Les Français ne sont pas sortis de la mentalité de l'Ancien Régime : noblesse, monopoles, privilèges comparés. Cette semaine un exemple fort : un député évoque la nécessité de supprimer des avantages de gratuité de déplacements de cheminots. Et un auditeur lui indique "mais les députés en bénéficient". Et le député répond "ne devenez pas populiste". Tout le choc est résumé par cette formule. Dans la culture des "privilèges comparés" la classe politique doit sortir de son cocon avant de demander des efforts aux citoyens. Cette mentalité de l'Ancien Régime n'est compatible qu'avec un "Roi Républicain" qui passe par le suffrage universel direct pour une fonction honorifique et décorative s'exprimant pour incarner ce qui unit la Nation. C'est cette culture qui a fait la popularité de Chirac à l'Elysée. Il allait être le bouclier contre les protestations trop violences allant même jusqu'à lever l'application d'une loi votée (CPE), ce qui est irréel dans une République. Est-ce que cette mentalité de l'immobilisme est encore possible ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut une explication à un fait : comment le pays des taux records d'impositions et d'endettement peut fonctionner aussi mal avec des services publics qui crient "misère" ? L'argent doit pourtant passer quelque part. A ce stade, le problème, c'est que face à un pays avec sa mentalité d'Ancien Régime, il y a une nouvelle monarchie qui veut changer les règles appliquées aux autres mais à pas à elle-même. Parce que la monarchie demande l'exemplarité, les économies … aux autres et pas à elle-même. Elle est au-dessus de ces "contraintes matérielles", de ces "vicissitudes ponctuelles". C'est ce choc qui est en train de creuser un divorce en France qui ne peut pas se régler dans la douceur. Parce qu'il y a là deux mentalités incompatibles.
Nouvelle monarchie et Ancien Régime
Commentaires
2 réponses à « Nouvelle monarchie et Ancien Régime »
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Ce qui est terrible c’est que ces deux mentalités ne sont meilleures l’une que l’autre.
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Ne soyons pas naïfs.
La réponse de ce député est très révélatrice. C’est dire le fossé (mental) qui existe entre certains représentants de la Nation et leurs administrés ( ou réputés tels ). La République a reproduit nombre de caractéristiques de l’Ancien régime avec leur cortège d’arrogance, d’acquis inébranlables et de nuages de fumée. C’est tout le tableau d’une Nomenklatura
qui n’ a de cesse de se bunkériser pour se protéger et surtout perdurer. En cas de crise longue qui ne connait pas de réelles éclaircies durables depuis 40 ans , le hiatus devient très voyant. Les élites du Service public campe sur leurs positions. L’Etat les a faites reine. Je n’irais pas jusqu’à dire que les quelques années précédant 1789 devaient ressembler à cela mais on a rarement vu des régimes politiques se corriger eux-mêmes et à temps. Jean-Pierre Raffarin distinguait lui-même une France d’en haut d’une France d’en bas. Formule plutôt ambivalente mais vraie. La fragilisation des classes moyennes s’accompagne d’un séparatisme des catégories supérieures. La classe politique nationale ainsi que les principaux hobereaux des provinces prennent bien soin de leur train de vie et prérogatives matérielles. Pour cela, ils sont constants. Les sénateurs remportent la palme.
L’actuelle constitution a été ciselée pour le Général de Gaulle, concoctée « sur mesure » par Michel Debré. La cinquième République repartit sur un grand train. Le Général avait beau régler sur ses deniers ses notes d’ électricité en tant que locataire du 55 rue du Faubourg Saint Honoré; les ors des palais et représentations publics séduisaient et entretenaient de nombreux obligés ; et sa politique africaine ( incarnée par Jacques Foccart, le régent de « la face cachée du gaullisme » ) est devenue inconcevable aujourd’hui. Les ressorts de la Françafrique n’étaient pas vraiment républicains. Il s’agissait de ne pas sortir trop brutalement, trop rapidement, de l’ère coloniale.
On se souvient comment l’Etat français utilisa à moult reprises l’entreprise Elf-Aquitaine comme véritable pompe à finance des visées françaises en Afrique; entre autres barouds.
Alors, la vertu en politique…Depuis Platon, Confucius, Cicéron, Plotin, Tite-Live, Zhu Xi, Machiavel, Montesquieu, Hobbes, Rousseau…
Aucun régime politique n’a jamais été corrompu.
Pour finir, cette citation de Talleyrand ( homme d’Ancien Régime ) : » Les mécontents, ce sont des pauvres qui réfléchissent « .
Je crains qu’elle soit intemporelle, bien que très cynique.J’aimeJ’aime
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