Denis Bonzy

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  • Internet : la vraie bataille des contenus

    Hachette s'élève contre Google. Google numérise des livres pour les destiner à un accès via Internet. Cette évolution déstabilise des éditeurs classiques. Jusqu'à ce jour, aucun nouveau média n'a fait disparaître les médias "anciens". Dernier exemple en date, la télévision n'a pas tué la radio. Est-ce qu'Internet peut échapper à cette règle ?

    Probablement pas. Internet apporte trois changements majeurs. Tout d'abord, Internet renforce le droit à la naissance des oeuvres. "L'auto-édition" progresse déjà. C'est un point positif. Ensuite, Internet change les rapports de diffusion-distribution. Hachette est d'abord un diffuseur-distributeur avant d'être un éditeur. Toute l'histoire de la "pieuvre verte" est dominée par la pratique des offices qui ont totalement changé le rôle des libraires, faisant disparaître leur liberté de choix, ouvrant une bataille d'occupation des linéaires qui relevait de basses techniques commerciales et non pas d'une quelconque approche de qualité des oeuvres. Enfin, Internet va internationaliser le droit Français de l'édition qui est marqué par de profondes singularités. Un exemple parmi tant d'autres, l'IGN, pourtant établissement public financé majoritairement sur fonds publics, est arrivé à installer un doit d'auteur sur des éléments géographiques naturels ; ce qui n'existe dans aucun autre pays. Comment est-il possible de s'approprier des chemins ou des sentiers dont la création relève de … la nature ?

    Internet réveille ce "petit monde" endormi sur les rentes de situations gagnées dans des rapports de forces souvent totalement dépourvus du respect des grands principes affichés.

    Cette évolution incontournable montre aussi combien la France est à l'écart de grands débats pourtant incontournables.

    Il y a actuellement une gadgétisation du débat public Français qui est particulièrement grave. Cette gadgétisation appauvrit la réflexion collective, fragilise des positions. En plein débat sur l'identité nationale, s'il est un volet qui tend à disparaître de cette identité c'est la capacité du débat public Français à vivre de grands débats d'idées et à porter des modèles de fonctionnements originaux appelés à être reproduits par d'autres pays. C'est dommage. L'exemple du débat sur les contenus et Internet montre qu'une "politique du vide" s'est installée de façon accélérée ces dernières années. L'un des enjeux majeurs est de lutter contre cet état. Le choc de contenus est la première richesse d'une démocratie.

  • Est-il encore possible de rencontrer un militant d’un parti politique ?

    La crise du militantisme politique bat des records. Le PS vient de reconnaître cette réalité lors du Congrès du MJS ce week-end. L'UMP est manifestement confrontée à la même situation. Ces faits appellent 4 commentaires.

    Tout d'abord, une opacité sur les chiffres règne dans des conditions incompréhensibles. En France, connaître le chiffre des adhérents d'un parti politique semble relever du secret défense. Pourquoi ? Ne serait-ce pas le premier signe de loyauté démocratique que de pratiquer la transparence en la matière ?

    Ensuite, cette situation révèle la crise de fonctionnement des partis politiques qui vivent une instrumentalisation de leurs effectifs. L'exemple caricatural est actuellement le choix des listes régionales. Comment expliquer que les militants ne soient pas consultés ? Où est la démocratie interne quand des listes peuvent être composées dans la centralisation la plus totale sans prendre en considération le "classement" de la base ?

    Troisième facteur, les militants ont compris que seules les années d'élections importantes amenaient des consultations internes (présidentielle, vote des instances internes). Comme dans ces occasions, l'ancienneté de militantisme ne compte pas, à quoi sert de militer chaque année quand l'ouvrier de la 23 ème heure sera considéré comme celui de la première ? Bien davantage, ceux qui hurlaient la semaine dernière contre la main de Thierry Henry n'ont-ils pas pratiqués le même vice en augmentant les listes de militants de complaisance pour peser sur les votes ? Il y a beaucoup de départements où la poussée ponctuelle des effectifs révèle d'abord une forme de dopage de listes bien davantage qu'un regain de flamme militante …

    Enfin, la professionnalisation du corps politique accentue une coupure de plus en plus forte. Pour ceux dont la politique est un métier, le militantisme est une menace. La menace de la concurrence pour la prochaine élection. Par conséquent, par définition, les efforts sont faibles pour favoriser un militantisme indépendant.

    Pour toutes ces raisons, le militantisme politique est en crise. Il n'est pas sûr que cette crise prenne fin dans un bref calendrier tant elle est symbolique d'une culture de pouvoir particulièrement répandue. 

  • L’enjeu de la privatisation de sanctuaires naturels

    A quelques jours de Copenhague, des médias internationaux commencent à s’ouvrir à un enjeu peu connu : la privatisation de sanctuaires naturels.


    Cette démarche s’accélère face aux difficultés financières des Etats. C’est la naissance des « eco-barons ». Des milliardaires qui s’investissent dans la préservation d’un espace pour en protéger les équilibres naturels. Douglas Tompkins, créateur de North Face et Esprit a été l’un des précurseurs. Dans le sud du Chili, il est désormais propriétaire de milliers d’hectares. Il possède l’un des plus beaux réservoirs mondiaux de biodiversité.


    Ted Turner s’engage dans cette voie. Il est aujourd’hui le plus grand propriétaire foncier des Etats-Unis. Il part également à l’assaut de l’Argentine où il possède désormais 32 000 hectares de terres sur lesquelles vit le cerf des Andes, une espèce menacée.


    Ce décalage entre la paralysie des Etats et la mobilisation de privés est un exemple très controversé des sujets peu abordés. Est-il possible de tolérer une telle privatisation de sanctuaires naturels exceptionnels ? Est-il possible de s’y opposer alors même que l’inaction règnerait en l’absence de telles mobilisations ?


    C’est une question qui mériterait de sortir du débat de spécialistes.


     


  • La communication de crise et la crise de communication

    Plusieurs évènements deviennent des indices d'une modification de fond de l'opinion.

    Les réactions face à la main de Thierry Henry montrent le besoin d'idéal qui anime l'opinion. C'est surtout le constat d'un besoin de sens : gagner à quel prix ?

    Une évolution se dessine en faveur de la recherche de ce qui compte vraiment.

    La communication de crise entraîne une crise de communication.

    Le consommateur et le citoyen aspirent à de nouveaux comportements. Il y a un besoin de sérieux, de considération, de respect. C'est la fin des pubards qui considèrent qu'il suffit de jeter de la frime et de la poudre aux yeux pour emporter la décision. La crise est passée par là. La pub va marcher à l'ombre parce que le citoyen demande du sérieux pour se sortir le plus rapidement possible de la crise.

    L'esprit de 2012 commence à naître. C'est cet esprit qui fera la décision. En 2007, l'élection présidentielle a été celle de l'action. L'actuel Président avait installé son prédécesseur dans la case du "roi fainéant" comme si l'action d'en haut pouvait tout changer. L'hyper nouvelle présidence n'a rien changé. 2012 pourrait être l'élection du sens. C'est le retour de bâton qui pourrait entraîner une génération politique qui a trop usé de la démesure de communication. L'ère du tout-pub s'achève. La demande d'être s'annonce et condamne celle du paraître. La crise économique rend insupportable la débauche publicitaire, ses effets d'annonces sans lendemain, ses "promesses-slogans", son show qui trahit les ambitions collectives …

    La communication commerciale commence à prendre le tournant. C'est la redécouverte du produit qu'il faut goûter, tester, respirer … pour découvrir son caractère, ses qualités …

    La politique ne restera pas étrangère à cette évolution. Une nouvelle fois, la crise a changé la donne. C'est la fin de la frime et du bluff pour retourner à des valeurs solides, sérieuses.

    Cette évolution d'ambiance n'annonce rien de bon pour la majorité présidentielle qui incarne l'ère du light et de l'apparence de façon caricaturale avec les différentes étapes du bling bling au gourou Séguéla en passant par les fréquentations ostentatoires.

    Objectivement, trois tempéraments correspondent actuellement le mieux à cette nouvelle tendance.

    D'abord Dominique de Villepin, parce qu'il est par définition l'anti-Sarkozy pour l'imagerie populaire. Il est littéraire là où l'autre est image. Il est histoire là où l'autre est immédiateté… Même ses vidéos réalisées dans le bistrot du coin de quartier respirent bon la convivialité, la proximité, le terroir. Les confidences sur le train de vie spartiate de son Club montrent que lui aussi connait la dureté des temps. La concurrence la plus redoutable peut provenir de Martine Aubry ou de François Hollande. la première cultive la "ringardise" c'est à dire son expression à refuser la mode du moment. C'est efficace comme décalage revendiqué. Le second rappelle ses "racines corréziennes" et son look pompidolien l'éloigne du clinquant. Ségolène Royal est progressivement trop empêtrée dans des polémiques qui paraissent inappropriées à la gravité du moment.

    C'est la fin du light pour la gravité.

    C'est la fin du look pour la vie intérieure.

    Le nouvel environnement de la présidentielle 2012 s'avance progressivement. C'est cette ambiance culturelle qui fera le "bon candidat".

  • Le pays aux 60 millions de Robinson Crusoë

    Les réactions sur l'épisode de la main de Thierry Henry sont lourdes de significations profondes.

    La France est actuellement un pays sans règle ni repère ; d'où la naissance de 60 millions de Robinson Crusoë.

    C'est un pays sans règle qui ne respecte pas la morale du sport. La main en question n'est pas une faute ordinaire. Elle est intentionnelle et décisive. Ne pas tirer de conséquence c'est accepter que la victoire soit volée aux yeux de l'ensemble international du monde sportif et là c'est une défaite qui comptera longtemps.

    C'est le même état d'esprit qui règne dans la quasi-totalité des dossiers actuels : l'absence de règle. Il n'y a pas de règle pour l'utilisation des deniers publics pour les sondages présidentiels. Il n'y a pas de règle pour les horaires officiels quand Rama Yade fait attendre les Présidents de districts pour le retour de Dublin. Pas de règle de courtoisie qui puisse la conduire à s'excuser pour un retard de plus d'une heure. Pas de règle de transparence pour les journalistes qui accompagnent et qui ne font pas état d'une impolitesse manifeste de ce type.

    Aucun domaine n'échappe plus à l'absence de règle.

    Faute de règle, il n'y a donc plus de repère. Pas de repère par l'exemple mais pas davantage de repère par la réflexion.

    Le monde actuel est une ile déserte où il importe de survivre avec chacun édictant ses règles de survie là pour se qualifier, ailleurs pour gagner une élection …

    La main de Thierry Henry alimente un vaste débat parce que chacun perçoit bien le côté symbolique de ce geste. Si la France avait dominé et qu'un sentiment d'équité puisse compenser. Si le joueur n'avait pas témoigné une véritable volonté de tricher en violant la règle n° 1 du football : ne pas jouer avec les mains. Si …. : il est probable que l'opinion ne sera pas aussi affectée. Mais là c'est l'officialisation d'un état d'esprit et c'est cette institutionnalisation qui choque. Le football était un message de la société en 1998 quand il portait l'image de la société qui  gagne parce que métissée. Il est aussi porteur de messages quand aujourd'hui il incarne la débrouille, le non respect, le culte du résultat à tout prix.

    Il est un résumé de l'ambiance du moment, une tranche d'identité nationale, provisoire ou pas ?

  • Le débat sur « l’identité nationale » et la soirée du 18 novembre 2009

    En plein débat sur l'identité nationale, la soirée du 18 novembre fait tâche.

    Où est la France porteuse des valeurs universelles du sport quand il lui faut tricher pour gagner un match important ? Tricher dans des conditions extrêmes et de surcroît, symbole suprême, par l'intermédiaire du capitaine de son équipe nationale. Dans cette ambiance particulière, toutes les autorités nationales, politiques et sportives, approuvent de telles méthodes qui violent l'esprit du sport. L'identité nationale est faite de symboles à usages intérieur et extérieur. C'est un symbole pathétique qui est donné : il est possible de tricher pour "gagner" et chacun installe le "pas vu pas pris" comme règle de fonctionnement collectif.

    Dans le même temps, la France connaît sur son sol les conséquences d'un match qui se déroule au Soudan et qui ne la concerne pas directement. Les conséquences d'une victoire donnent lieu à des explosions de violences comme si "être heureux" se témoignait en France par le fait de brûler la voiture du voisin ou celle d'un inconnu. Là aussi, triste sort que de voir un pays ainsi exposé au massacre d'un bien utile notamment pour travailler.

    Deux exemples déchirent en une soirée la comédie des mots sur l'identité nationale : la main de Thierry Henry désacralise l'esprit sportif dans des conditions scandaleuses. Quant aux violences dans les villes de France en raison de la victoire de l'Algérie, elles montrent que rien n'a changé dans les faits. La violence intolérable règne toujours. Il suffit de la moindre étincelle pour la réactiver. Aucune solution durable n'a été mise en oeuvre.

    Triste soirée pour "l'identité nationale".

  • La voix d’un parisien = 10 voix d’un provincial ?

    L'actualité du moment en France pour parler de la vie publique US est à la redécouverte de Sarah Palin. La parution de son livre est un score intéressant de ventes. Mais surtout, elle requadrille les Etats.

    Cette présence sur le terrain est une des constantes de la présidentielle US. L'opinion aime toucher les candidats, les voir mouiller la chemise, les croiser au coin de la rue pour partager un café, croiser la caravane qui se rend dans le prochain comté "profond".

    Obama 2008 c'est à la fois les claviers et les semelles usés, cette combinaison de nouvelles technologies mais aussi de présence physique.

    Quel contraste avec les candidats Français. La France est un petit pays et pourtant quitter Paris pour se rendre en Province semble une épopée comme du temps des diligences.

    La voix d'un électeur de province est égale à celle d'un électeur parisien mais l'électeur de province n'est fréquenté que dans la dernière ligne droite de la présidentielle quand la fièvre des réunions à répétition embrase les équipes. Et encore, l'organisation pratique veut très souvent que le candidat regagne Paris en fin de réunion ayant souvent négocié avec l'aéroport régional un horaire particulier pour le retour de son avion privé…

    Qui sera le premier candidat à casser ce code Français pour vivre une véritable plongée dans la France provinciale, dormant dans l'hôtel du coin, repartant le lendemain pour une autre destination locale sans repasser par la case Paris ?

  • L’environnement doit-il échapper à la science à ce point ?

    A quelques jours de la conférence internationale de Copenhague, des représentants d'Etats se réunissent pour tenter de mettre la dernière main aux préparatifs sur les enjeux majeurs. L'un des enjeux consiste à savoir s'il est possible de parvenir à un traité "juridiquement contraignant".

    Sur le plan Français, force est de constater que progressivement l'environnement a échappé à la science. Hier, des scientifiques démocratisaient les préoccupations environnementales (Cousteau, Tazieff …). Aujourd'hui, ce sont des autodidactes qui théorisent les données : là un animateur télé, ailleurs un photographe …

    Si l'environnement ne doit pas être prisonnier de considérations scientifiques, ces dernières peuvent-elles à ce point être écartées des débats derrière les prophéties de "Docteurs catastrophes" qui prévoient d'autant plus le pire que l'opinion est intéressée par cette course au toujours plus grave ?

    C'est une situation étonnante encouragée par les responsables politiques qui semblent avoir abandonné toute idée de rationalité en la matière notamment.

  • Fonds publics et dépenses privées

    Des démocraties de plus en plus nombreuses s'ouvrent à cette question : jusqu'où des fonds publics peuvent-ils être utilisés pour financer les opérations électorales d'un parti politique ?

    La communication publique coûte de plus en plus cher. Dans le même temps, le militantisme chute. Par conséquent, les partis politiques doivent dépenser plus quand ils reçoivent directement moins. La tentation est alors grande de transférer des dépenses politiques sur des actions financées sur fonds publics.

    La question des sondages présidentiels en France relève de cette question : où est la frontière entre le sondage utile pour que le Président décide et celui qui concerne davantage la stratégie du candidat Sarkozy pour 2012 ?

    C'est l'ensemble du financement de la politique qui devrait être actualisé sérieusement. Le Canada ouvre actuellement la question de la confusion entre l'information institutionnelle et la communication partisane. Là aussi, la frontière devient de plus en plus fragile. Or, on assiste à une explosion du nombre et du coût des campagnes publicitaires financées sur fonds publics dans des conditions qui s'éloignent de plus en plus de questions d'intérêt général.

    Hier, des campagnes partisanes avaient défrayé la chronique car financées sur des fonds privés dans des conditions irrégulières par rapport aux objets sociaux de ces structures privées. La prise en charge actuelle par des fonds publics ne pose-t-elle pas des questions certes différentes mais au moins aussi graves sur le fond ?

  • « Je pars bosser pour Villepin »

    Hier, Dominique de Villepin a fêté son anniversaire dans un cadre qui en dit long. Il a passé une longue partie de la journée sur le terrain, premier symbole. Second symbole, le terrain fut la banlieue. Et troisième symbole, il a dialogué du véritable problème prioritaire : l'emploi.

    Dans ce cadre, l'ancien Premier Ministre est cool, proche, attentif. Les relations avec les jeunes ont été marquées par le respect et l'affection. Dans de telles circonstances, Dominique de Villepin insiste toujours sur l'importance majeure du progrès social, deux termes qui actuellement ont d'ailleurs disparu du vocabulaire politique français…

    Ce fut un moment très chaleureux. La trajectoire présidentielle est engagée sans la moindre contestation. Le contact sur le terrain est direct, sans filtre. La comparaison avec la visite présidentielle dans le Vercors montre que les opportunistes et les moutons sont bien dans un autre train que celui qui commence à tourner pour DdV. Mais une présidentielle peut-elle se gagner avec des opportunistes et des moutons ?  

    La victoire ne sera pas facile. Mais elle peut être en vue tant l'action élégante, optimiste, de mission de Dominique de Villepin réveille bien des ardeurs. Ainsi, de jeunes citoyens à peine majeurs déclaraient en marge de la visite "demain, dès le lancement de la présidentielle, on part bosser pour Villepin".