Denis Bonzy

Jérôme Kerviel contre le système qui n’est jamais coupable

L’opinion publique française n’aime pas la société française. Il y a même progressivement une forme de « haine » qui a pris naissance. Pourquoi ? Comment l’expliquer ? Il me semble que progressivement l’opinion a pris conscience que la société française fonctionne d’abord sur le mensonge et sur l’hypocrisie.


C’est d’ailleurs un fait significatif que ce climat ait pris naissance au lendemain de la seconde guerre mondiale. C’est significatif parce que, pendant la seconde guerre mondiale, les français ont perdu leur dignité et ils le savent dans une très large majorité.


Dans leur immense majorité, ils se sont facilement accomodés d’un régime de collaboration. Le livre de Paxton sur la « France de Vichy » donne une version bien éloignée des images d’Epinal laborieusement établies après … la libération. La collaboration a été le fait d’un Etat, de ses Institutions officielles et de ses très nombreux citoyens.

Même mensonge au sujet de la guerre d’Algérie d’un pays qui mènerait une « guerre en gants blancs » et qui refuse de regarder en face la réalité de la torture.


Même mensonge au sujet de la décolonisation qui marque le retrait pathétique d’une puissance incapable de garder le statut international qu’elle revendique toujours pourtant avec prétention comme si cette période n’avait jamais existé. 


En temps de crises, cette volonté de se « protéger » peut être compréhensible à l’extrême rigueur.


Mais cet état d’esprit existe aussi en temps de paix dans le fonctionnement quotidien des pouvoirs politiques ou économiques. C’est la culture du système qui n’est jamais coupable.


Le procès Kerviel s’annonce comme une nouvelle illustration de cette mentalité. Le système bancaire a mis au point des contrôles informatiques qui font que le moindre découvert d’un particulier pour quelques dizaines d’euros est aussitôt signalé par le back office parmi des millions de comptes.


Et là, dans une salle très sectorisée proche de l’état-major, 500 milliards d’euros auraient été gérés en « totale autonomie ».


C’est pratiquement impossible. Mais même à supposer que cela soit possible, le système est alors coupable de ne pas avoir mis en oeuvre des modalités performantes de contrôles pour éviter de tels dysfonctionnements éventuels.


Face à la réalité de tels faits, il est impossible que le « système » n’ait aucune responsabilité et aucune culpabilité.


Et pourtant, fidèle aux traditions françaises, tout va probablement se dérouler pour que le bouc-émissaire (Jérôme Kerviel) soit le coupable et le seul.


C’est une mentalité de « protection du système » qui abuse totalement l’opinion. Cette mentalité est gravissime. Elle évite l’amélioration du système de fonctionnement puisque toujours épargné il peut ainsi rester immobile, ne pas changer.


Cette mentalité est à l’opposé du respect de la vérité des faits qui devrait animer tout fonctionnement collectif.


Cette mentalité est facilitée par un système d’informations qui repose sur des présentateurs et non plus sur des journalistes. Actuellement, il y a deux journalistes : Apathie et Bourdin. Les autres sont des présentateurs qui distraient l’opinion sur des sujets anodins. Mais même pour Apathie et Bourdin, le ton de Philippe Alexandre est bien loin. Prenons l’exemple de la dette grecque. Le commentaire de Franc-Tireur sur le billet du 03 mai est empreint d’une sagesse incontestable. Il pose des questions de fond. Ce sujet n’est que très peu abordé dans les informations puisque le « grand dossier » du moment est le proxénétisme et les footballeurs. C’est « l’os du moment ». C’est dire le niveau des centres d’intérêts prêtés à l’opinion française … D’une part, il s’agit de faits privés et s’ils sont établis pour une mineure les sanctions doivent tomber le plus rapidement possible. D’autre part, contrairement aux axes éditoriaux adoptés dès l’instant que la question de la minorité est levée, le scandale réside surtout sur le fait que des « supposées vedettes » de moins de 30 ans aient besoin de payer pour baiser une sorte de poupée gonflable. C’est là l’objet de la disqualification qui devrait être la leur … Quelle tristesse !


Pendant combien de temps ce climat est-il durable ?


Quel sera le moment où l’opinion refusera d’être prisonnière de cette logique du système jamais coupable se contentant des leurres successifs ?


C’est là un vrai test de citoyenneté. A cette question, je suis incapable de répondre. Quand je vois parfois la docilité de citoyens face à des « césars locaux » qui les feraient passer par des « trous de serrures », cette mentalité est peut-être tout simplement l’une des caractéristiques de la mentalité française ? L’avenir le dira.


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