Denis Bonzy

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  • François Fillon et le sondage des cantonales

    Le 20 mars, 2 000 cantons sont renouvelables. Ce n'est pas un chiffre mineur. A ce jour, la participation devrait descendre en moyenne au-dessous des 45 % soit 17 points de moins qu'en 2004 pour les mêmes cantons.

    Le plus intéressant est qu'à ce jour, la sociologie de la participation est très typée. 60 % des plus de 60 ans devraient voter pour seulement 29 % des moins de 25 ans. Même constat au sein des segments socio-professionnels selon les études disponibles dont la dernière en date d'OpinionWay.

    C'est un scrutin qui va traduire une faible participation. Ceux qui vont voter appartiennent à des segments plutôt favorables à la majorité présidentielle et pourtant la majorité présidentielle va prendre probablement une défaite cuisante.

    Même quand ceux qui se déplacent composent principalement ses catégories électorales les plus favorables, la majorité présidentielle perd.

    Il y a là un enseignement majeur sur le moral du pays.

    Une nouvelle fois, à l'exemple de la déclaration de Fillon dans le Figaro du jour, tout est fait pour ignorer la réalité de l'opinion. C'est ainsi que le Premier Ministre appelle au soutien derrière Sarkozy sur un thème original : "on ne change pas une équipe qui perd". Parce que depuis 2008, l'exécutif aura perdu toutes les consultations électorales sans la moindre exception et souvent avec des records de rejets qui font qu'aujourd'hui les candidats même encartés UMP cachent leur appartenance ; ce qui en dit long sur la confiance au sein même de leurs troupes supposées pourtant les plus … fidèles.

    Il est de bon ton de se moquer d'une diplomatie française qui ne voit pas les mouvements à l'international mais est-ce mieux pour d'autres administrations pour les mouvements au sein même de la population française ?

  • Isère : cantonales 2011 : les 4 cantons tests

    Dans deux semaines interviendra le vote pour le 1er tour des élections cantonales. Tout est organisé sur le plan national pour que ce scrutin se déroule dans l’indifférence la plus totale afin que l’UMP, probable perdante du scrutin sur le plan national, puisse se réfugier derrière la faible participation pour décliner toute représentativité à ce scrutin.

    Dans l’Isère, il y a quatre cantons tests :

    1) Grenoble 1 : les questions sont doubles : vers un second tour PS / Verts ? La troisième place sera-t-elle celle du FN ?

    Grenoble 1 est le seul canton de Grenoble que l’opposition locale pouvait espérer gagner. Il est certain que si le FN devait devancer l’UMP, ce serait une nouvelle étape dans la descente aux enfers de la formation présidentielle dans la Capitale du Dauphiné.

    Quant au FN, le test des cantonales mérite une attention particulière puisque Marine le Pen parait désormais sur la route nationale du 25 %.  La faible participation fragilise d’ordinaire le FN car ce sont souvent ses segments qui restent à la maison dans un tel climat. Si la démobilisation devait concerner des segments différents et la force de la protestation conduire à un transfert pro-FN, la conséquence serait très lourde.

    La sociologie de l’abstention va mériter une attention particulière.

    2) Le canton de St Egrève : c’est un canton modéré qui a longtemps été détenu par un élu UMP (JY Poirier). Un candidat UMP (Christian Bec) a l’honnêteté de mener campagne sous ses vraies couleurs et à ce titre il sera intéressant de vérifier la conséquence qui en résultera.

    Christian Bec est l’un des très rares candidats à afficher son engagement national. Ce choix sera-t-il récompensé ou au contraire le candidat sera-t-il pénalisé par cet affichage qui a été exclu par la quasi-totalité des autres candidats UMP réfugiés pour la circonstance sous des labels de « divers droite ». A ce titre, ce canton mérite une attention particulière.

    3) Le canton de Monestier de Clermont : c’est un canton qui devrait se situer dans la continuité du Conseiller général sortant avec un ticket qui rassemble l’ancienne secrétaire départementale de l’UMP et un ex candidat du Mouvement de Philippe de Villiers lors de législatives. Tous deux ont choisi un ancrage ponctuel « apolitique ». L’enjeu est surtout la prochaine législative dans cette géographie. En cas de victoire, il parait probable que la nouvelle Conseillère Générale serait la concurrente de MN Battistel en juin 2012 dans des circonstances où cette dernière peine à couvrir toute la circonscription. Ce sera probablement là une chance particulière pour la droite depuis 1988, date de l’installation à cette époque de Didier Migaud.

    4) Le canton de Villard de Lans : peut-il être gagné par les écologistes ? C’est un canton où les Verts ont enregistré des scores élevés ces dernières années ? Le Conseiller Général sortant UMP doit faire face à une concurrence difficile. Si les Verts gagnaient ce Canton, ce serait une étape de plus par rapport à leur implantation classique en milieu urbain. Il y aurait là un signe de renforcement territorial à surveiller dans le Sud Isère compte tenu d’une sociologie qui évolue beaucoup et que représente assez bien le Canton de Villard de Lans.

     

  • Arnaud Montebourg et le nouveau féodalisme

    Le rapport remis par Arnaud Montebourg sur la fédération PS des Bouches du Rhône a le mérite de poser des questions de fond.

    Comment la démocratie peut-elle s'exprimer de façon réelle quand des liens de subordination ont été tissés de façon généralisée par le salariat, les subventions ou autres méthodes ?

    Il est possible de prendre connaissance du rapport d'Arnaud Montebourg pour le lien suivant : rapport Montebourg

    Ce rapport pose également une question importante même si elle ne figure pas dans le contenu strict dudit document : de telles méthodes sont-elles spécifiques à la fédération PS des Bouches du Rhône ?

    La décentralisation a créé des potentats locaux qui, souvent, actionnent tous les leviers possibles pour installer un pouvoir politique : subventions, nominations, recrutements …

    Ce sont des potentats d'autant plus sûrs de leurs "bons droits" que l'Etat n'existe plus localement ou si peu … Les Préfets ont connu une dévalorisation de leur statut ces dernières années qui fait que dans de très nombreuses localités le pouvoir politique local, départemental ou pour des Mairies importantes, est sans réel contre-pouvoir.

    La presse locale est frappée d'un légitimisme absolu que ce soit en faveur de la droite ou de la gauche selon la sensibilité au pouvoir de proximité.

    C'est en effet un nouveau féodalisme qui est né. Toutes les caractéristiques du féodalisme sont réunies.

    Ce sont ces grandes fédérations qui vont peser demain de tout leur poids sur les primaires. Avec beaucoup de discrétion, le PS a classé les débats sur les tricheries de la dernière désignation de sa Première Secrétaire. Ces tricheries ont fait l'objet d'ouvrages qui n'ont pas été attaqués en justice et elles se situeraient dans la lignée d'attitudes inquiétantes sur ce registre dont les primaires 2006.

    Comment s'étonner dans de telles conditions que l'opinion s'éloigne de la politique quand non seulement cette dernière n'apporte aucune solution aux problèmes rencontrés mais encore se déroule dans de telles conditions ?

  • Agglomération de Grenoble : à quand le débat sur le péage urbain ?

    Dans un contexte général de démobilisation (voir billet ci-dessous), l’agglomération grenobloise est devenue une caricature de l’absence de débat. Les citoyens ont des circonstances atténuantes. Consultés sur la rocade nord, ce projet a été ensuite abandonné.

    En ira-t-il de même pour le projet de péage urbain ?

    Probablement pas. Parce que ce projet n’est pas une réponse à une question d’aménagement des territoires mais c’est d’abord l’instrument d’une ressource nouvelle.

    La Métro a un coût de fonctionnement très élevé. Elle est très endettée. Elle n’a plus les moyens financiers pour porter des travaux lourds. Elle est donc d’abord à la recherche d’une recette supplémentaire.

    Mais, quand depuis 4 ans 50 % des salaires n’ont pas augmenté (chiffres INSEE), cette redevance est un prélèvement de plus, et important, dans la poche des habitants de l’agglomération au moment où les dépenses énergétiques flambent déjà dont le prix de l’essence.

    Les habitants de l’agglomération sont-ils d’accord pour qu’il soit mis fin à la gratuité de la circulation dans l’agglomération ? Pour l’instant, il n’y a pas encore de véritable opposition à cette perspective. Il serait pourtant temps que le débat sérieux s’ouvre car les véritables réponses pour aménager les territoires sont ailleurs.

  • 2012 : le démodrame ?

    Le sujet à la mode : comment remobiliser les citoyens ? La démocratie française a-t-elle sombré dans une atonie où tout ne serait que doute, méfiance, démobilisation … ?

    Nous sommes au quatrième acte d’un démodrame.

    Premier acte : la déception démocratique : le second semestre 2007. Le jeune Président élu avec une large marge casse tous ses repères de campagne. En un semestre, juin 2007 à décembre 2007, il devient très impopulaire. Le « bonjour » qui devait rythmer son installation porte tous les éléments d’un « adieu » qui s’approche avec la fin de son mandat.

    Second acte : la démocratie sans contact (2008 – 2009) : pas une élection intermédiaire sans une sanction électorale dure mais … sans suite politique sauf à la marge et encore. La démocratie change de forme. L’opinion perd en considération.

    Troisième acte : la crise amplifie la coupure (2010) : le moral des français se dégrade à la vitesse turbo. L’Etat semble impuissant, pire encore indifférent aux véritables préoccupations du quotidien : emploi et pouvoir d’achat. Le pouvoir politique est devenu « l’autre » voire même l’adversaire, celui qui gêne, qui gaspille, qui maltraite.

    Quatrième acte : l’élection présidentielle et le demain « tous extrêmes » (2011) ? Tous les indicateurs habituels portent désormais des marqueurs de « démodrame » : un véritable drame démocratique. Les extrêmes éloignés de mesures de gouvernance peuvent approcher les 40 % des suffrages exprimés lors du 1er tour de la présidentielle :

    – 20 % (FN) + 7 % (NPA) + 6 % (FdG) + 3 % (LO) = 36 %

    C’est un chiffre qui montre l’ampleur du désastre. La présidence Sarkozy se termine avec une désintégration démocratique historique.

    Terra Nova et la Revue Esprit organisent prochainement une conférence sur ce thème majeur.

    Exprimeo a consacré plusieurs de ses récentes publications à ce sujet. Les chiffres d’audience montrent l’attention soutenue par ce thème. Mais il serait temps de passer de l’analyse aux actes.


  • L’esprit de crise et la nouvelle fracture

    Les enquêtes publiées ces derniers jours attestent, si besoin était, de nouvelles lignes importantes :

    1) Le remaniement n'emporte pas une nouvelle confiance (cf enquête Louis Harris publiée ce jour). Alain Juppé bénéficie d'une cote correcte sans plus grâce à son camp d'origine très mobilisé derrière lui. Pour Longuet et Guéant, le seuil de départ est bas.

    L'opinion est entrée dans le doute généralisé.

    2) Le "printemps arabe" est loin d'être perçu comme un printemps par les Français (enquête Louis Harris publiée ce jour). C'est d'abord une peur avant d'être un espoir. Une peur multiple : depuis l'islam jusqu'à l'immigration en passant par des heurts non maîtrisables.

    3) L'emploi et le pouvoir d'achat s'installent largement en tête des préoccupations. La fracture nouvelle est entre : ceux qui comptent / ceux qui ne comptent pas. Ceux qui comptent face à l'érosion du pouvoir d'achat, face aux angoisses des menaces ne supportent plus ceux qui … ne comptent pas. C'est pourquoi le dossier des vacances (Fillon, MAM, Guaino …) comme des déplacements sont des chiffons rouges pour l'opinion toutes préférences partisanes confondues.

    Un esprit de crise est installé. Il demande de l'exemplarité ce qui est un niveau encore plus élevé que la morale sauf à considérer que l'exemplarité en temps de crise c'est tout simplement la morale du respect de l'autre …

  • Sarkozy : d’abord en panne de vérité

    L’actuel climat politique français est très surprenant et décevant. Il est surprenant parce qu’il y a un décalage énorme entre les priorités des professionnels de la politique et celles de la vie des citoyens à un point tel qu’il parait nécessaire de se demander si les premiers connaissent encore les réalités des seconds.

    La déception naît surtout de la place de la vérité qui se réduit à une peau de chagrin. Tout n’est que manoeuvres, artifices, combines, tactiques … La vérité semble ne plus avoir une place en politique.

    C’est pourtant d’abord de vérité dont nous avons besoin.

    Vérité sur des chiffres, sur des faits, sur des choix, sur des doutes …

    Pourquoi la confiance a disparu à ce point ? Parce que tout paraît instrumentalisé au détriment de la vérité.

    Et si le Chef de l’Etat avait tout simplement indiqué que Michèle Alliot Marie n’était plus en situation d’honorer ses responsabilités et que cette situation lui imposait le changement fut-ce à regret.

    C’est comme Michèle Alliot Marie, pourquoi n’a-t-elle dit toute la vérité sans la moindre exception et dès le début avant même que les journalistes ne poussent les investigations ? La situation aurait été très différente.

    C’est d’abord de cette privation de vérité dont les citoyens ont assez. Au 8ème aménagement du Gouvernement Fillon, les mêmes méthodes risquent de produire les mêmes effets : attendre le 9ème aménagement …

     

  • France : le pays qui cherche des journalistes

    Le départ d’Alliot Marie est d’abord la traduction d’un échec du système d’informations en France. C’est la caricature de trois échecs graves.

    1) L’échec de la diversité des sources : sans le Canard Enchaîné, ce dossier ne « sortait pas ». S’il ne sortait pas, Alliot Marie continuait comme si rien n’était. Pourquoi est-il sorti à ce moment là ? Qui a organisé la fuite ? Pourquoi cette fuite là ?

    2) L’échec de l’explication : sans la relance du Canard Enchaîné, la première vague des révélations aurait été contenue en dépit d’invraisemblances considérables qui n’avaient fait l’objet d’aucune observation de la part des médias institutionnels.

    3) L’échec du respect de l’équilibre : les médias classiques sont tout aussi déséquilibrés dans la recherche de la vérité que dans le traitement de celle-ci une fois formulée. Ils se refont une santé en menant la chasse avec d’autant plus de fureur que la recherche initiale avait été complaisante.

    Toute la démocratie française est actuellement déstabilisée par une information qui n’est pas digne d’une démocratie moderne.

    Sur le plan national, la présidentielle 2012 sera probablement d’une extrême violence parce que les scandales vont se succéder à un rythme effréné révélés par les candidats pour échapper à l’indifférence de l’opinion.

    Sur le plan local, la concentration structurante est déjà un danger en elle-même.

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  • La crise : ses infirmiers, ses combattants et ses sauveurs …

    Dans les actuelles enquêtes d'opinion, le chiffre le plus important n'est jamais évoqué : le pourcentage cumulé des personnes qui ne sont pas certaines du choix exprimé. Ce pourcentage vise notamment les personnes qui se réfugient derrière la mention "ne sait pas" mais aussi celles qui indiquent que le choix n'est pas certain. Selon les enquêtes, ce chiffre dépasse parfois très largement les … 60 %.

    C'est dire combien des mouvements d'opinion sont possibles et probables. Pourquoi ?

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  • La présidentielle 2012 est-elle en train de changer de dimension ?

    La présidentielle 2012 sera-t-elle la présidentielle du bord du chaos ? C’est un schéma qui peut commencer à mériter la réflexion avec toutes les conséquences qui en résulteraient.

    Le chaos, c’est quoi ?

    1) Une région stratégique pour le développement international est entrée dans des secousses imprévisibles (le « printemps démocratique arabe »).

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