Denis Bonzy

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  • Ne pas rester indifférent aux constats des glissades du temps …

    DB Valffort

    Hier Lydia Menut et sa soeur Marie Christine évoquaient dans un billet émouvant la mémoire de leur papa, M. Jacques Menut, pour le 15 ème anniversaire de sa disparition. En 15 ans, c'est impressionnant combien des évolutions considérables sont intervenues. Ce qui est le plus impressionnant, c'est que, loin de ruptures brutales, il y a des glissades anodines, douces dans l'instant qui progressivement aboutissent à un paysage entièrement différent qui naît alors dans un mélange d'indifférence et de fatalisme. Comme si c'était … naturel ! 5 glissades méritent une attention particulière. 1) la chute considérable de la valeur travail. Aujourd'hui l'enjeu n'est plus de faire mais de paraître. 2) La chute de la valeur responsabilité : dans le traitement des dossiers c'est le mistigri généralisé. 3) Le blocage lié aux deux premiers facteurs d'où dans le public une quasi généralisation des "élus Paris plage" où quand gérer c'est animer, organiser des jeux. 4) La totale dévalorisation des ancrages durables. C'est vrai dans l'engagement où suivre des parcours c'est désormais un jeu de traces comme dans la géographie avec l'impact des mutations professionnelles comme des réorganisations matérielles pour cause de divorces. 5) La progression de la violence à tous les niveaux dans les mots utilisés dans le débat public comme dans l'ampleur des actes officiels de délinquances. Imperceptiblement, un réel nouveau paysage est né. Un constat qui conduit à exprimer toute sa reconnaissance à celles et à ceux qui, comme M. Jacques Menut, étaient à l'écart de telles glissades du temps. Mais aussi exprimer l'inquiétude réelle sur le devenir si ces glissades continuent collectivement comme par ce récent passé. 

  • Les réalités oubliées … ou une France dont on parle si peu d’ordinaire

    Obseques-de-johnny-hallyday-des-bikers-de-la-region-a-paris

    Cette semaine, la Province rappelle à un microcosme parisien des réalités très oubliées d'ordinaire sur des plateaux TV. Il est question de l'indifférence croissante des français. Quand la passion est là, difficile de faire moins indifférents que les français comme le montrent les images de la mobilisation pour accompagner Johnny Hallyday : même des personnes manifestement aux moyens modestes ont fait des efforts considérables, ont franchi des kilomètres considérables pour "être là". Quand la passion a frappé, l'indifférence n'a alors plus de place.

    Second constat, il est souvent question que les "français n'aiment plus la politique". Le livre de Patrick Stéfanini sur Fillon et la présidentielle 2017 est dans les 30 plus grosses ventes depuis plusieurs semaines. Qui peut imaginer les français achetant un livre sur un sujet qu'ils n'aimeraient pas ? 

    Il y a des moments où des faits rappellent des réalités trop souvent oubliées par un microcosme parisien manifestement coupé d'une partie de la "vraie vie" dont il est si peu souvent question. 

  • Le double de la superficie de tout le département de l’Isère !

    Grenade sur Adour

    Comment reconnaître un vrai temps fort ? C'est être capable de se souvenir des détails qui entourent une annonce par exemple : le jour, le lieu, la météo … Le mercredi 09 décembre 2015, en milieu de matinée, je reçois un sms d'une personne qui était à l'époque parmi les amies de Marie. Elle m'annonce le décès de Douglas Tompkins (décédé le 08/12). Lors d'un bref entretien quand elle était venue rendre visite à Marie, nous avions échangé sur le thème d'entrepreneurs emblématiques et j'avais cité ce nom parmi les premiers. Ce mercredi matin pour des raisons professionnelles, je suis à Grenade sur Adour. Je prends un thé au bar restaurant qui est à l'angle de l'immeuble en photo ci-dessus avant une réunion de travail. La météo est douce. Cette place est magnifique. Et parmi de très nombreuses autres personnes j'apprends que le fondateur de la marque qui garde notre chaleur (The North Face) est mort de … froid. Cet entrepreneur avec son épouse a construit l'un des plus merveilleux sanctuaires naturels au monde : 410 000 ha. C'est le double de la superficie totale d'un département comme l'Isère (241 000 ha). L'oeuvre d'une vie. Une pensée particulière en ce jour anniversaire. A eux seuls, ils ont fait tellement mieux que de nombreuses politiques publiques d'Etats.

  • Grenoble et sa vraie nouveauté : le succès du Postillon

    Postillon 01 12 17

    Aujourd'hui, depuis 15 heures, sais que je vais passer une soirée atypique. J'ai acheté Le Postillon. C'est le phénomène le plus intéressant dans l'actualité grenobloise des trois dernières années : le succès du Postillon. Il suffit de parler avec des commerçants qui tiennent des points de presse. C'est la demande sur le "journal" le plus attendu : le journal qui suscite le plus de question du type : "est-il arrivé ?". Et une personne en vélo passe effectuer la distribution sur la base de calendriers assez aléatoires à quelques jours près. En pleine crise du papier, Le Postillon (version papier) s'arrache. Pourquoi ? C'est un mélange de Libération des années 70, des Cahiers de Mai et d'Actuel. Pour moi, Le Postillon, c'est l'info des années de Jean François Bizot et de Michel Polac. Un mélange d'impertinence, de contre-culture, de provocations, de qualité des faits trouvables nulle par ailleurs mais surtout la Libération par la plume. L'idée qu'une émancipation citoyenne passe obligatoirement par la révélation de vérités cachées. Une plume qui vole dans les … plumes des officiels locaux avec un style incisif dont un sens de la formule qui peut susciter des envies ou jalousies légitimes. Son succès est le fait le plus important sur un "état d'esprit grenoblois". Le phénomène qui en dit probablement le plus long sur la sociologie et la "culture" grenobloises actuelles. 

  • Quand l’invité prend rang de lui-même …

    Jonathan 25 11 17

    Le propre d'un temps fort dans une vie c'est que l'invité prend rang de lui-même dans le déroulement d'une journée. Le jour venu, on se lève et la pensée est toute entière à un autre moment que celui du jour d'actualité. Le vrai calendrier est autre que l'officiel. C'est parfois un poids considérable quand le rappel concerne un moment triste. C'est heureusement aussi dans d'autres circonstances un réel délice quand le moment est celui d'une satisfaction durable. Chaque 25 novembre est un transport très agréable ( et de surcroît gratuit) dans une très belle journée. Bon anniversaire. 

  • En dehors des paysages, reste-t-il encore matière à admirer actuellement … ?

    Admiration 24 11 17

    Remarquable livre de Michel Crépu sur le thème de l'admiration et contre l'idolâtrie. C'est le vrai sujet de fond de l'actuelle période. Un livre que je recommande. Admirer ce n'est pas se soumettre. C'est justement la frontière avec l'idolâtrie. C'est reconnaître des valeurs fondamentales qui priment. Et je partage l'opinion de cet auteur qui consiste à dire que la période actuelle est difficile et inquiétante parce que l'admiration a perdu deux combats. Le combat par le haut quand l'admiration vit l'excès par l'idolâtrie. Et le combat par le bas quand l'admiration a disparu pour devenir l'indifférence généralisée. Cette double "démolition" annonce des heures graves pour la civilisation occidentale. Quand il ne restera que les paysages à admirer (dans l'attente d'ailleurs de l'impact dramatique du réchauffement climatique …), l'heure sera particulièrement angoissante. L'admiration est une valeur à défendre et à revaloriser. Une lecture nécessaire.

  • Le nouvel ordre narratif …

    Fillon chateau

    Aujourd'hui, l'actualité tourne autour du départ de Fillon de la politique. C'est un exemple de la nouvelle bataille : le nouvel ordre narratif. L'enjeu n'est plus de relater des faits mais de les mettre en perspective pour construire une … histoire. Prenons l'exemple Fillon. C'est la caricature de deux récits possibles.

    Récit n°1 : grâce à son talent, il devient en 1981 l'un des plus jeunes députés de France. Puis il se range aux côtés de Philippe Seguin pour faire vivre un "gaullisme social" au sein de la droite française. En 2016, il gagne largement la primaire de la Droite mais perd l'élection suite à une cascade d'affaires montrant l'acharnement de la presse l'exposant à des suites judiciaires que pourraient connaître bon nombre d'autres leaders politiques s'ils avaient été soumis à de mêmes investigations. Il laisse son micro-parti à un héritier spirituel (Retailleau) avec un joli magot de nature à lui permettre de faire vivre les idées.

    Récit n°2 : assistant parlementaire de Joël Le Theule, il gagne sur le fil l'investiture contre l'épouse de Joël le Theule quand ce dernier décède d'une crise cardiaque. Proche de Philippe Seguin, il se sépare de lui en 1995 pour soutenir Edouard Balladur quand les sondages sont alors très défavorables à Jacques Chirac soutenu par Philippe Seguin. Jacques Chirac ayant gagné la présidentielle, Philippe Seguin obtient l'intégration de François Fillon dans le Gouvernement au titre de leur amitiés passée. Mais, mécontent d'une non promotion, François Fillon quitte Chirac pour rejoindre Nicolas Sarkozy au moment où ce dernier mène une opposition interne totalement inédite contre … Jacques Chirac. Promu à Matignon, François Fillon se présente ensuite contre celui qui l'a promu à … Matignon scénarisant notamment les affaires de l'ex-président. Enfin, il abandonne la politique en ayant imputé à son micro-parti plusieurs millions d'euros destinés au candidat des Républicains et non pas au candidat de ce micro-parti au moment où les Républicains sont dans une situation financière précaire car très lourdement endettés. 

    Tous ces faits sont réels et incontestés. Mais c'est le récit qui change. Finalement, vous préférez lequel des 2 ? Le problème de l'information française, c'est qu'il devrait y avoir l'exposé des deux faces qui ne font qu'une dans la "vraie vie". Tant que l'ordre narratif sera autant sélectif, l'opinion ira de déception en déception puisqu'elle ignore la réalité complexe. En revanche, c'est très instructif sur le tempérament et les valeurs de ceux qui apportent leur soutien en connaissant les détails de cette complexité. 

  • Et demain un blog performant c’est quel contenu ?

    Facebook 04 10 17

    L'actuel débat sur la "nouvelle étape" dans la vie des blogs est très intéressante. Il est d'abord instructif sur l'évolution des dernières années. Une évolution à un rythme accéléré considérable. Au tout début, l'information numérique, c'est "l'information du pauvre" : ceux qui ne peuvent accéder régulièrement aux médias classiques. Puis, la prise de conscience intervient que le numérique est une information de synthèse incomparable : du texte + des photos + des vidéos + du dialogue via les commentaires. Aucun autre des supports traditionnels couvre aussi bien la gamme des moyens d'informer. Ensuite, c'est l'affirmation que l'information numérique est incontournable. Elle ouvre toute la gamme des moyens avec l'immédiateté. Elle peut faire les victoires (Obama 2008) comme elle peut sceller les défaites (Clinton 2016). L'actuelle enquête aux Etats-Unis sur la campagne 2016 montre en effet en premier lieu, point incontesté, que l'information numérique peut faire basculer une campagne. Ce point établi, l'enquête porte sur les auteurs des éventuelles manoeuvres mais pas sur l'efficacité des manoeuvres. Cette affirmation est telle qu'aujourd'hui des médias classiques vivent leur propre information au rythme de relayer et commenter en permanence des déclarations postées sur … Twitter, Facebook ou des blogs. Voilà pour les étapes passées. Ce qui est avéré pour la politique l'est pareillement pour le commerce. Peut-être même davantage encore ? Une nouvelle étape va s'ouvrir. Si l'audience et / ou la monétisation sont des critères de performance, l'enjeu est donc désormais de définir la valeur ajoutée qui assure cette audience ou cette monétisation. C'est un débat passionnant qui est ouvert. Si vous avez des idées, des propositions, ne pas hésiter à me les communiquer par le lien suivant : dialogue. Merci par avance.

  • La journée qui devrait faire réfléchir ceux qui ont si souvent la flemme d’aller bien …

    13 novembre 2015

    Les morts d'une vie structurent le rapport à la vie.  Aujourd'hui, notamment avec la date anniversaire du Bataclan, c'est la journée qui devrait conduire à la réflexion ceux qui donnent si souvent l'impression d'avoir la flemme d'aller bien. Car c'est l'inversion la plus brutale entre le temps de la fête et celui de la mort.  Il y a trop souvent en France le "bonheur d'être triste" comme le "délice de célébrer les échecs" ou la "satisfaction de rechercher tout ce qui va mieux ailleurs". Des temps qui occupent trop d'espaces. Je n'ai pas d'opinion sur la place nécessaire ou pas à laisser à la haine pour les auteurs de tels massacres (ce qui revient à reconnaître que je ne peux exclure la place légitime de la haine la plus farouche et obstinée face aux auteurs de tels massacres), ce qui est sûr c'est que cette journée rappelle, si besoin était, qu'il ne faut jamais gâcher le moindre temps de sa vie à ne pas profiter à fond de chaque minute des moments heureux les plus simples. 

  • Le besoin de légendes …

    Chaban 10 11 17

    La vie publique française va mal. Aujourd'hui, c'est le 17 ème anniversaire du décès de Jacques Chaban Delmas (mort le 10/11/2000). Mon engagement dans la vie publique est lié à Chaban : une légende ! Jeune étudiant en droit, je percevais bien que la vie publique ne correspondait pas à mon tempérament. Mais il y avait Chaban. Un jeune talentueux professeur des histoires des idées politiques nous avait bercé de sa légende : le jeune général traversant Paris, le Premier Ministre bondissant, la nouvelle société, Bordeaux … Puis la première réunion publique. Ensuite, les rencontres avec cette "légende" expliquant ses engagements. Tout y était : l'imperméable militaire immuable, la montre retournée pour éviter les reflets du soleil pour éviter de se faire repérer du temps de la Résistance, des talents fabuleux de conteur … Sans Chaban, l'attirance pour la vie publique n'aurait jamais été aussi forte. Tant d'autres choix professionnels auraient alors suffi.  Qu'est ce qui peut aujourd'hui susciter pour un jeune étudiant une attirance identique pour conduire à un engagement public ? Les légendes ne sont plus dans la vie publique. Elles sont dans d'autres domaines dont la vie économique. Un jeune peut-il s'engager sans légende ? Pas sûr. Le jour où la politique française aura retrouvé des légendes, elle changera le profil de ses membres. En attendant, faute de légendes, c'est la morne plaine. Et la morne plaine, aucun jeune n'aspire à y participer. Heureusement pour lui. Malheureusement pour la vie publique. A la mémoire de Chaban pas assez célébrée.