Denis Bonzy

Quand la mémoire du risque s’efface …

Les effets dramatiques de la tempête dans plusieurs Départements de France entraînent une tristesse collective forte. Il est normal qu’il en soit ainsi. La télévision modère beaucoup les réalités dans de telles circonstances et pour les raisons techniques incontournables.


En 1988, comme Président de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, j’ai eu à participer de façon active aux travaux de reconstruction après les inondations de Nîmes : 3 octobre 1988 : 11 morts (voir vidéo ci-dessous). Sur place, ce qui marquait le plus et que les images télévisées ne pouvaient reproduire ce sont les odeurs. Ces lieux sont irrespirables. De même, il est naturellement question des vies humaines mais il ne faut pas oublier les animaux notamment domestiques qui ont perdu la vie. Des corps d’animaux retrouvés au coin d’une rue quand les eaux se sont retirées.  


Sur le plan local, en 1991, dans des conditions considérablement moindres, des inondations ont frappé transformant la Gresse en torrent fou emportant des superficies considérables de terres.


De toutes ces expériences significatives, trois leçons doivent être tirées.


Tout d’abord, à chaque catastrophe naît une mode ponctuelle de travaux. Le Grand Bornan a suscité la surveillance des berges des ruisseaux de montagne. Nîmes a posé la question des canalisations d’assainissement pour accueillir les eaux pluviales. Ce week-end va poser la question du littoral et de l’entretien des digues.


Mais ensuite, cette priorité retombe vite. Il suffit de se promener par exemple dans notre Canton pour voir sur le terrain combien les berges sont peu entretenues, combien les travaux programmés en 1991 n’ont été que très partiellement réalisés en … 2010 ! Il suffit de connaitre les barrages pour voir combien leurs retenues n’ont pas été dégagées de longue date. La mémoire du risque s’efface en quelques années.


Enfin, derrière des enjeux ponctuels, deux questions fondamentales demeurent.


D’une part, le rapport entre l’évolution démographique et des équipements. La fuite en avant démographique ne doit jamais être acceptée. Au pire, elle expose à des dangers. Au mieux, elle expose à des conditions de vie dégradées. Prenons l’exemple de notre Canton actuellement, comme Conseiller Général, j’ai bagarré 10 ans pour remettre à niveau des équipements publics dont les Collèges. La leçon n’a pas été retenue. Les constructions abondent tandis que les équipements publics stagnent.


D’autre part, les citoyens devraient être les premiers garants de leur propre sécurité. Pour ce faire, ils doivent récompenser les élus qui font des investissements durables. L’ère des « gentils animateurs » a trop vite remplacé celle des réalisateurs. Il y a aujourd’hui beaucoup plus qu’hier des territoires dangereusement exposés parce que les financements n’ont pas été affectés à des travaux peu populaires parce que peu visibles. Mais, dans des circonstances exceptionnelles, ce sont ces travaux là qui sont l’ultime rempart pour la sécurité de chacun.


http://www.dailymotion.com/swf/xa7zdt

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