Aller prendre un café, s'asseoir à une table de jeux et attendre la personne (connue ou pas) avec qui le jeux va s'engager dans un climat cool : c'est une conception sympa, décontractée de l'espace urbain qui est très agréable. Contrairement à de nombreuses polémiques locales permanentes, Grenoble est probablement en train de poser les jalons d'une réelle nouvelle conception de la ville : les villes plaisirs. C'est un tournant décisif qui est engagé actuellement sur le terrain. Que constater ? Le renforcement des jardins communautaires, la belle opération "cultivons nos toits", le développement des jardins partagés, l'augmentation des pistes cyclables, le test sur les aires de jeux, la réussite de l'opération street art, le marquage couleurs d'espaces de voiries … : toutes ces initiatives changent la vie dans la ville et le regard sur la ville. Quand ces initiatives s'ajoutent à des opérations festives de plus en plus fréquentes et réussies, c'est un changement de fond qui est en train de se produire manifestement. Et ce changement peut faire l'objet d'un large rassemblement. Dans cette période de transition, il y a quatre défis qui méritent un accompagnement particulier pour que l'opération soit totalement réussie. 1) Il faut aborder la question de la sécurité sans logique sécuritaire mais sans esprit dogmatique opposé. 2) Une ville est agréable à la condition certes d'être conviviale, d'être esthétique mais aussi d'être propre. 3) Cette même mentalité doit être partagée dans l'agglomération. Or à ce niveau, la logique de certains outils d'interventions est très différente (EPFLRG). 4) Il faut mieux accompagner certains commerces dans cette transition qui est une mutation totale de leur environnement de proximité, donc de leurs conditions de travail. Si ces volets collatéraux sont gérés avec davantage de considération, la Ville de Grenoble est probablement en train de mettre en oeuvre une logique de l'organisation de l'espace urbain qui correspond aux exigences modernes et qui fera consensus très rapidement une fois passée la période toujours difficile des travaux.
Auteur : Denis Bonzy
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Un leader sinon rien
Il y a des périodes où l'économie et la politique traduisent des tendances communes de façon impressionnante. Aujourd'hui, une entreprise compte si elle est leader de son segment de marché ou si elle porte la promesse de le devenir rapidement. Dernier exemple en date, Eve Sleep, 31 mois d'existence, elle change l'offre des matelas, introduite en bourse de Londres en mai 2017. Elle lève 40 M€ pour devenir leader européen du matelas et des dérivés. Il n'y a plus d'introduction réussie sans une promesse visible de leadership sur une offre. La période actuelle ne s'occupe plus des seconds et encore moins des au-delà. Etre le leader sinon pas de salut.
C'est la même règle que la politique française vient de consacrer en 2017 avec une force d'une brutalité probablement inédite. Les partis traditionnels ont vécu des primaires qui ont décapité leurs leaders. A cette étape, occupés par leurs guerres internes, ils laissaient l'espace libre à une start-up politique (En Marche). Son leader prenait le segment du marché du changement. Et il allait affronter dans la présidentielle deux autres leaders reconnus (Le Pen et Mélenchon). Pour les autres, leur présidentialité disparaissait avec leur statut de seconds. Et pour les législatives, tout a été amplifié puisqu'en les partis traditionnels partaient au combat sans le moindre leader reconnu. faute de leader reconnu, ils n'ont même pas eu d'exposition, de visibilité. Mieux qu'Eve Sleep qui a attendu 31 mois pour une introduction irréelle en bourse, En Marche a raflé le marché parlementaire en 13 mois. Du jamais vu en temps de paix dans une démocratie ancienne. C'est vraiment la période du "un leader sinon rien".
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Grenoble et la belle réussite du street art
Le graffiti est au street art ce que le juron est au goût des mots. Et si finalement la seconde vie des murs passait par les couleurs du street art ? L'institutionnalisation de cet art hier rebelle peut être une réelle réussite. Bien loin d'un graffiti posé à la va vite sur un mur. C'est ce qu'est en train de vivre Grenoble actuellement. A l'angle d'une rue ne plus voir seulement les montagnes, ce qui est déjà un merveilleux cadeau, mais découvrir l'inspiration d'artistes. Dans de nombreuses villes étrangères, cet art désormais à part entière est un succès considérable réconciliant avec un beau réflexe : la rue n'appartient pas qu'à ceux qui l'habitent, elle est aussi à partager avec ceux qui la traversent épisodiquement. Tout ce qui permet de rompre la monotonie du gris (béton) et du noir (bitume) est une belle initiative. Une pratique à partager largement notamment via les nombreuses photos qui se multiplient actuellement sur les réseaux sociaux à l'exemple de celle ci-dessous.
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Ne jamais dissimuler ses joies
Avec la glissade du temps, une question se pose parfois : la sagesse c'est quoi ? Une réponse consiste à dire : "c'est accepter de dire tant pis". Pour moi, la bonne réponse, c'est accepter de dire tant mieux. Tant mieux pour la capacité à savoir apprécier des moments simples qui, plus jeune, pouvaient apparaître si naturels donc ordinaires donc voués à se répéter. Les joies ne sont pas faites de résignations mais d'aptitude à profiter du naturel. Ecouter le silence de la nature. Profiter d'un paysage que l'on connait depuis des années mais que la lumière du jour change… Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Thomas. Pour chaque jour d'anniversaire de Jonathan et de Thomas, c'est le bal des images dans ma tête, la danse des souvenirs heureux. Les voyages, les sports, les plaisanteries, les rires, leurs examens et la découverte d'un stress que je n'avais jamais éprouvé pour moi, chaque plaisir d'une voix lors d'un bref coup de téléphone … : simple mais si joyeux. Bon anniversaire et que cette année de plus soit faite de si belles joies ordinaires.
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Engagés ? Non. Encagés !
Le vocabulaire français est si riche que parfois le changement d'une seule lettre d'un mot met en relief le danger du changement du sens du mot initial. C'est le cas du mot "engagement". C'est un mot magnifique. Le contraire de l'indifférence. L'opposé du repli sur soi donc de l'égoïsme … Mais l'engagement est menacé par l'encagement. Comme si s'engager c'était entrer dans une cage pour ne jamais pouvoir en sortir. C'est ce que refuse l'opinion moderne parce qu'elle est libre, autonome, plus mûre. Quand des candidats font des campagnes dignes de "l'élection de miss camping", quelle tristesse de voir des engagés les défendre à tout prix. Quand un président d'un conseil départemental nie toute légitimité à des élus ayant obtenu moins de 50 % de participation, quelle tristesse de voir des engagés de son parti ne pas lui rappeler que l'immense majorité des élus de son département l'ont été à … 48 % de participation au plus. Quand dans un pays avec 9 millions de pauvres, dont 5 millions de chômeurs, un candidat à une élection se fait offrir deux costumes à 6 000 € pièce, c'est la disqualification assurée. Quelle irréalité de ne voir aucun "engagé" rappeler une telle vérité de base. Et la liste pourrait continuer longtemps d'exemples récents qui sont une insulte à l'engagement qui est d'abord un niveau élevé d'exigence. C'est comme Macron, si les affaires continuent à voler en escadrille avec les mêmes arguments de défense qu'hier pour les opposants sanctionnés, il sera … sanctionné pareillement. L'opinion moderne n'accepte pas d'être encagée et c'est la plus belle expression de ses progrès. Elle ne va pas accepter de la politique ce qu'elle refuse même désormais à la religion. Le jour où en France cette évolution sera mieux reconnue la politique y gagnera.
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La force actuelle des campagne disruptives
Depuis 2008, date de la crise financière occidentale, les campagnes disruptives font la victoire. En 2008, Obama en est le premier artisan. La rupture est partout : de la couleur de peau au choix des moyens de communication. Les publications sur slideshare notamment sur ce thème sont de plus en plus nombreuses et intéressantes (nb : merci aux nombreux lecteurs qui placent ma contribution en tête avec une audience de 5 663 visites à ce jour) A partir de 2010, dans d'autres démocraties, la disruption a pris d'autres formes : les mouvements "citoyens" : Podemos, Ciudadanos en Espagne, Syriza en Grèce … En France, Emmanuel Macron est indiscutablement une forme de campagne disruptive avec des ruptures nombreuses (cf article sur Medium du 7 avril 2016). Sous une autre forme, Trump a mené une campagne de ce type en 2016. Comme Bernie Sanders qui a réalisé une percée incroyable tout particulièrement dans le rapport nombre de voix obtenues / dépenses engagées. Tous ces succès, selon des modalités diverses, montrent quoi : la sanction de systèmes détestés progressivement pour avoir été dans l'incapacité de prévoir la crise, puis d'assurer une sortie rapide de crise et avec des "élites politiques" pas impactés par la crise. La campagne disruptive devient le label actuel d'un anti-système, la marque visible d'un refuge pour changer les choses. Pour les participants aux prochaines élections, c'est une réalité nouvelle à considérer : faire vivre la disruption mais comment et jusqu'où ?
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« La politique n’est ni un ordinateur , ni une usine mais un coeur qui bat et vous séduit … »
Le 25 septembre 1990, Jacques Séguela adresse une lettre à Mélina Mercouri alors candidate pour l'élection municipale d'Athènes. Quand lors de séminaires de formation, des étudiants ou des cadres de la fonction publique me demandaient comment définir la politique, je leur remettais une copie de cette lettre. Tout y est. Durable. Inébranlable : une belle campagne doit être un rayon de soleil qui montre à une collectivité que les rires, les pleurs, les espoirs coulent dans les veines d'un candidat ou d'une candidate. C'est ce que les Français viennent de confirmer avec Emmanuel Macron. Fillon était devenu le syndic des échecs collectifs à corriger sans évoquer même le volet des affaires. Le Pen et Mélenchon incarnaient les colères à exploser. Hamon était scotché à un passé que les citoyens voulaient sanctionner. Il restait le romantisme d'un jeune candidat qui rit, qui expose ses émotions, qui donne le sentiment que la vitalité peut être de retour. Et d'un coup c'est comme si les Français voulaient réinventer … la France avec cette exposition du "unissez vous" , de la tolérance et de tant d'autres valeurs oubliées ces dernières années. Et Séguela dans cette lettre de 1990 d'ajouter un constat terrible :" la beauté est dans l'oeil de celui qui la regarde". Hier, de très nombreux candidats étaient regardés d'une autre façon. Leur temps était passé. La "beauté" les avait quittés dans le regard des citoyens, détournés vers d'autres offres. La politique reste une séduction. C'est ce qui en fait son charme et toute son incertitude. Sous cet angle là, le 11 juin est d'une terrible constance.
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Environnement : après les mots, quels actes en France … ?
Après le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris, la mobilisation aux Etats-Unis est forte. Qu'en est-il en France ? Aux Etats-Unis, des entrepreneurs mobilisent leurs fondations pour compenser les pertes de dotations fédérales. Des Gouverneurs signent des accords pour … respecter l'Accord de Paris, trans-partis et trans-frontières avec le Canada. Le Gouverneur de Californie vient même de signer un accord avec la … Chine. Et reçu par le Président chinois, Jerry Brown s'est engagé à "porter la bonne parole de tels accords" auprès de ses collègues. Et la liste pourrait continuer encore longtemps. Pour la France, qu'en est-il en dehors de la formule "make our planet great again" ? Les entrepreneurs se mobilisent peu. Les élus locaux sont plongés dans les législatives. Quels actes concrets depuis le 1er juin ? Des régions françaises ont-elles pris des actes forts ? Non. Des villes ou des grandes métropoles ? Non. Des grandes entreprises du CAC 40 ont-elles annoncé des mesures ? Non. En France, un tweet présidentiel semble suffire … Surprenant quand même. Dans quelques mois, avec les chiffres, très probablement, des entreprises américaines auront fait davantage que l'Etat français. Une comparaison qui ne va pas plaider en faveur du "make France great again".
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Le massacre de l’urbanisme mimétique
De nombreuses Communes françaises malmènent dangereusement actuellement leurs paysages. Elles tournent la page de ce qui a fait le charme des villes et villages de France : des identités géographiques. Prendre le café sur la place de Grenade sur Adour, ce n'est pas le même paysage qu'au Bréal sous Montfort ou à Cassis. De même dans les paysages de proximité : à chaque géographie, ses couleurs, ses toitures, ses formats … Que traduit cette réalité : il y a une identité géographique faite notamment de l'Histoire. Cette époque est en train de passer. Tout particulièrement dans le péri-urbain qui subit l'invasion de l'urbanisme mimétique : faire comme ailleurs. le mimétisme, c'est être comme l'autre. C'est l'application à l'urbanisme du "tout se vaut", du "tous pareil" que l'on trouve désormais dans tant d'autres domaines dont l'enseignement. La richesse, c'est la diversité. Jamais la grisaille de l'uniformité. Et il a fallu des siècles pour que des religions l'admettent dans certains domaines.
Ce mimétisme, c'est quoi : c'est le règne du copier-coller. Un promoteur prend les projets dans les cartons et applique le même urbanisme partout. C'est une forme d'ubérisation de la société. Uber, c'est quoi ? C'est le format unique. Pour être chauffeur, il faut un costume noir avec une cravate noire dans une berline noire avec si possible des vitres teintées à l'arrière pour que le temps d'un déplacement un anonyme se "la joue" VIP. C'est la fin du taxi avec la plaisir des hasards, celui qui aime parler ou le taciturne, la belle berline ou la voiture très ordinaire de celui qui explique qu'il traverse une passe difficile …
Pour l'urbanisme, c'est pareil. Dans les villes, on introduit des morceaux de la campagne. Et dans les campagnes, on introduit des morceaux de ville. Dans l'agglomération grenobloise, il y a actuellement un cas caricatural : le projet du Villarey à St Paul de Varces. A l'origine, 2 hectares de verdure à proximité d'un groupe scolaire construit de "plain-pied" avec une route d'accès sécurisée car dédiée à la seule école. Demain, ce groupe scolaire sera aux côtés de 100 logements à terme, 200 voitures … dans un urbanisme transposable dans toutes les autres Communes voisines. Le massacre de l'urbanisme mimétique.
Il suffit de comparer les paysages.
Aujourd'hui :
Demain : une version parmi d'autres :
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La revanche implacable des faits
L'audition d'hier de James Comey devrait probablement être diffusée dans de nombreux cycles de formation universitaire. C'est l'un des exemples les plus réussis de la revanche des faits. Avant d'exprimer une opinion, il vaut toujours mieux connaître les faits précis. Réflexe perdu en France. Avec sa formation de juriste, Comey a respecté avec rigueur cette discipline : des faits, des mots, des circonstances. Et ensuite, mais ensuite seulement, il y aura débat sur le point de savoir comment prononcer la qualification des faits établis. Au pays du paradis de l'approximation qu'est devenu la France (chiffres publics faux, mots détournés en permanence de leur sens initial …), c'est un exercice très sain de voir des parlementaires mener une investigation sérieuse pour établir la réalité matérielle des faits. Le jour où la France sera à ce niveau sur un dossier comparable, l'anti-parlementarisme actuellement si répandu devrait connaître une chute de forme …