Denis Bonzy

Tempête, Frêche … : la culture du bouc-émissaire

Les Français s'adonnent avec délectation à la culture du bouc-émissaire qui dispense de poser les vraies questions et donc d'avoir le courage d'aller vers les vraies réponses.

La tempête et son cortège de drames individuels pose la question des droits à construire. Des élus locaux sont immédiatement montrés du doigt. Mais, les Maires ne délivreraient pas des droits à construire si des citoyens propriétaires ne faisaient pas naître une telle pression qui parfois fait basculer les majorités municipales.

Dans toutes les petites Communes de moins de 15 000 habitants, la qualité de citoyen s'efface souvent devant celle de propriétaire foncier. Chacun connait cette réalité. Le véritable responsable c'est d'abord le citoyen qui refuse de voir certaines réalités technique pour ne concevoir un terrain que comme un potentiel jackpot. Il abandonne alors son statut de citoyen pour voter pour le premier candidat qui s'engage à urbaniser son terrain et lui faire réaliser une fantastique plus-value. Voilà la réalité.

Dans une démocratie, l'opinion a les élus qu'elle veut donc les élus qu'elle mérite. Si les citoyens souhaitent des élus qui ne résistent pas à la demande déraisonnable de citoyens, ils ont des profils de ce type avec les conséquences qui peuvent en résulter. "Paulo l'arrangeur" avec qui on aime trinquer en tapant sur l'épaule au coin du bistrot, c'est très souvent devenu le cursus de l'élu local. On va pas demander à "Paulo" de défendre la technicité puisque "Paulo" est choisi parce que c'est un "pote" et pas un technicien. Il faut ensuite que les citoyens assument leur choix de "Paulo" …

De même, il est question actuellement de Frêche qui serait une caricature exceptionnelle de la démocratie locale. Mais il y a en France des "Frêche" dans de très nombreux couloirs de collectivités publiques locales. Frêche, c'est le produit du goût de "l'homme providentiel" + de la faiblesse de la culture du contre-pouvoir + du clientélisme lié au statut d'employeur et de financier des collectivités locales et le tout avec le retrait quasi-total de l'Etat. Frêche, c'est la caricature de tous les maux de la décentralisation de 1982. Là encore, il est plus facile de ne parler que de Frêche, cela dispense de s'attaquer aux maux de la décentralisation de 1982.

La généralisation de cette culture du bouc-émissaire épargne d'étudier les questions de fond. Le bouc-émissaire incarne le mal. Il porte tous les pêchés de la terre. Il dispense de l'éthique du doute. Il dispense surtout du courage de chercher la vérité.

Le bouc-émissaire est là pour que la réalité s'efface devant l'illusion. Bien davantage, que l'illusion devienne réalité. C'est la thérapie collective qui est désormais appliquée sans remord ni pudeur.

Mais cette thérapie fait disparaître la lucidité et par conséquent elle ne règle rien.

S'il y a une composante durable des dernières décennies, c'est que rien n'est sérieusement réglé. Progressivement, même avec les meilleures bonnes volontés des individus, rien ne fonctionne avec efficacité. Le bouc-émissaire permet que l'infirme s'ignore avant que des réveils ponctuels ne le ramène à la réalité. Frêche et la tempête allongent la liste des exemples où l'examen compliqué de la vérité s'incline devant le réflexe immédiat de l'approbation : c'est la faute à …

Pendant encore combien de temps ?

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