Denis Bonzy

La gauche et la chute de ses « valeurs-idoles » : le piège qui se referme ?

La gauche tombe-t-elle actuellement dans un piège ? Lé défi sécuritaire n'est-il pas tout bénéfice pour la majorité présidentielle et tout risque pour la gauche ?

Pour la majorité présidentielle, cette approche resoude son socle électoral et tout particulièrement les seniors qui ont plus peur que mal. Il est de mode actuellement de commenter les difficultés de Nicolas Sarkozy mais les chiffres ne montrent pas un décrochage par rapport aux planchers déjà rencontrés.


Ce constat montre la solidité de ce noyau dur qui résiste alors même que la tempête gronde tous azimuts. Pourquoi résiste-t-il ? Parce que dans la tempête, il y a au moins un dossier où l'offre de Nicolas Sarkozy répond à la demande : la sécurité.

Pour la gauche, le défi de la sécurité est un risque considérable. Soit elle vient sur les terres de la droite et elle abandonne une partie de ses "idéaux fondateurs". Soit elle reste sur ses terres traditionnelles et elle se coupe d'une probable forte majorité de l'opinion qui s'est droitisée considérablement sur ce volet.

Culturellement la mixité sociale passe de mode. Nous assistons à un retour en forme de la tribu où il fait bon vivre avec ses semblables. Il suffit de constater le retour en forme de valeurs hier en berne : le nouveau culte du maillot dans le sport, le respect de l'hymne national, le lancement des "apéritifs républicains" … Il n'y a pas de hasard. Ce sont autant de signes d'évolutions plus profondes.

Dans ce contexte, la gauche est confrontée à la chute de ses valeurs idoles.

La gauche ne pourra pas se réfugier dans la dépense publique pour faire naître de nouveaux espoirs car elle doit gagner en crédibilité dans la lutte contre la dette publique.

Elle ne pourra pas davantage se réfugier dans un "modèle républicain" qui est discrédité car la mixité culturelle est menacée.

En ouvrant cette logique de "l'enfer des autres", la majorité présidentielle a mis en marche une machine dangereuse mais il n'est pas sûr qu'elle ne soit pas d'abord d'une redoutable efficacité électorale car la quête identitaire cache d'abord une volonté de différenciation qui s'exprime désormais dans des termes neufs à l'opposé des valeurs fondamentales de gauche. Comment la gauche peut-elle vivre cette chute de ses valeurs, la chute des idoles, sans être fragilisée ?

Cette normalisation est un défi d'ampleur.

Commentaires

2 réponses à « La gauche et la chute de ses « valeurs-idoles » : le piège qui se referme ? »

  1. Avatar de ChristineH

    Bonsoir,
    Certes NS tient son plancher de 30%.
    Cependant, après 3 ans de pouvoir et à la veille d’une réforme des retraites et de l’élaboration d’un budget 2011 plus que difficiles qui necessiterait une large adhésion du plus grand nombre de Français, force est de constater qu’il n’a pas réussi à élargir cette base.
    Qu’en sera t-il en 2012? Quelle vision auront les Français du sarkozysme?
    Par ailleurs, vous semblez accorder aux Français leur besoin prioritaire de sécurité or, des sondages récents ont prouvé au contraire que leurs préoccupations premières tiennent à l’emploi et au pouvoir d’achat, ce qui somme toute semble bien normal à la veille d’une rigueur qui s’annonce bien que certains refusent le mot qui semble les effrayer.
    Vous évoquez également certains phénomènes de société de type droitier mais il en est également d’autres : ceux de solidarité.Voir les manifestations de samedi, sans compter la réaction de l’Eglise et de certains éclésiastiques, à Lyon par exemple.
    Ainsi, je ne crois pas à la chute des valeurs idoles de la gauche, tout au plus assite t-on à un fléchissement, à une évolution( sur la sécurité précisément) et sur d’autres thémes elle peut même être devancée par Europe Ecologie, devancée certes mais pas laminée. Et cette écologie-là tourne plutôt la tête vers la gauche.
    Quant à la quête identitaire, c’est surtout la peur de la mondialisation de type néo-libérale qui l’entretient et là effectivement c’est assez dangereux surtout sur le plan sociétal, voire politique sur le long terme. Il est vrai que la propagande sarkosyste et de sa cour mettent la paquet pour formater les esprits, hélas !.
    Habitant Lyon, pour ma part je ne crois pas que la mixité sociale soit passée de mode. Bien au contraire. Il n’est pas sein de créer ou de faire se recréer des ghettos sociaux, voire ethniques. Il me semble pourtant que vous appartenez à RS, et qu’ à ce titre vous devriez défendre la justice sociale, sous toutes ses formes, c’est pourquoi j’ai du mal parfois à suivre votre pensée à la lecture de vos notes sur ce blog.
    Cordialement

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  2. Avatar de denis bonzy
    denis bonzy

    @ Christine
    Les questions que vous posez dans votre commentaire me semblent très importantes.
    1) La fonction de ce blog : exprimer en toute liberté des analyses. Par conséquent, quand il y a doute, je l’exprime. C’est vrai qu’actuellement j’éprouve des difficultés à cerner les conséquences durables de ce qui est présenté comme le « virage sécuritaire ».
    2) Dans ces périodes de doute, les commentaires comme les vôtres permettent de disposer d’éclairages complémentaires et je vous en remercie.
    3) Le fait d’être membre de RS ne doit pas épargner le fait de poser et se poser des questions.
    4) Nous assistons actuellement à une séquence temps qui est troublante parce que nous percevons des nouveaux équilibres en préparation mais sur des bases très instables. Pour le « virage sécuritaire », je ne partage pas l’analyse très répandue actuellement d’un énième emportement présidentiel ponctuel. Exprimer ce constat, ce n’est pas approuver ni la méthode ni le contenu de ce dispositif. Mais chercher à voir s’il peut y avoir là une nouvelle donne. Les analyses sont contradictoires. Les commentaires perçus en direct sont partagés. C’est une réalité que j’observe et que je cherche à mieux comprendre.
    Avec la plus grande sincérité, si aujourd’hui, il m’était demandé de m’engager sur une grille de lecture avec la présentation des conséquences durables, j’hésiterais encore beaucoup.
    Bien cordialement.
    denis

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