Hier, Pauline Marois, ex-Premier Ministre du Québec, a dressé un état lucide et très intéressant des causes qu'elle considérait comme explicatives de sa défaite très lourde du 7 avril. 2012 la liesse d'une victoire historique. Avril 2014, après une élection anticipée dans le contexte de bons sondages initiaux, une défaite d'ampleur.
A lire les reportages sur les déclarations de Pauline Marois, pour l'essentiel, elle attribue la défaite à trois facteurs :
1) l'attente de clarté de vision où le débat sur la souveraineté altéré cette clarté. Pour en avoir parlé il y a quelques années avec l'un de ses prédécesseurs, Bernard Landry, il est certain que cet enjeu positionne le PQ mais le fragilise aussi.
2) la nécessité de garder le contrôle de la campagne : le camp qui gagne est celui qui commande l'offensive et non pas celui qui passe sur la défensive. C'est un enjeu de thèmes, de sondages …
3) clarifier le rapport avec le monde des entrepreneurs (impact de la candidature PK Peladeau) : ils sont attendus mais dès qu'ils arrivent dans "l'univers politique", ils sont perçus comme politiciens et non plus comme entrepreneurs. C'est comme si la candidature vampirisait l'origine de société civile.
Lorsque l'analyse de la défaite permet d'avancer, le goût de la tartine de la défaite peut être subtilement agréable. Comme si une nouvelle faim se déclarait.
Une victoire et une défaite ont chacune un goût. Pour avoir connu les deux, il peut être d'ailleurs très évolutif dans le temps.
Les facteurs identifiés par Pauline Marois méritent l'attention. La capacité de la société civile à conserver sa "valeur ajoutée" sera ici aussi un des enseignements des européennes.
En France, trois autres facteurs techniques méritent la réflexion :
– comment communiquer à égalité ou du moins à moindre inégalité quand la publicité est interdite dans le temps fort de l'élection et que de facto les médias classiques ne parlent que des partis traditionnels ? Une interdiction d'autant plus étonnante que la presse traditionnelle est à la recherche de recettes et que la publicité politique lui en assurerait un montant cumulé significatif.
– comment "réseauter" localement en même temps que toutes les autres nécessités de campagne faute de permanents capables de se consacrer à une campagne à l'écart de toute obligation professionnelle par ailleurs ?
– comment en France donner corps à l'idée de changement qui plait dans sa formulation mais qui inquiète dans son contenu donc qui, en France, subit une curieuse et incohérente action attirance-répulsion ?
Quand ces interrogations auront reçu des débuts de réponses solides, motivées, constructives, le goût de la tartine de la défaite deviendra très agréable, prometteur, avec la douceur des explications positives qui permettent de progresser.
DB
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