Trois échecs majeurs s’installent actuellement pour accréditer l’image de la « vilaine droite » qui renoue avec ses ancrages maudits :
– la droite perd ses rapports avec la morale en raison de la multiplication des affaires présumées,
– la droite perd ses rapports avec l’efficacité en montrant une incapacité à sortir de la crise rapidement ou du moins à incarner une perspective fiable et sécurisée de sortie de crise,
– la droite fait renaître les rapports de classes. C’est probablement ce dernier volet qui est le plus dangereux dans les circonstances actuelles.
Les outils de gestion de la crise ont accéléré une perception d’exploitation qui avait disparu.
Bien davantage, ils donnent l’image d’une dévalorisation de la place de l’être humain.
Ces dernières décennies, la notion de classe s’était dissolue dans une tendance durable au progrès.
Cette notion revient sur le devant de la scène sur des bases nouvelles.
La présidentielle française 2012 se présente en effet sous un angle étonnant en la matière.
Pour qu’il y ait une conscience de classe, plusieurs facteurs doivent être réunis :
– l’individu estime que l’amélioration de sa situation ne peut être que le résultat de l’action collective et non plus le résultat des efforts individuels d’intégration,
– le rapport de forces remplace la négociation comme moyen d’obtenir des classes possédantes les avantages jugés équitables,
– la conscience de classe naît comme agent de transformation de la société bien davantage que toute autre appartenance.
Quand cette conscience se reconstitue comme actuellement, elle prend naissance sur des bases nouvelles marquées par une séparation binaire : les nantis et les autres.
Les «autres» c’est-à-dire le très grand nombre de tous ceux qui considèrent qu’ils ne sont plus invités au banquet et ils ont alors l’irrésistible envie de renverser la table.
Les nantis sont ceux qui, bien que souvent pour partie fauteurs de crise, échappent à la crise en accumulant des richesses qui deviennent des provocations.
L’opinion attend des ruptures radicales. Plus ces ruptures tardent, plus la colère monte.
La société libérale était d’abord un produit du rationalisme. C’était la vision d’une société gagnant en cohérence qui installait progressivement une justice universelle.
Le voile s’est déchiré. Le temps des épreuves fait émerger de nouveaux centres de gravité sur le plan international comme à l’intérieur de chaque pays.
La crise révèle un anti-humanisme qui installe au grand jour une «morale des forts», qui ramène à de vieux clichés entre la morale des maîtres et celle des esclaves. Le fort agit à sa guise, comme il veut, par-delà le bien et le mal.
C’est ce climat qui fonde et légitime actuellement une violence inhabituelle dans sa pratique comme dans son acceptation par le grand nombre.
Le capitalisme reposait sur un sentiment du rôle «bienfaisant» du « riche » qui évite la misère pour tous. Ce rôle est aujourd’hui contesté.
La mondialisation est donc d’abord confrontée aujourd’hui à l’impératif d’édiction de nouvelles règles pour donner un sens au développement collectif.
C’est un défi considérable qui dépasse les simples réajustements techniques ponctuels.
La participation à la primaire PS comme la poussée de Montebourg au sein même d’un parti pourtant globalement réformiste modéré montrent une vague populaire qui monte pour exprimer une radicalisation vive.
C’est un terrain très favorable à un score d’ampleur pour Marine le Pen. Elle est peut-être aujourd’hui la première gagnante des enseignements majeurs de la primaire PS ?
La gauche revient à ses fondamentaux alors même qu’elle est représentée désormais par des bourgeois confortables installés dans leurs bastions locaux loin des crises matérielles du peuple.
Sarkozy a fait progressivement une caricature vulgaire de la droite. C’est le principal gâchis des dernières années. Ce sera le probable principal handicap de la campagne à venir.
Aucun effort sérieux n’est déployé pour tenter au moins de corriger cette situation. Merkel en Allemagne résiste parce qu’elle est austère sur le plan personnel. Aux Etats-Unis, Obama peut compter sur son épouse qui incarne (ou a pour mission d’incarner ?) la mère de famille « comme les autres » y compris quand elle fait ses courses dans la grande surface du coin de la rue (cf vidéo ci-dessous).
En France, la coupure est née, assumée. Elle risque de coûter un prix politique particulièrement élevé.
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