Denis Bonzy

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  • Bravo Gabrielle !

    Chanel

    Depuis quelques jours, le film publicitaire sur le parfum Gabrielle nous rappelle, si besoin était, que la publicité peut aussi être un art. Quel plaisir ! Le coup d'épée du samouraï : en quelques secondes, une publicité transporte dans un autre univers. Une musique. Quelques images. Et l'imaginaire fait son travail. L'actualité est lourde : enlèvement, inondations, violences … Et d'un coup, une publicité tranche. 

    En l'espèce, avec une belle musique pleine de vitalité, une publicité vante le parfum, la seconde peau. Une remarquable réussite. Le rappel que le parfum, c'est d'abord le voyage des sens. Un constat fait certes avec partialité car cette musique est l'une de mes préférées actuellement avec Sign of the Times. Bravo aux publicitaires créateurs de cette très belle pub. 

  • A quand le droit aux vraies images ?

    Lyndon Johnson

    Les chiffres sont désormais perçus souvent comme faux. Instrumentalisés. Les mots ont perdu leurs sens premiers. Il reste donc les images. Le "jeu" actuellement consiste à parler à l'oeil. Que va-t-il se passer quand, à son tour, ce message sera perçu comme tronqué. Tronqué parce que l'image aussi peut être fausse. Trafiquée comme les photos de mannequins plus maigres que maigres. Mais aussi trop avantageuses parce que les photos font parfois l'objet de négociations entre le photographe et le photographié. Puisque désormais c'est l'oeil qui "raisonne", n'a-t-on pas droit alors aux vraies images ? C'est une question majeure dans cette période où l'image est reine : jusqu'où aller dans l'image de drames ? A quel niveau l'image doit-elle rendre compte de la réalité ? Si elle ne rend pas compte de la réalité, où est alors sa fonction ? Politico vient de publier cette image de Lyndon Johnson : tout y est. La détresse d'un homme face à une décision à prendre. Une forme de solitude. La fatigue avec la paupière lourde. Il n'a jamais été aimé et il le sait. Il a accédé au pouvoir dans le drame de Dallas. Tout lui semble trop lourd d'où cette chemise dégrafée comme s'il étouffait. On est loin de l'image en "habits du dimanche" en faveur de l'intéressé. Il serait temps que le débat sur les vraies images soit enfin livré sérieusement. Parce que si l'image revient avec les chiffres et avec les mots au musée des vieilles croyances, la communication deviendra très difficile.

  • Dépêche-toi de ranger …

    Bureau db 15 08 17

    Il y a des phrases de son enfance que l'on entend toute sa vie. C'est le cas pour moi de "dépêche-toi de ranger", formule prononcée par maman sur un ton plus autoritaire que d'ordinaire pendant mes plus jeunes années. C'est comme avant de traverser une route comme piéton raisonne toujours le "tiens moi la main !" de l'époque où nous nous rendions à l'école. Chaque été, c'est donc la tradition du … rangement. Et toujours ce même sentiment étonnant : ranger, c'est découvrir un papier ou un objet qui avait sombré dans l'oubli mais qui est pourtant nous. On n'y pensait plus ou si peu. Mais à peine réapparu, l'objet ou le papier reprend sa place dans une séquence de vie. Et parfois avec le recul, ce qui avait pu passer pour du hasard le moment venu trouve un autre sens. Finalement, ne pas ranger sur le champ a du bon. Une excuse qui ne m'était jamais venue à l'esprit lors de mon enfance. Dommage. 

  • Une « aile jeunesse » peut-elle exister dans la vie politique française ?

    Trudeau 2 12 08 17

    100 jours déjà. Ou plus précisément 97 jours depuis le 7 mai. Le plus jeune Président de la Vème République a-t-il fondamentalement donné le coup de jeunesse espéré ? Non. Lors des législatives, les "anciens" ont été chassé. Mais les "jeunes" se sont-ils affirmés ? Pas davantage. Pourquoi le souffle de la jeunesse semble-t-il aussi impossible sous la Vème République en France ? Et "être jeune" c'est quoi ? Ne pas porter de cravate ? Parler à la tribune de l'Assemblée en T-shirt ? Le plus surprenant dans la période actuelle, c'est que ceux qui ont été élus pour changer pour de vrai veulent fonctionner comme … avant-hier. Hier, ils ont retenu qu'une présidence "normale" était impossible. Mais la présidence sous Hollande n'était pas "normale", elle était "nulle", "risible", bref tout sauf une présidence. Faut-il pour autant revenir aux "musées" de la Vème République ? Certainement pas. La réelle "normalité" actuelle pour la jeunesse, c'est inventer, rendre des comptes, tenir des conférences de presse, jouer à fond la transparence, accepter le débat voire même le désordre créatif, accepter la cool attitude … Bref, le contre-sens des 97 premiers jours. 97 jours d'une morne tradition avec le porte parole qui porte la parole laudative permanente, avec un Président qui tient aussi peu de conférences de presse, avec le secret sur le lieu des vacances présidentielles … A force d'être devenu un musée, la France semble ne pas tolérer le moindre souffle de jeunesse. Probablement parce qu'il y a une erreur de fond : en démocratie moderne, il ne s'agit pas de s'adapter à de vieilles institutions mais d'adapter les institutions à la personnalité de leurs nouveaux titulaires sinon par définition toute jeunesse a la partie perdue d'avance. 

  • Les destinations cachées …

    Bordeaux nuages 03 08 17

    La "sagesse" populaire dit que "le temps soigne". Mais il pèse aussi beaucoup. Hier, une fois de plus en me rendant à St Exupery, j'ai eu l'occasion de le constater. Pendant des années, j'ai beaucoup aimé me rendre à St Exupery. C'était le chemin des voyages professionnels ou personnels. Des images défilaient. Agréables. Depuis le mardi 24 janvier 2017, ce chemin a changé de sens. Il est devenu celui du déplacement pour conduire Aspen décédée au crématorium dans l'Ain. Je n'aime plus ce chemin. Je ne le supporte plus. Très probablement, je vais m'organiser vers Cointrin. Le temps porte des destinations cachées. C'est une sensation étonnante car un temps fort est devenu associé à un sentiment qui passe en surface en fonction d'un voyage. Cette double destination peut être agréable. Mais elle peut être aussi délicate : les turbulences d'un vol à destination de Pau, un rendez-vous professionnel très pénible dans l'Ain … Il y a des moments où je regrette le début de mon activité quand presque chaque destination était alors inconnue. A découvrir. Sans relief particulier bon ou mauvais. Les souvenirs font glisser le temps vers des destinations cachées qui changent tellement le … véritable voyage.

  • Le chêne et le roseau …

    Roseau

    Hier, j'ai ouvert la première page d'un cinquième carnet sur des formules à conserver au sujet de la vie. Mon premier carnet a été ouvert en … 1975. Un Professeur de droit me fait découvrir le droit public : Gustave Peiser. C'est alors une découverte fabuleuse : le poids des mots, leur sens, leurs nuances … Une intelligence remarquable. Une gentillesse magnifique. 3 ans plus tard, pour préparer le concours d'entrée à l'ENA, il m'avait proposé que je lui adresse sur son lieu de vacances des copies pendant l'été sur des sujets qu'il me posait. J'ai toujours certaines de ces copies avec ses annotations détaillées, la note, ses suggestions … Un second enseignant avait fait de même : Gilbert Anton, alors Conseiller au Tribunal Administratif de Grenoble. Depuis cette époque, que de fois j'ai pensé à eux. Leurs remarques occupent des pages entières de mon premier carnet. Hier soir, sur ce nouveau carnet, j'ai écrit la première phrase trouvée dans une lecture avec la plus belle définition des seniors modernes : ils ont la souplesse du roseau avec les racines du chêne. Notre culture est faite pour une grande partie par les remarquables leçons des fables de La Fontaine dont "Le chêne et le roseau".  Dans la fable, le chêne est solide. Epais. Il tire sa force de ses racines. Le roseau est frêle, Mais il est souple. Cette souplesse peut lui permettre de traverser des tempêtes car il sait se plier, se courber. Le roseau incarne la jeunesse. Le chêne symbolise l'âge mûr. Et le chêne peut rompre sous certaines tempêtes. Pourquoi opposer leurs qualités ? Les seniors modernes, c'est la souplesse du roseau avec la force des racines du chêne. Avec cette belle définition, la fin de journée m'est apparue plus légère …

  • Quand la moindre parcelle de lumière chez l’autre aiguise d’abord une jalousie insupportable

    Femme ecolo 26 02 13

    Depuis quelques semaines, le débat au sujet de Brigitte Macron est devenu une chape de plomb étouffante, toute sensibilité politique mise à part. Il révèle un sexisme insupportable, un ordre moral d'un autre siècle. Quand Christian Estrosi (62 ans) épouse Laura Tenoudji (41 an), c'est la preuve qu'il est resté … séducteur. Mais quand la pyramide des âges est inversée pour une femme, elle devient … prédatrice. Quand une jupe de Brigitte Macron est trop courte, elle est provocante. Mais quand un homme se fait prendre torse nu en photo, c'est qu'il assume son corps. Quand un homme est bien habillé, il est élégant. Et quand Brigitte Macron est bien habillée, elle est … achetée par un grand couturier. Quand un homme a la démarche féline c'est qu'il est sportif, mais la femme devient alors délurée … Et la liste pourrait continuer longtemps. Le plus surprenant à parcourir les réseaux sociaux c'est que ce sont souvent des femmes qui portent une telle disjonction d'appréciations. Ces remarques sont totalement accessoires face à l'ampleur des problèmes concrets à régler. Mais elles font les "gros titres", parfois même des Unes et alimentent tant de discussions privées. C'est un marqueur de crise collective très profonde quand la moindre parcelle de lumière chez l'autre aiguise d'abord une jalousie insupportable. Parce que, être favorable ou pas à Macron ne doit pas empêcher de constater qu'il y a de la lumière dans ce couple. Ils ont dû vaincre tant d'épreuves pour leur atypisme. Vivre ensemble des aventures fantastiques dont la présidentielle 2017. Qu'ils ne s'adaptent jamais aux esprits qui les condamnent à la moindre circonstance. Il y a de la lumière dans ce couple et c'est un plaisir qu'il en soit ainsi. Cela n'était pas arrivé en France depuis si longtemps. Un pays est fait de l'étoffe de ses réactions. Cette étoffe là donne plutôt matière à être inquiet. 

  • Le pays qui conforte désormais les … inégalités

    Guilly 05 08 17

    Je recommande l'ouvrage de Christophe Guilluy "le crépuscule de la France d'en haut". C'est l'une des analyses les plus lucides de la période actuelle sur la société Française. La France compte d'excellents auteurs pour les diagnostics. De Crozier à Morin en passant par Peyrefitte et tant d'autres mais le problème c'est le néant après le diagnostic. Pas de passage à l'acte. Mais là, pour la première fois à ce point, la France ouvre un chapitre qui va à l'opposé de ses fondamentaux : l'acceptation organisée d'inégalités considérables : territoriales, matérielles, de parcours … C'est l'opposé du "modèle républicain" français. C'est le vrai défi pour Macron. Celui qui a bâti son discours sur le refus des fractures politiques va peut-être restaurer les frontières de classes dans des conditions inédites. L'entre soi d'un parisianisme falsifie trop de faits locaux importants. Même si les assiettes techniques ne sont pas analogues, Macron a aujourd'hui un taux d'approbation de sa politique inférieur à la moyenne des sondages sur le taux d'approbation de Trump aux Etats-Unis ! Il y a en France actuellement un retour à la lutte des classes qui mérite l'attention. De nombreux facteurs choquent frontalement la tradition de la mentalité collective française. Difficile de penser que cela puisse être durablement sans le moindre effet. 

  • Sophie Huet ou la bataille pour le respect du réel

    Sophie Huet 31 07 17

    La disparition de Sophie Huet doit être l'occasion de rappeler ce qui fut l'une de ses priorités : le respect du réel. En novembre 2006, Sophie Huet avait été la première femme élue à la présidence de l'Association des journalistes parlementaires (AJP), fondée à la fin du XIXe siècle. Elle avait été réélue à plusieurs reprises à la tête de cette association de plus de 200 membres. La connaissant depuis plus de 30 ans et m'entretenant souvent avec elle, ce qui me marquait toujours c'était son honnêteté implacable sur un point précis : la réalité des faits. Une fois la réalité des faits connue, l'interprétation des faits relève ensuite de la liberté de chacun. Mais établir la réalité des faits relève d'un vrai travail professionnel. De façon générale, le travail des journalistes en France n'est pas assez reconnu ni considéré. Il n'y a pas de démocratie saine sans des journalistes indépendants de grande qualité. Considérer le travail des journalistes, c'est aussi rémunérer de façon valorisante ce métier. C'est ne pas jeter le journaliste avec l'information qui dérange. Aujourd'hui, il est beaucoup question de la violence à destination des élus mais pourquoi ne pas évoquer aussi la violence de déclarations d'élus à destination de citoyens ou celle de citoyens et d'élus à destination de journalistes. La violence dans le débat public ne naît jamais du jour au lendemain. C'est une route qui a toujours des origines lointaines. Sophie Huet montrait, si besoin, combien l'essentiel était d'abord la capacité et la volonté à bien raisonner. Et surtout respecter les faits, ce qui est toujours le socle solide incontournable d'une part de vérité. Avec beaucoup de tristesse. 

  • 12 424 jours ou comment ajouter de la vie aux objets …

    Agenda DB 30 07 17

    A quelques jours près, cet agenda et moi avons fêté 34 ans de vie quotidienne en commun. 12 424 jours ! Avec ma première paye de mon premier emploi à plein temps, j'ai offert à ma mère des produits que je savais qu'elle aimait. Au centre de Grenoble, à cette époque, un magasin "Les Provinciales". Je peux décrire tous les vêtements alors offerts. D'ailleurs quand j'en revois parfois certains par un total hasard, ma journée bascule en quelques secondes. Quelques années plus tard (3), avec les économies des payes d'un nouvel emploi, en plein juillet, une visite à Paris et l'achat de deux agendas : un demi-format et un de poche. 34 ans plus tard, les deux sont toujours là. Recousus en de multiples endroits. Régulièrement revernis par mes soins pour entretenir le cuir. Dernièrement sur Instagram, une personne de Grenoble avait posté la photo de son agenda. Encore plus daté que le mien ! Nous avons échangé partageant notre goût commun : ajouter de la vie aux objets. Le rapport éphémère aux objets n'est pas respectueux de leur identité. Un objet incarne une séquence de vie : un choix associé à un moment précis pour l'achat, un fonctionnement partagé avec tant de souvenirs … Quand je regarde cet agenda, c'est un diaporama de moments partagés, vécus en commun. Et avec le temps, les meilleurs souvenirs arrivent en premier. Enfin ! Cette dimension affective est donc particulièrement positive. La vie des objets mérite aussi d'être respectée.