère pas les prochains débats démocratiques, c'est pour qu'ils restent en dehors du système et pour affronter les vrais sujets que le système local n'a jamais voulu ou su traiter.

    Si la logique c'est de gérer le système  comme les autres, Eric Piolle sera à l'environnement local ce que Hollande est à la finance : un simple orateur éphémère le temps d'une campagne électorale au goût amer des lendemains.

    C'est tout le défi d'Eric Piolle et de son équipe en

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  • Quand la dette toxique va sortir de dessous le tapis …

    A juste titre le Dauphiné Libéré ce jour consacre une page entière au dossier de la dette toxique des collectivités locales. 

    La démocratie française consacre des débats interminables sur deux dimanches de plus travaillés ou pas mais n'évoque pas un sujet qui représente plus d'une dizaine de milliards sur le plan national …

    Dans l'article du Dauphiné Libéré, il est question de Chambéry. Son Maire Michel Dantin est une référence d'une approche sérieuse, lucide, courageuse. A comparer les mesures pratiques qu'il met en oeuvre avec l'attentisme d'autres collectivités, on voit rapidement l'impact des bombes à venir.

    La Ville de Chambéry doit faire face à un taux moyen de conciliation qui fait exploser les intérêts de la Ville. 

    Chambery1

    Or, dans le même temps, s'ajoute la baisse des dotations d'Etat.

    Que fait-elle ?

    1) elle part à la collecte de recettes supplémentaires dans les tarifs commerciaux,

    2) elle cède des biens immobiliers,

    3) elle engage toutes les économies de fonctionnement qui ne touchent pas au coeur des services publics locaux …

    Elle engage les économies dans la plus totale transparence (cf le magazine municipal de décembre 2014 où toutes les explications sont données). 

    On est loin de l'attentisme actuel qui caractérisent la Ville de Grenoble et la Métro pourtant très impactées par des dettes toxiques. 

    C'est d'ailleurs l'une des faiblesses majeures de l'actuelle opposition UMP que de consacrer son énergie aux petites phrases ou aux polémiques sans présenter des alternatives sur des sujets de cette importance. 

    Ce sujet a été déjà éclipsé pendant la campagne des municipales à l'exception de la liste Nous Citoyens. Elle l'est  encore à l'excès. Eric Piolle n'a pas engagé la transparence utile sur la réalité financière de Grenoble. Un coin de voile est levé puis immédiatement refermé. Les finances semblent être une menace dans les rapports entre EELV et le PS davantage qu'un sujet de gestion. 

    A2-8

    Quant à la Métro, c'est le  mutisme le plus total qui règne pensant qu'un accord politique sera trouvé pour un refinancmeent départemental, collectivité désendettée par

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  • Syriza ou le réveil de la démocratie

    Syriza est en tête en Grèce. L'enjeu de la législative grecque dépasse largement ce pays. C'est le réveil de la démocratie.

    La démocratie, c'est le respect de trois règles fondamentales :

    la reconnaissance de l'égalité des citoyens, avancée principale de la révolution de 1789,

    le choix par les citoyens,

    la responsabilités du pouvoir.

    Avec la crise de 2008, ces fondements ont été fragilisés. 

    La crise creuse les inégalités. Les inégalités se cumulent et introduisent des différences qui font apparaître l'égalité citoyenne comme une simple égalité théorique face aux nouveaux murs matériels et sociaux.

    La crise a altéré la notion même de choix car le discours de crise a installé une pensée unique comme s'il devait exister une seule et unique solution à la crise.

    Mais surtout, la crise s'est accompagnée d'une irresponsabilité irréelle. C'est probablement cette irresponsabilité que l'Histoire retiendra dans le temps. Pour les fauteurs de crise, rien n'a changé !

    Le peuple paye la crise qui lui a été cachée dans des conditions parfois irréelles comme le dispositif de titrisation institutionnalisé en Grèce sur le conseil officiel et rémunéré de Banques.

    Ces banques n'ont jamais été sanctionnées. Avec un dipositif de garantie des placements privés, des sanctions auraient été nécessaires : faillites de banques fautives, procès de dirigeants bancaires …

    En l'absence de telles sanctions, le besoin de revanche s'exprime par le peuple en quittant les lieux de votes ou en ouvrant des scores inhabituels à des formations extrémistes.

    Dans ce contexte, voter Syriza, c'est faire vivre la démocratie.

    Alexis-Tsipras-l-homme-qui-fait-peur-a-l-Europe

    Parce qu'il y a un choix face à la pensée unique.

    Parce qu'il y a une vision de sanction légitime en refusant de faire payer par le peuple les dettes qui ne sont pas celles du peuple.

    Parce qu'il y a une réhabilitation du peuple en

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  • Casser l’actuel système bancaire : la Silicon Valley va le faire

    Aujourd'hui les changements passent par l'économie et non par la politique. La démocratisation de la musique, c'est Itunes et pas une loi. Celle des informations planétaires c'est Facebook, Twitter, Instagram et pas une loi. Demain celle du film c'est Netflix et pas une loi. La lutte contre les grands monopoles d'informations, c'est Google.

    Jack Dorsey 17 08 14

    … : la liste est longue des réformes de fond portées par le marché et non plus par les institutions publiques.

    Demain, il en sera de même pour le système bancaire. Square, Wealthfront … vont faire exploser l'actuel système  bancaire. 

    Jack Dorsey

    Le discours du Bourget avec Hollande c'est la flûte des politiques qui promettent l'opposé de ce qu'ils font une fois aux affaires. Chirac avait confié l'économie à

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  • Hollande, Piketty et l’audace du … non !

    François Hollande avait déjà connu son "effet boomerang" avec son thème de l'inversion de la courbe du chômage comme marqueur de l'efficacité de la politique présidentielle. Il a probablement mis en place son second "effet boomerang" avec le thème de l'audace. Le 31 décembre Hollande célèbre l'audace et l'union. Le 1er janvier, Piketty célèbre l'audace de dire Non et donne une leçon de division sur la politique économique.

    Nouveau raté magistral.

    Thomas Piketty a refusé hier sa nomination pour la Légion d'honneur au rang de chevalier et taclé une nouvelle fois au passage le gouvernement.

    Piketty

    «Je viens d'apprendre que j'étais proposé pour la Légion d'honneur. Je refuse cette nomination, car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable», a déclaré Thomas Piketty.

    «Ils feraient bien de

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