Denis Bonzy

Isère : des libertés fondamentales sont maintenant en cause

Depuis 1980, c'est probablement la première fois que l'Isère traverse à ce point une période aussi instructive pour sa vie publique locale. Pour certains qui manqueraient de tempérament ou de sang froid, cette période peut être perçue comme effrayante. Avec plus de modération, elle est surtout très instructive.

Pour en apprécier ce caractère instructif, le rapport à la normalité est un bon critère. Cette notion de "normalité" est actuellement critiquée souvent à tort. C'est un bon critère que de se demander toujours ce que serait un "comportement normal" dans telle ou telle circonstance. Si l'attitude choisie s'éloigne alors de ce marqueur, l'anormalité mérite l'analyse.

L'Isère traverse une période anormale. Il y a même désormais une réelle exception iséroise face à la normalité.

1er exemple :


le SCOT de la Région Grenobloise

Les faits : un document d'urbanisme qui a valeur contraignante à l'échelle de l'agglomération pour 20 ans doit être adopté. Ce document aura force de cadre incontournable pour tous les autres documents d'urbanisme notamment communaux.

La normalité : la période d'enquête publique se déroule dans un calendrier serein à l'aide de documents ayant valeur pédagogique pour que l'opinion puisse se faire une idée précise des enjeux majeurs et des conséquences concrètes et donc s'exprimer en totale connaissance de cause.

L'exception iséroise : l'enquête publique se déroule en pleine période électorale (mai juin 2012) avec une bibliothèque de documents d'une technicité considérable pratiquement inaccessible à toute personne dépourvue d'une certaine expertise.

Conséquence pratique : l'enquête est publique dans l'affichage mais privée dans la réalité.

 

2ème dossier : la couverture journalistique des campagnes législatives

La normalité : en dehors de formations manifestement marginales parce qu'elles ne comptent pas d'antériorité de candidatures ni de présence associative dotée d'une réalité d'activité, les candidats sont exposés à des débats en public à plusieurs reprises. Les journalistes font vivre les expressions diverses sur des sujets concrets. Ils exposent les propositions et les actes des candidats. Une campagne c'est en principe d'abord la campagne des candidats.

L'exception iséroise : la campagne est celle des journalistes : commentaires permanents et généralisés, pronostics (même en l'absence de tout sondage les journalistes connaissent les scores), appréciations diverses souvent ironiques voire même désobligeantes. A quelques rarissimes exceptions, cette présentation relève désormais d'une scénarisation éculée tant elle a déjà servi : les bons (PS) contre les mauvais (UMP), les toujours unis (PS) contre les toujours divisés (UMP), les honnêtes (PS) contre les … (UMP) … Mais le même cinéma dure encore et toujours. Et les "victimes" toutes désignées s'y prêtent même avec amabilité à la recherche de la bonne appréciation toujours … reportée.

Conséquence pratique : une démocratie locale malade tant elle est déséquilibrée et que des candidats qui auraient vocation à incarner l'alternance perdent en crédibilité.

 

3ème dossier : l'affaire Vallini et le Conseil général de l'Isère

Les faits : un citoyen isérois engage une procédure en posant des questions précises à une Institution publique dont il est le contribuable et pour laquelle, au regard de déclarations publiques non anonymes, il est en droit de se poser des interrogations juridiques. En complément, il adresse pour information des dossiers à plusieurs autorités dont le Procureur de la République.

La normalité : L'Institution mise en cause reçoit le demandeur, ce qui est la manifestation élémentaire de la considération à l'égard de tout citoyen. Elle répond à ses questions. Des élus de ladite Institution cherchent à en savoir davantage. Une conférence des Présidents de groupes peut être organisée … La presse rencontre le demandeur, le questionne. Les autorités saisies font les investigations nécessaires : si plusieurs personnes sont citées, elles sont entendues. 

L'exception iséroire : L'institution publique mise en cause ne reçoit pas le demandeur qui est l'un de ses contribuables. La conférence des Présidents n'est pas réunie à notre connaissance. Bien davantage, aucun groupe, fut-il d'opposition, ne demande à rencontrer le demandeur ni même ne tient un point presse pour s'exprimer sur ce sujet qui "dérange" manifestement.

Le demandeur est entendu par la PJ et, semble-t-il, dans la quasi foulée immédiate, le dossier est … classé. La presse qui ne parlait pas ou si peu du lancement de "l'affaire" (qui n'en était pas une à en croire certains commentaires) évoque largement … le classement d'une affaire pourtant à ses yeux supposée jamais … née.

Et le citoyen est stigmatisé parce qu'à côté de sa qualité de contribuable il a un engagement politique. Il serait "Vert", ce serait un héros, libre, indépendant. Non, il est "UMP" c'est donc un "minable manipulé" qui ne cherche pas la vérité (propriété des Verts en Isère) mais il cherche la polémique, la "basse querelle indigne" …

Compte tenu de son engagement dans une formation politique, c'est presque comme si sa qualité de citoyen pour agir devait lui être … retirée. C'est un raisonnement d'une extrême gravité. Ce raisonnement devrait mobiliser tous ceux qui croient à la qualité de citoyen détachable des actes de militant dans la vie publique comme tout militantisme est détachable des actes professionnels.

Conséquence pratique : impossible de connaître la vérité !

Quand on est à un tel niveau de réalité des faits, des libertés fondamentales sont maintenant en cause en Isère.

Toutes celles et tous ceux qui ne se mobilisent pas ou ne se mobiliseront pas pour les défendre montrent soit leur désintérêt soit leur volonté d'instrumentalisation de certains principes.

De telles libertés concernent les citoyens de droite comme de gauche. Nous regrettons déjà le silence de trop nombreux candidats sur ces dossiers graves. Le 17 juin au soir, c'est ce combat pour ces libertés fondamentales qui doit s'ouvrir sur de nouvelles bases.

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