Enfin un superbe film hier soir sur un thème quasi – permanent : le défi de la transmission. La sagesse populaire dit notamment "on reste toujours de son enfance et de son pays". Je suis intimement convaincu que ce constat de bon sens est juste. C'est la part de l'invisible : ce moment où tant de souvenirs enfouis reviennent en surface. Le rappel du goût d'une patisserie qui enchantait notre enfance. Le parfum de sa mère qui changeait l'humeur sur le chemin de l'école. Le rappel du bois du couteau avec lequel on observait combien son grand-père découpait le pain avec une attention vigilante. Et la liste pourrait longtemps. Ces racines sont la force de ceux qui savent d'où ils viennent et où ils ont la volonté d'aller. Cette force intérieure qu'aucun enseignement ne peut dispenser. Comme l'arbitrage si difficile à rendre entre le partage de l'expérience et le respect de la liberté des enfants. Un sacré dilemme parfois. "Premiers crus" hier soir était une belle réussite. Quel plaisir de sortir de l'insupportable gamme "des policiers américains". Un talentueux jeu des lumières. Ce film m'a beaucoup rappelé "une grande année" qui mettait aussi en valeur le choix de la terre.
Catégorie : Personnel
-
La France, ce pays « original » où tout s’efface …
Le climat actuel en France est surprenant. Tout semble vouer à s'effacer, à s'évaporer. La dette publique colossale ? Un jeu d'écritures comptables et tout disparaîtra. Des haines durables au sujet de la guerre d'Algérie ? Bon nombre de commentateurs oublient un fait "simple" : à l'époque, les militaires français étaient des appelés et donc toutes les familles voyaient partir un membre de la famille en se demandant s'ils le reverraient de retour. C'est davantage qu'une nuance avec la situation actuelle de professionnalisation. Mais même la mémoire consensuelle fait défaut. En octobre, la mémoire de Brassens a été célébrée par une émission TV. Mais pas celles de Brel ou Aznavour. Ne parlons pas de littérature où la liste serait si longue. C'est un fait national : le pays veut vivre sans mémoire. Pareil sur le local : octobre c'est par exemple le mois du décès de Pierre Béghin par exemple, un alpiniste hors du commun avec des exploits historiques. Comment doit-on interpréter cette volonté de tout effacer ? Y-a-t-il de l'arrogance à vouloir considérer que tout ce qui est intervenu hier ne mérite plus l'attention tant ce serait marginal aujourd'hui ? Et si cette perte de mémoire était bien plus gravement un marqueur de fragilité parce que se comparer deviendrait si difficile … Qui écrit aujourd'hui des textes comme ceux de Brel ou d'Aznavour ? Combien de jeunes de 20 ans accepteraient de prendre le bateau à Marseille pour se rendre sur un lieu de guerre avec la perspective éventuelle de subir des crimes atroces ? Quels alpinistes français ont pris la succession de Béghin, Terray, René Desmaison ? Quels explorateurs ont été les héritiers de Frison-Roche, Cousteau, Tazieff ou Bombard ? Et si la volonté d'effacer, c'était tout simplement le marqueur de la volonté d'effacer la comparaison dans le temps … ? Mais la satisfaction de constater sur les réseaux sociaux que des mémoires individuelles familiales ou amicales restent solides à l'écart de cette ingratitude collective si grave. Pour ma part, une pensée toujours émue en mémoire de Pierre Béghin à chaque mois d'octobre. (NB : photo ci-dessus extraite du livre "hautes altitudes")
-
6 + 1 : les travaux du soir
"Il est terrible ce petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim" : cette formule de Prévert est remarquable de sens. Pour chaque individu, en fonction de sa sensibilité, de son passé, il peut y avoir un déclic a priori anodin qui prend pourtant une dimension particulière. Pour moi qui aime l'écriture, dernièrement, parmi mes lectures, trois ouvrages ont pris un sens particulier pour susciter l'envie d'un nouveau livre. Mais un livre différent de ceux du passé. Le roman de Pierre Grand-Dufay ("les vagues ne meurent jamais"). Le livre de poésies de David Roguet ("l'odeur de la terre après la pluie"). Et le livre de Georges Bensoussan ("un exil français"). J'ai déjà été l'auteur de 6 livres. Le premier date de 1984 sur la communication d'alors. Le dernier date de 2008 sur la campagne 2008 de Barack Obama. Ils ont connu des trajectoires diverses de succès. Mais tous ont des points communs dont leur objet principal technique. Là, j'ai décidé de changer : un roman. Le cumul entre la réalité et la fiction donne de la force aux deux. Prochainement, je publierai l'introduction.