Le scrutin du 20 mars 2011 apporte 7 enseignements techniques majeurs :
1) La fin de la France des cantons : avec un taux d'abstention record, une logique institutionnelle prend fin dans l'indifférence. C'est un système totalement déconnecté des évolutions démographiques. Dans une Assemblée Départementale, un élu de 1 500 électeurs avait la même voix qu'un élu de 15 000 électeurs. Rarement des inégalités démographiques aussi fortes auront été préservées aussi longtemps. Dans trois ans, le nouveau scrutin devrait permettre d'évoluer vers une meilleure égalité démographique entre les territoires ; ce qui était indispensable.
2) L'UMP 38 en fond de cale : il fut un temps où le label UMP assurait une présence au second tour avec possibilité de victoire. Puis ce fut la "présence – témoignage" au second tour sans possibilité de victoire. Maintenant, c'est ne plus être au second tour tout simplement. Dans le ressort de la Métro, c'est à dire dans l'agglomération grenobloise, dimanche prochain, aucun candidat UMP n'est en course. Tous les candidats UMP ont été dévancés par des duels mettant en présence le PCF, Le PS, les Verts ou le FN. C'est du jamais vu dans toute l'histoire électorale de l'agglomération grenobloise que la disparition de la représentation d'une formation politique. Il faut aller dans le Voironnais pour retrouver une présence UMP au second tour.
3) La poussée du FN : une nouvelle fois les enquêtes ont logiquement annoncé la poussée du FN. Dès que la droite classiques était divisée avec la présence d'un DVD, le FN a atteint un seuil qui le place devant l'UMP. Cette poussée, c'est le cumul de la "France qui a mal" (chômage, perte de pouvoir d'achat) et de la "France qui a peur" (insécurité, immigration). Le FN effectue une percée dans les cantons "populaires" confirmant là aussi qu'il est devenu le premier parti dans le vote des ouvriers et des employés. Il est donc naturel de le retrouver tout particulièrement sur Fontaine, Echirolles, St Martin d'Hères.
4) La progression des écologistes : sur Grenoble, les écologistes sont une force politique qui égalise le PS. Le plus important réside dans l'extension dans le péri-urbain. Nous avions signalé cette perspective. La percée pronostiquée est intervenue à St Egrève, à Villard de Lans notamment. S'agissant du Sud Isère, c'est peut-être la prochaine circonscription des écologistes. La députée sortante (PS) est à la peine sur le Canton de Corps. Une circonscription qui n'a révélé aucune surprise avec l'élection d'une DVD sur Monestier de Clermont, petit canton de 2000 votants, où le PS ayant parachuté un inconnu habitant le Nord Isère est devancé par les écologistes face à une candidate DVD qui a manifestement bénéficié de très gros moyens et d'un contexte local très favorable.
5) La disparition du centre : le centre n'existe plus. Dans le meilleur des cas (Vienne Sud), il plafonne à 6 %. C'est la disparition d'une sensibilité qui, depuis 2007, n'est plus parvenue à garder une identité entre le PS et l'UMP. Cette disparition intervient au moment où les écologistes progressent dans l'agglomération grenobloise ; ce qui ne peut que mettre en difficulté le socle de la majorité municipale grenobloise reposant depuis 2008 sur une alliance avec le Modem et non plus avec les écologistes. Or les premiers (Modem) fondent comme neige au soleil tandis que les seconds (écologistes) progressent toujours davantage …
6) Il s'agit d'une élection intermédiaire supplémentaire dominée par une logique protestataire : la vie politique française est désormais structurée entre les "élections de pouvoir" (Présidence et municipales) et les "élections d'humeur" (européennes, régionales et cantonales). Dans le premier cas, l'opinion ne "plaisante" pas : elle se déplace, vote pour un pouvoir qu'elle identifie sur le plan national ou le plan local (le Président ou le Maire). Dans le second cas, elle témoigne son humeur face à la politique nationale. Les élections intermédiaires ne peuvent donc servir d'extrapolation pour les présidentielles ou les municipales en raison de ce changement d'ambiance.
7) La classe politique classique (UMP et PS) est manifestement déstabilisée par le FN et par les écologistes : les votes pour le FN et pour les écologistes sont certes protestataires mais ils témoignent d'abord la volonté d'un "autre système" quand pour 68 % des électeurs les différences entre le PS et l'UMP sont difficiles à percevoir.
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