Le premier tour de l'élection législative partielle du Sud Isère apporte 8 enseignements techniques importants.
1) C'est probablement le coût le plus élevé du vote exprimé pour l'histoire de la circonscription : Fabrice Marchiol a effectué probablement la campagne la plus chère depuis 1993 mobilisant de très gros moyens financiers dans un cadre technique de grande qualité. Les autres candidats ont diffusé des documents en couleur, en nombre et de qualité. Toutes ces dépenses ne mobilisent pas … 70 % des citoyens. Ce chiffre montre, si besoin était, que la crise civique est là. Les mobilisations du 1er mai, celles pour les retraites, les votes lors des partielles … traduisent le même sens : la désaffection des citoyens.
C'est le "sauve qui peut" généralisé. 66 millions de Robinson Crusoë, chacun sur son île précaire qui cherche à passer, seul, à travers la crise. Cette crise civique marque la défiance vis à vis du système politique, vis à vis des professionnels de la politique. C'est une nouvelle donne majeure notamment pour 2012. Qui réussira à rétablir la confiance, donc la participation civique et par quels moyens ?
2) MN Battistel remporte une victoire inattendue : être une candidate parmi trois candidats de gauche et devancer de 7 points le seul candidat de droite, c'est une victoire incontestable. Elle intervient dans un contexte où les Verts sont maintenus à un niveau faible et ne sont pas en situation de "faire la différence".
3) La déception du score de Fabrice Marchiol est liée à la défaillance de chacun des trois piliers de sa campagne. Il a construit une campagne reposant sur trois piliers : la dépolitisation, le réseau des élus locaux, la dynamique de l'union.
La dépolitisation n'a pas créé une nouvelle donne. Il faut dire que le message a été très pollué. L'opinion reçoit deux messages contradictoires : le candidat se réclame "sans étiquette" quand la presse le labélise UMP. Qui croire ?
Le réseau des élus locaux n'a pas fonctionné : parmi les élus très engagés aux côtés de F. Marchiol figurent des Communes très abstentionnistes et avec une victoire de … MN Battistel. Les élus en question ne sont donc parvenus ni à convaincre de voter ni à convaincre de voter F. Marchiol comme c'est le cas à Claix, Varces, Vif, Canton de Villard de Lans et Canton de Corps. Il y a là des marqueurs qui vont mériter des examens détaillés.
La dynamique de l'union n'a pas fonctionné. Le Nouveau Centre, les partis satellites de la majorité … sont restés spectateurs. Le rôle de l'union était de placer Marchiol en tête du premier tour pour créer une dynamique de victoire. Il est second.
4) L'élection 2010 est-elle comparable à 2007 ? Non. Il n'est pas possible de comparer un score avec 70 % de votants avec un score avec 70 % de … non votants. Un score mettant en présence un député avec 20 ans d'ancienneté et un score avec une candidate quasi-inconnue. C'est à force de se prêter à des contorsions de ce type que le discours politique perd tout crédit. Chaque élection a sa propre vie dans un contexte très précis. Le seul constat, c'est que 2010 n'a pas apporté une nouvelle donne politique.
5) Fabrice Marchiol peut-il encore gagner ? C'est peu probable. En politique, rien ne peut être totalement exclu mais l'inversion des tendances est peu probable. La chance ultime de victoire de Marchiol ne réside pas dans la mobilisation de la droite mais dans la démobilisation de la gauche. A cet égard, sa réaction post-résultats est peut-être humainement compréhensible mais politiquement maladroite. A crier victoire hier soir, il s'éloigne de la réalité des faits et contribue à la mobilisation de la gauche. Chacun cite ce cas d'école de Grande-Bretagne en 1969 où le soir du premier tour un candidat conservateur avait salué la victoire de son concurrent travailliste banalisant le second tour au point que les électeurs travaillistes ne s'étaient pas déplacés et que le conservateur avait … gagné.
6) Qui a des réserves ? A priori les deux compte tenu du score très élevé des abstentions. Mais probablement MN Battistel a davantage de réserves que F. Marchiol car l'urbain a très peu participé. Pont de Claix a le record de l'abstention, ce qui traduit la division souvent exposée. Dans l'urbain, la gauche a plus de réserve que la droite.
7) Pour les cantonales, Marchiol ne franchit le seuil sécurisé des 40 % qu'à Clelles, Monestier et La Mure. Les scores sur Villard et Bourg d'Oisans sont très étonnants. Sur le Canton de Bourg d'Oisans, la gauche fait plus de 51 %. Sur le Canton de Villard de Lans, la gauche fait plus de 60 % ! Ce sont là de nouveaux indicateurs politiques en rupture avec la tradition politique de ces deux géographies. Des explications seraient utiles.
8) A données constantes, en scores cumulés, sur 10 cantons, MN Battistel devrait gagner les cantons de :
– Valbonnais : 65 %
-Mens : 60 %,
– Monestier : 51 %
– Vif : 60 %
– Clelles : 52 %
– La Mure : 53 %
– Corps : 60 %
– Villard de Lans : 60 %
– Bourg d'Oisans : 50 %
– Fontaine Seyssinet : 68 %
Par conséquent, dimanche prochain, en cas de mobilisation et de solidarité à gauche, la gauche pourrait être majoritaire sur 10 cantons sur 10.
La balle est désormais dans le camp de F. Marchiol. Il doit trouver les termes d'un électrochoc sinon il s'achemine vers une défaite de première ampleur.
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