Dans les affaires et pire encore en politique, une question se pose souvent face à une action inattendue dont il importe d'identifier les auteurs : comment savoir si cette personne est réellement innocente, "à l'écart du mauvais coup" ? Quel peut donc être le marqueur réel de l'innocence ? Il est souvent question du "cri de l'innocence" c'est à dire de la capacité à exprimer fortement le refus d'endosser une action qui n'a pas été la sienne. C'est un marqueur difficile. Hier, notre petit-fils Léon âgé de 9 mois nous a donné le visage de la vraie innocence. Il a traversé "le couloir du Père Noël" où sont stockés des cadeaux dans l'attente du "traitement définitif" et il n'a même pas accordé un seul regard aux paquets stockés au sol. La vraie innocence, c'est ne même pas pouvoir imaginer l'existence d'une situation tant elle est méconnue. Ce n'est pas être apte à trouver une explication cohérente : une excuse solide. C'est n'avoir même pas imaginé la situation. Sauf qu'avec l'âge la capacité à feindre devient plus performante … Finalement le marqueur de l'innocence reste un sérieux mystère dans l'âme humaine.
Auteur : Denis Bonzy
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Il serait quand même temps de sortir de l’écume des faits …
L'affaire de la "barrière baissée" dans la collision de la semaine dernière met en relief les limites extrêmes de l'information permanente qui s'alimente de brèves immédiates sans creuser le moindre sujet. C'est d'ailleurs l'espace considérable qui est laissé à la presse écrite. Prenons un autre exemple concret de question jamais posée sur la migration, sujet du jour pour les médias. Un français épargne en moyenne 10 % de ses revenus. Lors de migrations, il est question de pays où le SMIC est de 210 € en moyenne. Le passage vers la France est facturé 4 000 € en moyenne par personne. A supposé qu'une personne qui gagne 210 € dégage une épargne mensuelle dans la tendance des français, elle économise donc 20 € par mois. Pour payer 4 000 €, à ce rythme, il lui faut 16 ans et 8 mois de travail par personne. Comme c'est une population jeune qui arrive souvent, qui paye puisque, par définition, ils n'ont pas pu épargner 16 ans et 8 mois sur leur travail rémunéré ? C'est une question pratique simple qui mériterait une réponse précise. Elle mérite une réponse précise comme les intéressés méritent un accueil digne de l'humanité. Une communauté ne progresse que quand elle pose les questions et obtient des réponses sérieuses de nature à dissiper des a priori dangereux.
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France : dans l’indifférence totale, l’Etat devient actionnaire d’un groupe de … presse
Cette semaine, en France, s'est produit un fait qui aurait soulevé un sérieux débat dans la quasi-totalité des démocraties occidentales comparables. Les faits sont simples : l'Etat est actionnaire de Renault. Renault devient actionnaire du groupe de presse Challenges à hauteur de 40 %. L'Etat français est donc officiellement actionnaire du groupe de presse Challenges. Qu'un voiturier investisse dans la presse pose déjà question. Les explications officielles sur le partage à moyen terme de contenus restent confuses. Mais qu'un voiturier dont l'Etat est l'un des principaux actionnaires fasse une telle recapitalisation mériterait un débat de fond sérieux. La France ne traitera donc jamais les liens entre la presse et le montant irréel de subventions publiques, entre l'actionnariat privé parfois dépendant de marchés publics et les lignes éditoriales … "L'ancien monde" reste encore très présent dans certains domaines.
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#MeToo : le procès Tron fait-il terriblement reculer la cause de la dénonciation du harcèlement sexuel en France ?
C'est une question de fond qui mérite trois constats. 1) la France est à ce jour terriblement en retrait par rapport aux procédures qui existent sur ce sujet ailleurs dans des démocraties comparables. Aux Etats-Unis, c'est une vague d'une ampleur considérable. Le récent score dans l'Alabama s'explique d'abord par ce sujet bien davantage que les explications partisanes données par des journalistes très engagés (trop !) dans une "culture anti-Trump". La presse étrangère fait état d'un dossier à Radio France qui passe en France de façon très … discrète, quasi inaperçue. 2) Si de tels procès deviennent un "bain de boue" pour les plaignantes, c'est la dissuasion la plus absolue. Surtout si ce "bain de boue" intervient en séance publique. C'est donc toute la procédure qui doit être révisée en la matière. 3) Dans de nombreuses circonstances, l'appareil d'Etat français est très inquiétant par sa docilité face aux puissants. C'est comme l'actuelle collision et l'affaire des barrières baissées ou pas. Pourquoi personne n'évoque une question simple : si la barrière avait été baissée, pour quelle raison la conductrice aurait-elle passé ? Et surtout comment passer une barrière baissée sans "emporter" la barrière ? Tout se prépare pour une fois de plus rejeter la faute sur une "défaillance humaine" parce que c'est le bouclier face à la faute du système. Cet état d'esprit est très grave et inquiétant.
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Ne pas rester indifférent aux constats des glissades du temps …
Hier Lydia Menut et sa soeur Marie Christine évoquaient dans un billet émouvant la mémoire de leur papa, M. Jacques Menut, pour le 15 ème anniversaire de sa disparition. En 15 ans, c'est impressionnant combien des évolutions considérables sont intervenues. Ce qui est le plus impressionnant, c'est que, loin de ruptures brutales, il y a des glissades anodines, douces dans l'instant qui progressivement aboutissent à un paysage entièrement différent qui naît alors dans un mélange d'indifférence et de fatalisme. Comme si c'était … naturel ! 5 glissades méritent une attention particulière. 1) la chute considérable de la valeur travail. Aujourd'hui l'enjeu n'est plus de faire mais de paraître. 2) La chute de la valeur responsabilité : dans le traitement des dossiers c'est le mistigri généralisé. 3) Le blocage lié aux deux premiers facteurs d'où dans le public une quasi généralisation des "élus Paris plage" où quand gérer c'est animer, organiser des jeux. 4) La totale dévalorisation des ancrages durables. C'est vrai dans l'engagement où suivre des parcours c'est désormais un jeu de traces comme dans la géographie avec l'impact des mutations professionnelles comme des réorganisations matérielles pour cause de divorces. 5) La progression de la violence à tous les niveaux dans les mots utilisés dans le débat public comme dans l'ampleur des actes officiels de délinquances. Imperceptiblement, un réel nouveau paysage est né. Un constat qui conduit à exprimer toute sa reconnaissance à celles et à ceux qui, comme M. Jacques Menut, étaient à l'écart de telles glissades du temps. Mais aussi exprimer l'inquiétude réelle sur le devenir si ces glissades continuent collectivement comme par ce récent passé.
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Si la décence gagne …
Hier, en Alabama, un démocrate a gagné une élection sénatoriale face à un républicain gravement associé à des comportements privés pour le moins inacceptables. Victoire d'un démocrate dans un fief républicain détenu par les républicains depuis 1992. Jeff Flake, Sénateur sortant républicain, a un tweet simple : "la décence gagne". Il salue ainsi la victoire d'un … opposant politique. Un sujet de fond. Pourquoi dans tant de démocraties modernes, la décence n'est plus chez elle en politique à ce point ? Comment obtenir le respect des citoyens quand des personnes ne respectent pas d'elles-mêmes les conditions de base de la décence ? La réconciliation entre les citoyens et la vie publique n'interviendra en effet que quand la décence de base sera de nouveau chez elle en politique.
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Et si les réponses apportées par la nature étaient mieux observées …
L'actuel débat sur le réchauffement climatique pourrait servir d'illustration à l'ingratitude de l'être humain. L'ingratitude, c'est quoi ? Des personnes à qui il ne faut rien donner parce que forcément un jour elles détruisent le don initial sans se poser la moindre question. C'est ce que font actuellement les Etats avec le climat, avec la planète, avec les espèces animales. La nature contient en elle un nombre très élevé de réponses. Mais encore faut-il prendre le temps d'observer et ne pas avoir l'arrogance de tout vouloir dominer en permanence. Deux exemples concrets récents. Il y a 15 jours avec la première neige, nous effectuons avec Marie une belle balade matinale. Nous changeons d'itinéraire. Puis d'un coup : une question simple : comment redescendre sans s'exposer à des ruptures trop brutales puis traverser un ruisseau sans être confrontés à une profondeur particulière ? D'un coup, une trace dans la neige. Il a suffi de la suivre : tout s'est passé dans les meilleures conditions : pas la moindre rupture de dénivelé, un passage du ruisseau avec la profondeur la plus basse. Second exemple, ce week-end avec le froid, des écureuils sont venus faire la "recharge de nourriture" auprès des appareils prévus pour les … oiseaux. Tout se passe pour le mieux. Des espèces très diversifiées cohabitent dans la plus grande paix. Il y a même des oiseaux qui, pour gagner la paix sur les mangeoires, consacrent leur temps à les vider pour les … autres restés au sol. Et ils ne sont pas économes. Dans le comportement humain, il y a beaucoup trop d'arrogance et de volonté de domination. Toujours tout savoir. Tout expliquer. Tout mettre en "ordre". -
Climat : les Etats sont-ils contournables ?
L'ouverture demain d'une conférence internationale de plus sur le thème de la lutte contre le réchauffement climatique pose une question de fond : les Etats sont-ils contournables ? On assiste actuellement à deux mouvements qui méritent l'attention : le municipalisme et l'appel aux fonds privés. Avec le "municipalisme", c'est le sentiment que le local pourrait faire à la place de l'Etat. Avec les fonds privés, c'est l'idée que des grandes fortunes peuvent "remplacer" les Etats. Les deux sont dans le faux ou plutôt dans la seule communication. Le municipalisme vise à faire vivre un pouvoir de proximité. Les fonds privés vivent à faire vivre des corrections d'images. C'est comme quand Rhône-Poulenc finançait Ushuaia. Les cycles de production, les fumées, l'exposition des salariés à des pollutions gravissimes … : rien n'avait changé chez Rhône Poulenc mais la vitrine permettait de se refaire une "morale". Il y a des domaines où les Etats ne sont pas contournables. Les autres initiatives, locales ou privées, ne peuvent que démultiplier les actions des Etats. Mais pas les remplacer. Au passage, la conférence de demain montre surtout l'enfumage de la COP21 : qu'est ce qu'un engagement sans conséquence contraignante ? Qu'est ce qu'une action planétaire sans solidarité financière à destination des pays les plus pauvres ? Tant que ces deux questions de bon sens n'auront pas de réponses, il ne s'agira que d'actions de communication sans effet réel sérieux sur le jour d'après. Et cette superficialité ne fait que renforcer l'impact ultérieur de la revanche des faits d'une planète qui va de plus en plus mal car agressée de façon de plus en plus sévère avec des espèces animales en péril. A ce rythme, l'être humain sera peut-être la dernière espèce à disparaître mais mourir le dernier est-ce un objectif mobilisateur ? C'est la seule vraie question de la présente période.
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Une vie de crayon ou l’hommage mérité
Cette semaine, à juste titre, Emmanuel Macron a remis à l'honneur le crayon en rendant hommage à Jean d'Ormesson conformément à ses souhaits. Ce crayon était un souhait de l'écrivain, qu'il avait formulé il y a quelques années. "A l’enterrement de Malraux, on avait mis un chat près du cercueil, à celui de Defferre c’était un chapeau, moi, je voudrais un crayon à papier. Les mêmes que dans notre enfance. Ni épée, ni légion d'honneur, un simple crayon à papier", avait déclaré Jean d'Ormesson. Pour ceux qui aiment l'écriture le rapport au crayon est particulier. Sur mon bureau, j'aime la compagnie indispensable des crayons (cf photo ci-dessus). D'abord, il n'y a pas un seul crayon mais une gamme très large avec une vie associée à chaque catégorie. Il y a les crayons des voyages : ceux ramenés de déplacements, de voyages. Puis il y a le crayon avec gomme qui porte sur lui la chance de la correction immédiate, la liberté de la seconde écriture. Ensuite, il y a les crayons des couleurs. Ils nous rappellent que quand nous étions enfants, c'était le crayon de nos premiers dessins. Pour les adultes, la couleur, c'est le crayon des annotations. Enfin, il n'y a pas de crayon sans taille … crayons : le moment de la concentration, de la respiration. En fonction de sa taille, un crayon peut aussi avoir plusieurs vies et terminer dans l'agenda de poche : la "consécration" par la présence permanente dans la poche la plus proche du coeur. Parfois dans l'écriture, le crayon deviendrait un sous-produit du stylo, plus noble. C'est faux. Le crayon par le bois est toujours noble. Il ne tâche pas. Il ne bave pas des gouttes d'encre. Bref, il est propre. Sain. Naturel. C'est un hommage mérité qui a aussi été rendu aux crayons. Ils le méritaient bien eux aussi.
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Les réalités oubliées … ou une France dont on parle si peu d’ordinaire
Cette semaine, la Province rappelle à un microcosme parisien des réalités très oubliées d'ordinaire sur des plateaux TV. Il est question de l'indifférence croissante des français. Quand la passion est là, difficile de faire moins indifférents que les français comme le montrent les images de la mobilisation pour accompagner Johnny Hallyday : même des personnes manifestement aux moyens modestes ont fait des efforts considérables, ont franchi des kilomètres considérables pour "être là". Quand la passion a frappé, l'indifférence n'a alors plus de place.
Second constat, il est souvent question que les "français n'aiment plus la politique". Le livre de Patrick Stéfanini sur Fillon et la présidentielle 2017 est dans les 30 plus grosses ventes depuis plusieurs semaines. Qui peut imaginer les français achetant un livre sur un sujet qu'ils n'aimeraient pas ?
Il y a des moments où des faits rappellent des réalités trop souvent oubliées par un microcosme parisien manifestement coupé d'une partie de la "vraie vie" dont il est si peu souvent question.