Denis Bonzy

Battistel / Marchiol : un débat très décevant

Lundi matin, les citoyens qui avaient respecté leur devoir de civisme en votant le 30 mai pouvaient éprouver des regrets à avoir été aussi peu nombreux et exprimer des critiques à l'endroit de ceux qui ne s'étaient pas déplacés la veille.

Ce matin, les votants du 30 mai peuvent se demander si les abstentionnistes n'étaient pas … des précurseurs tant le débat d'hier entre Marie-Noëlle Battistel et Fabrice Marchiol a été particulièrement décevant.

1) Il doit y avoir un moment où la question de base est posée : la fonction d'un député. La fonction d'un député est de voter les lois et de contrôler le pouvoir exécutif. Hier, le débat donnait le sentiment de voter pour le "Conseiller général" de la circonscription.


Les sujets nationaux sont graves : crise financière, récession économique, retraites, identité nationale, composition et devenir de la zone euro … et les candidats parlaient du stop au bout du chemin des Bergers de la Commune X.

La tenue de tels débats est une illustration de l'actuel naufrage de la vie institutionnelle française où chacun s'occupe de tout et souvent d'abord de ce qui ne concerne pas ses compétences directes. Comment condamner l'abstention dans une telle pagaille ? Elle devient une sorte de réflexe de défense : rester à l'écart puisqu'on n'y comprend plus rien.

2) Même si des candidats, par erreur ou par facilité, s'éloignent des vrais enjeux, les journalistes pourraient les "recadrer". Loin de tels efforts, ce débat semblait tenu dans le salon de thé du coin de la rue où quatre compères échangeaient des dernières nouvelles. On attendait presque la question sur le match France / Tunisie de dimanche soir…

3) Fabrice Marchiol a manqué une occasion (peut-être la dernière ?) pour mobiliser son camp et faire vivre la différence. C'est pour moi une réelle déception. Tout d'abord, il ne sort pas de ce piège de "candidat UMP sans étiquette". Pour l'opinion publique, cette formule est impossible : ou il est sans étiquette ou bien il est UMP mais il ne peut pas être les deux. Là, on assiste à la naissance d'un candidat d'une nouvelle génération : "l'UMP sans étiquette". Par ce seul préalable non traité, il perd beaucoup de crédit. Ensuite, il refuse toutes les étiquettes sauf celle de "gaulliste social" qu'il s'attribue lui-même très souvent. Mais qu'est ce que le "gaullisme" peut encore signifier en 2010 quand de Gaulle a quitté le pouvoir en 1969, il y a plus de 40 ans ? Respecter sa mémoire, ne serait-pas d'abord refuser de tenter d'exploiter des raccourcis trompeurs ? De plus, pourquoi accoler le mot "social" ? Pour se revendiquer de Sudreau et non pas de Foyer ? Qui est intéressé par ce débat ? Donc, qu'apporte cette référence sans contenu concret moderne et utile ?

Mais surtout et enfin, Marchiol a raté l'occasion d'exprimer le nouveau souffle qui justifie de se mobiliser pour lui et qui appelle au changement nécessaire. Il est laudateur pour le bilan Migaud, souvent d'accord avec Battistel : pourquoi donc voter pour lui dans ces circonstances ?

Le score du 1er tour imposait un choc fort, l'occasion a été manquée.

4) Quant à Marie-Noëlle Battistel, tous ceux qui ne la connaissaient pas mais lisaient les commentaires des blogs ont déduit "on a été trompé : elle sait parler !". C'est le fameux rebond de la personne peu connue présentée comme devant être incapable de tenir la distance face à son concurrent et qui finalement tient la distance. Elle transforme alors le match nul en victoire tant sa défaite était initialement inéluctable…

5) C'est donc un débat très décevant qui risque de ne pas changer la donne, loin s'en faut. Cette partielle montre peut-être surtout qu'une révision législative serait nécessaire pour élargir les hypothèses de succession de plein droit dans lesquelles le suppléant devient député car, dans de telles circonstances, le debriefing de la campagne partielle du Sud Isère s'annonce assez sévère pour bon nombre des participants.

Commentaires

2 réponses à « Battistel / Marchiol : un débat très décevant »

  1. Avatar de Franc - Tireur
    Franc – Tireur

    Denis,
    Le gaullisme n’est pas mort avec le général.
    Et au contraire, dans ces temps de crise, il est plus que jamais d’actualité.
    Pour définir le gaullisme, voici ma définition personnelle : « Ne pas accepter l’inéluctable, ne pas se résigner, ne pas capituler ».
    Mais comme tout le monde je m’en revendique sans aucune légitimité. Alors pour mieux percevoir le « gaullisme », quoi de mieux que quelques citations (non exhaustives bien sur) :
    – Soyons fermes, purs et fidèles ; au bout de nos peines, il y a la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n’ont pas cédé .(Extrait d’un Discours – 14 juillet 1943)
    – La politique, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c’est une action pour un idéal à travers des réalités.(Extrait d’une Conférence de presse – 30 Juin 1955)
    – Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres.
    – Tout français désire bénéficier d’un ou plusieurs privilèges. C’est sa façon d’affirmer sa passion pour l’égalité.
    – Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action.
    – A la base de notre civilisation, il y a la liberté de chacun dans sa pensée, ses croyances, ses opinions, son travail, ses loisirs.(Extrait du Discours au club français d’Oxford – 25 Novembre 1941)
    – La parole est au peuple. La parole du peuple, c’est la parole du souverain.(Extrait d’un Discours – 25 août 1944)
    – La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave.(Extrait d’un Discours – 27 Mai 1942)
    Puisse cela inspirer inspirer F. Marchiol et d’autres …

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  2. Avatar de Martial BOILLOT
    Martial BOILLOT

    Je souscris au commentaire précédent… ces citations transpirent la posture gaullienne et donc l’attachement à certaines valeurs et représentations qui peuvent se décliner dans l’action politique ou tout du moins la manière de l’aborder. De fait,pour convaincre, il suffit d’être convaincu soi-même voire en accord avec certains principes que le Général de Gaulle a su poser voire s’imposer.

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