Medium et Scribe, c'est le plaisir du contre-mode. A une époque où tout doit être résumé dans une photo et une légende, voire même la photo seulement, Medium et Scribe donnent de la place aux contenus détaillés, aux partages d'expériences, de connaissances. Dans la période actuelle, c'est une idée neuve, atypique de laisser un espace aux explications détaillées, argumentées. Les vérités s'assènent. Elles ne se démontrent plus. Sur ces deux sites, l'espace de quelques minutes, on entre dans un autre univers : chercher à comprendre, bénéficier de longues explications… Des moments très agréables. Pour mieux connaître ces deux supports, voilà deux exemples d'articles récents qui m'ont beaucoup intéressé. Pour y accéder, il suffit de cliquer sur les liens ci-dessous :
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Les mystères dans la forêt des cheveux …
"La tresse" : un livre à lire. L'histoire est simple : " Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école. Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée. Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade. Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité ...". Une écriture remarquable. Une auteure de grand talent : Laetitia Colombani. Une belle cause planétaire trop souvent ignorée. L'hommage aux vrais courages : le courage du quotidien pour faire changer les choses pas à pas. Tant de mystères se cachent en effet souvent dans la forêt des cheveux. Tant d'espoirs aussi. Superbe !
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La force de la passion
Dans quelques semaines, une association locale (les Amis de la Vallée de la Gresse) va fêter son 40 ème anniversaire. Elle vient de publier le 79 ème numéro de sa revue. 60 pages d'informations et de photos précises sur l'histoire de patrimoines locaux : un monument, une fontaine, un bâtiment … Et tout est retracé méthodiquement. Il y a toujours à s'inquiéter quand dans un pays l'édition dite régionaliste ne vit que par des passionnés pour des passionnés. C'est le marqueur que des pouvoirs publics passent à côté de l'une de leurs fonctions prioritaires : protéger un éclairage sérieux dans le temps. Pour certains, la passion emprisonne parce qu'un sujet cache tous les autres. Pour d'autres, la passion libère parce que l'examen méthodique de ce sujet donne du recul, de la place à la vérité de faits justes … L'un des échecs majeurs de l'édition française a été de ne pas reconnaître un espace pour cette édition régionaliste. Pour l'association en question (les Amis de la Vallée de la Gresse), chaque publication lue est pour moi un moment très agréable. Je n'ai jamais douté de l'utilité d'un tel regard de passionnés. C'est la raison pour laquelle j'avais à l'époque, jeune Conseiller Général de l'Isère, beaucoup bataillé pour une aide départementale sérieuse.
Je suis reconnaissant à ma successeure d'avoir maintenu cet intérêt.
L'érosion des passions, c'est l'un des problèmes majeurs actuellement rencontrés dans notre pays. Leur retour est probablement la clef d'un vrai changement positif …
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Combien de veufs de villages dans quelques années ?
Il m'a fallu attendre le cadeau d'un livre l'été dernier par un ami pour trouver à ce point un auteur qui exprime aussi bien le lien affectif qui peut exister entre des personnes et un territoire. Parmi une multitude de très belles expressions, il a cette formule "je suis veuf d'Europe" (Paul Morand : Venises). C'est l'expression qui convient. Ce matin, dans l'Ain, pour un déplacement consistant à accompagner des amis lors d'une cérémonie religieuse pour cause de décès d'un proche parent, la redécouverte de beaux villages. Des villages comme on peut encore les découvrir dans les Landes, en Gironde, en Dordogne … Vous allez dans un commerce, les clients disent bonjour aux autres personnes présentes. Les commerçants incarnent la confiance rassurante. A la pharmacie, tout est simple. Une personne laisse sa carte dans l'attente de revenir parce qu'elle a d'autres courses à faire avant que la livraison de son médicament n'arrive. L'enterrement est très fréquenté parce qu'il y a tant de souvenirs partagés à honorer. Toutes ces personnes ne savent pas nécessairement ce qu'elles voudraient d'autre mais elles savent qu'elles ne veulent pas perdre ce cadre de vie là. Il y a un "esprit village" qui est une remarquable réussite. C'est cet esprit village qui est menacé en France actuellement. Pour deux causes essentielles : 1) dans les zones rurales, les villages sont désertés, abandonnés. 2) Dans les zones péri-urbaines, les villages sont inquiétés par le développement des villes en tâches d'huile et souvent par des élus qui n'ont pas d'attaches solides avec la Commune qu'ils sont supposés représenter. Dans ce cadre, il y a un test simple : savoir où un élu souhaite être enterré ? S'il ne choisit pas "sa" Commune, c'est qu'il a déjà avancé dans son esprit la faculté de zapper. Dans quelques décennies, le retour sur la période présente risque d'être sévère : une période qui a préféré finir que chercher à continuer ou à commencer positivement.
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#FDLM : voilà ma playlist et la vôtre c’est quoi ?
Avant d'évoquer la liste des musiques que j'aime, deux préalables s'imposent. Pour moi, la plus belle musique en dehors de moments particuliers, c'est le … silence. Et la pire des musiques c'est celle imposée par autrui et à plus forte raison de façon répétitive. Pour moi, le sport, plus particulièrement le running, est le moment de la … musique. A cet égard, insister pour le sud de l'agglo sur deux besoins : renforcer les parcours en sites propres donc sécurisés car courir en bord de route devient de plus en dangereux avec des voitures qui frôlent dans des conditions irréelles. Et second point, il serait souhaitable que les parcours "sécurisés" soient entretenus. Par exemple, les berges de la Gresse dans la zone de Rochefort sont envahies par les chenilles processionnaires … Ces préalables effectués, ma playlist est la suivante :
- Rihanna : Love on the brain
- les chansons d'Adele dont Set fire to the rain
- celles de Christine & the Queens dont Les Paradis perdus
- des chansons françaises qui traversent bien le temps comme Alain Souchon (Ouvert la nuit), Thomas Dutronc (Qui je suis), Françoise Hardy (je suis moi)
- ma chanson française préférée en ce moment : Grand Corps Malade et Anna Kova : Espoir adapté
- et dans les moments difficiles de la course : des "fondamentaux" qui redonnent le punch : pour moi c'est : Haddaway (What is Love), Mariah Carey (Without you) et Otis Redding (Send me some lovin').
Voilà des musiques qui méritent d'être découvertes le cas échéant. Au plaisir de partager d'autres découvertes recommandées. Merci pour vos conseils.
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Ne jamais dissimuler ses joies
Avec la glissade du temps, une question se pose parfois : la sagesse c'est quoi ? Une réponse consiste à dire : "c'est accepter de dire tant pis". Pour moi, la bonne réponse, c'est accepter de dire tant mieux. Tant mieux pour la capacité à savoir apprécier des moments simples qui, plus jeune, pouvaient apparaître si naturels donc ordinaires donc voués à se répéter. Les joies ne sont pas faites de résignations mais d'aptitude à profiter du naturel. Ecouter le silence de la nature. Profiter d'un paysage que l'on connait depuis des années mais que la lumière du jour change… Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Thomas. Pour chaque jour d'anniversaire de Jonathan et de Thomas, c'est le bal des images dans ma tête, la danse des souvenirs heureux. Les voyages, les sports, les plaisanteries, les rires, leurs examens et la découverte d'un stress que je n'avais jamais éprouvé pour moi, chaque plaisir d'une voix lors d'un bref coup de téléphone … : simple mais si joyeux. Bon anniversaire et que cette année de plus soit faite de si belles joies ordinaires.
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Engagés ? Non. Encagés !
Le vocabulaire français est si riche que parfois le changement d'une seule lettre d'un mot met en relief le danger du changement du sens du mot initial. C'est le cas du mot "engagement". C'est un mot magnifique. Le contraire de l'indifférence. L'opposé du repli sur soi donc de l'égoïsme … Mais l'engagement est menacé par l'encagement. Comme si s'engager c'était entrer dans une cage pour ne jamais pouvoir en sortir. C'est ce que refuse l'opinion moderne parce qu'elle est libre, autonome, plus mûre. Quand des candidats font des campagnes dignes de "l'élection de miss camping", quelle tristesse de voir des engagés les défendre à tout prix. Quand un président d'un conseil départemental nie toute légitimité à des élus ayant obtenu moins de 50 % de participation, quelle tristesse de voir des engagés de son parti ne pas lui rappeler que l'immense majorité des élus de son département l'ont été à … 48 % de participation au plus. Quand dans un pays avec 9 millions de pauvres, dont 5 millions de chômeurs, un candidat à une élection se fait offrir deux costumes à 6 000 € pièce, c'est la disqualification assurée. Quelle irréalité de ne voir aucun "engagé" rappeler une telle vérité de base. Et la liste pourrait continuer longtemps d'exemples récents qui sont une insulte à l'engagement qui est d'abord un niveau élevé d'exigence. C'est comme Macron, si les affaires continuent à voler en escadrille avec les mêmes arguments de défense qu'hier pour les opposants sanctionnés, il sera … sanctionné pareillement. L'opinion moderne n'accepte pas d'être encagée et c'est la plus belle expression de ses progrès. Elle ne va pas accepter de la politique ce qu'elle refuse même désormais à la religion. Le jour où en France cette évolution sera mieux reconnue la politique y gagnera.
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« La politique n’est ni un ordinateur , ni une usine mais un coeur qui bat et vous séduit … »
Le 25 septembre 1990, Jacques Séguela adresse une lettre à Mélina Mercouri alors candidate pour l'élection municipale d'Athènes. Quand lors de séminaires de formation, des étudiants ou des cadres de la fonction publique me demandaient comment définir la politique, je leur remettais une copie de cette lettre. Tout y est. Durable. Inébranlable : une belle campagne doit être un rayon de soleil qui montre à une collectivité que les rires, les pleurs, les espoirs coulent dans les veines d'un candidat ou d'une candidate. C'est ce que les Français viennent de confirmer avec Emmanuel Macron. Fillon était devenu le syndic des échecs collectifs à corriger sans évoquer même le volet des affaires. Le Pen et Mélenchon incarnaient les colères à exploser. Hamon était scotché à un passé que les citoyens voulaient sanctionner. Il restait le romantisme d'un jeune candidat qui rit, qui expose ses émotions, qui donne le sentiment que la vitalité peut être de retour. Et d'un coup c'est comme si les Français voulaient réinventer … la France avec cette exposition du "unissez vous" , de la tolérance et de tant d'autres valeurs oubliées ces dernières années. Et Séguela dans cette lettre de 1990 d'ajouter un constat terrible :" la beauté est dans l'oeil de celui qui la regarde". Hier, de très nombreux candidats étaient regardés d'une autre façon. Leur temps était passé. La "beauté" les avait quittés dans le regard des citoyens, détournés vers d'autres offres. La politique reste une séduction. C'est ce qui en fait son charme et toute son incertitude. Sous cet angle là, le 11 juin est d'une terrible constance.
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Le massacre de l’urbanisme mimétique
De nombreuses Communes françaises malmènent dangereusement actuellement leurs paysages. Elles tournent la page de ce qui a fait le charme des villes et villages de France : des identités géographiques. Prendre le café sur la place de Grenade sur Adour, ce n'est pas le même paysage qu'au Bréal sous Montfort ou à Cassis. De même dans les paysages de proximité : à chaque géographie, ses couleurs, ses toitures, ses formats … Que traduit cette réalité : il y a une identité géographique faite notamment de l'Histoire. Cette époque est en train de passer. Tout particulièrement dans le péri-urbain qui subit l'invasion de l'urbanisme mimétique : faire comme ailleurs. le mimétisme, c'est être comme l'autre. C'est l'application à l'urbanisme du "tout se vaut", du "tous pareil" que l'on trouve désormais dans tant d'autres domaines dont l'enseignement. La richesse, c'est la diversité. Jamais la grisaille de l'uniformité. Et il a fallu des siècles pour que des religions l'admettent dans certains domaines.
Ce mimétisme, c'est quoi : c'est le règne du copier-coller. Un promoteur prend les projets dans les cartons et applique le même urbanisme partout. C'est une forme d'ubérisation de la société. Uber, c'est quoi ? C'est le format unique. Pour être chauffeur, il faut un costume noir avec une cravate noire dans une berline noire avec si possible des vitres teintées à l'arrière pour que le temps d'un déplacement un anonyme se "la joue" VIP. C'est la fin du taxi avec la plaisir des hasards, celui qui aime parler ou le taciturne, la belle berline ou la voiture très ordinaire de celui qui explique qu'il traverse une passe difficile …
Pour l'urbanisme, c'est pareil. Dans les villes, on introduit des morceaux de la campagne. Et dans les campagnes, on introduit des morceaux de ville. Dans l'agglomération grenobloise, il y a actuellement un cas caricatural : le projet du Villarey à St Paul de Varces. A l'origine, 2 hectares de verdure à proximité d'un groupe scolaire construit de "plain-pied" avec une route d'accès sécurisée car dédiée à la seule école. Demain, ce groupe scolaire sera aux côtés de 100 logements à terme, 200 voitures … dans un urbanisme transposable dans toutes les autres Communes voisines. Le massacre de l'urbanisme mimétique.
Il suffit de comparer les paysages.
Aujourd'hui :
Demain : une version parmi d'autres :
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La revanche implacable des faits
L'audition d'hier de James Comey devrait probablement être diffusée dans de nombreux cycles de formation universitaire. C'est l'un des exemples les plus réussis de la revanche des faits. Avant d'exprimer une opinion, il vaut toujours mieux connaître les faits précis. Réflexe perdu en France. Avec sa formation de juriste, Comey a respecté avec rigueur cette discipline : des faits, des mots, des circonstances. Et ensuite, mais ensuite seulement, il y aura débat sur le point de savoir comment prononcer la qualification des faits établis. Au pays du paradis de l'approximation qu'est devenu la France (chiffres publics faux, mots détournés en permanence de leur sens initial …), c'est un exercice très sain de voir des parlementaires mener une investigation sérieuse pour établir la réalité matérielle des faits. Le jour où la France sera à ce niveau sur un dossier comparable, l'anti-parlementarisme actuellement si répandu devrait connaître une chute de forme …