Denis Bonzy

Bernard Arnault ou le début de la révolte contre la fiscalité

J'ai rencontré Bernard Arnault trois fois. La première en avril 2001 lors d'une réunion organisée par Martine Collonge pour Euronext à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris et la dernière fois, très furtivement, au Palais de l'Elysée en juillet 2011 lors de la remise de la Grand Croix de la Légion d'Honneur à Pierre Gascon où il était aux côtés d'Alain Carignon venu pour la décoration remise à Anna Wintour. Alain Carignon, Bernard Arnault, Michel Drucker et Karl Lagerfeld ont été d'ailleurs assez "dissipés" échangeant les commentaires sympas sur les différents récipiendaires. A l'issue de cette cérémonie, la rencontre avec Bernard Arnault fut brève, quelques minutes tandis que celle d'avril 2001 avait permis un véritable dialogue.

Lors d'un tel contact, outre sa froideur, ce qui se dégage surtout c'est sa logique de


stratège face aux évolutions. Il conçoit son métier et son talent comme la capacité à penser plusieurs coups à l'avance. C'est d'ailleurs ce qui a fait sa réussite dans les conditions de dépeçage des actifs Boussac puis des OPA pour constituer LVMH dans les années 80.

La procédure engagée par Bernard Arnault pour acquérir la nationalité belge impose d'abord un préalable. Il faut sortir du débat sur la raison. Il ne s'agirait pas de quitter la France pour des raisons fiscales mais pour un autre motif. C'est un débat nul : l'évasion fiscale est un délit. Par conséquent, Bernard Arnault ne va pas faire un communiqué pour … revendiquer un délit.

Son acte repose sur un constat simple : toute action humaine répond à un moteur. C'est ce moteur qui change selon les individus : argent, pouvoir, reconnaissance, notoriété, passion, service d'autrui …

Aucun individu ne fait quelque chose pour rien. C'est d'ailleurs ce qui est le plus intéressant que de détecter ce moteur par individu, ce qui permet ensuite de mieux prévoir les réactions possibles.

L'argent est le moteur pour une forte majorité. Par conséquent, travailler avec pour perspective de gagner moins notamment pour cause d'une fiscalité dissuasive amène des réactions de défense.

Bernard Arnault a la possibilité d'organiser un nomadisme fiscal. Son choix montre son anticipation d'un dispositif durable de hausses de prélèvements publics obligatoires en France. C'est le message qu'il donne à "tout le marché" derrière la fumée des mots officiels utilisés. Pour d'autres contribuables, c'est difficile voire impossible. Leurs réactions seront donc autres. Les 20 milliards d'impôts de plus annoncés ce soir par Hollande ne vont pas passer comme "une lettre à la poste". C'est la faute de trop ! Hollande devait organiser le "régime" sur les dépenses inutiles : supprimer les fromages de la République, changer des méthodes de fonctionnement … Loin de cette nécessité, il va recourir au "prélever toujours plus" et Arnault ne fait qu'annoncer, chacun à sa manière, le début de la révolte contre une fiscalité insupportable.

Une fiscalité d'autant plus insupportable qu'en 2013 la France sera aussi le 1er pays le plus endetté de la zone euro.

Hollande se comporte de façon trop prévisible. C'est le notable provincial qui applique à la France les "recettes" de gestion locale qui ont fait des collectivités locales françaises un fardeau de fiscalité et d'endettement. Cette situation ne sera plus durablement acceptée par les classes moyennes tout particulièrement. Le jour où les classes moyennes engageront la révolte, la médiatisation de la décision de Bernard Arnault apparaîtra bien dérisoire en comparaison.

 

Source: huffingtonpost.com via Mark on Pinterest

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