Denis Bonzy

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  • L’opinion publique française : en avance ou en … retard ?

    Le décalage entre l'opinion publique française et ses voisines est considérable. Ce week-end, le PS espagnol a pris une claque historique. Le chatiment était annoncé. Il a été d'ampleur. Les jeunes avaient changé la donne de la campagne en se révoltant contre les promesses non tenues.

    En Allemagne, même situation pour la coalition au pouvoir. Si les actuels chiffres sont confirmés, il faut remonter à 50 ans pour que la formation de Merkel enregistre un revers de ce type dans le Land de Brême. Là bas, ce sont les écologistes qui enregistrent des poussées généralisées.

    Dans les deux cas, la participation électorale baisse.

    En France, le second tour de la présidentielle reste serré. La politique de Sarkozy s'est éloignée des promesses de 2007. Le style a été à l'origine de polémiques permanentes. Et la ré-élection reste pourtant possible là où, dans les pays voisins, la crise emporte les partis au pouvoir.

    L'opinion ne manifeste pas en France. Les jeunes sont calmes. L'opinion française semble à l'écart de la politique. Elle n'a pas d'illusion sur le pouvoir sortant mais elle n'a pas davantage d'illusion sur l'opposition.

    S'agit-il là d'un retard face à une mobilisation soudaine qui va démarrer comme une allumette ? Où est-elle en avance parce que les illusions n'existent même plus dans tous les camps ?

    Les prochains mois le diront mais ce décalage est étonnant.

  • DSK : de présidentiable à … infréquentable en 8 jours

    L'affaire DSK va modifier en profondeur la politique française dans au moins trois domaines.

    1) la remise en question du "off" dans la vie journalistique : le "off" c'est l'instrument qui fait des journalistes les gardiens des secrets de leurs confidents. Ainsi, dernier exemple en date, alors que des journalistes exprimaient sur les plateaux des doutes sur la candidature de DSK, plusieurs d'entre eux avaient déjeuné le 28 avril avec lui et, à cette occasion, DSK avait confirmé qu'il serait candidat mais en "off".

    2) la fin des programmes pour le remplacement par l'examen des tempéraments : la question n'est pas de savoir s'il y a malhonnêteté mais le niveau de gravité de la malhonnêteté. L'opinion va s'estimer trahie. Sa défiance va ouvrir un espace nouveau au doute. Ainsi, actuellement, le silence sur DSK n'est pas considéré comme la place pour la "réserve" mais la contrainte pour éviter d'autres révélations.

    3) censurer la censure : la censure est le mal de tous les siècles sous des formes diverses. Mais, et c'est bien ainsi, elle ne réussit jamais qu'à retarder l'explosion des grandes révélations. La censure devient actuellement la publicité mensongère. Le silence qui trompe. La presse est libre mais rarement peut-être elle ne s'est autant censurée. A force de couper des révélations, c'est la démocratie qui est réduite. Sous cet angle au moins, l'affaire DSK n'est pas porteuse que de négatif. Elle va marquer une nouvelle avancée dans les révélations, un autre niveau de curiosité et surtout une autre exigence de vérité. C'était peut-être l'électrochoc nécessaire pour que la démocratie française perde certaines de ses mauvaises habitudes.

    En passant en quelques jours de présidentiable à infréquentable, DSK va peut-être rendre involontairement la démocratie française plus moderne.

  • Affaire DSK : la véritable menace contre l’identité même du PS français

    Le carré magique historique du PS français repose sur les valeurs suivantes qui peuvent être menacées à terme par l'affaire DSK :
    – la morale,
    – la protection,
    – la défense des plus fragiles,
    – le respect d'autrui.

    L'affaire DSK est une attaque en règle contre ce carré magique.

    C'est une attaque dans le fait générateur s'il est confirmé. C'est surtout une attaque dans la conduite de la défense dans la procédure qui s'ouvre maintenant.

    Et d'ailleurs aujourd'hui, avec les révélations sur les montants en jeu, la nature française reprend le dessus. Le doute peut entourer le fait de base mais rien n'intéresse davantage que l'argent d'autrui. Bientôt, aux yeux d'une partie de l'opinion française, DSK sera presque davantage coupable d'être à la tête d'une immense fortune que d'avoir commis éventuellement l'irréparable à l'origine …

    Dans la procédure à l'américaine, tout s'oppose aux valeurs fortes préalablement exposées.

    En effet, la morale ne devient plus la vérité mais la naissance du doute.

    La protection d'autrui est foulée aux pieds pour déstabiliser l'accusation.

    La défense des plus fragiles vole en éclats face au poids de l'argent mobilisé pour organiser la défense.

    Quant au respect d'autrui, il passe au second rang. Le pauvre ne ressentira que davantage sa pauvreté. Les libertés ne s'additionnent qu'à la condition que les chiffres des moyens s'additionnent aussi.

    François Fillon, en prenant les précautions nécessaires, est celui qui a le mieux identifié l'enjeu à terme de cette affaire qui à ce jour alimente les passions des citoyens français. Le PS peut être touché au coeur même de son identité et débuter la présidentielle 2012 dans des conditions inédites.

    C'est encore tôt pour l'assurer mais cet impact global n'est plus impossible.

  • Environnement : le projet Hydroaysen et les 6 000 hectares inondés

    A 1 800 km au Sud de Santiago se livre actuellement une bataille d’une extrême importance. Le projet Hydroaysen prévoit d’inonder 5 900 hectares pour la construction de 5 barrages qui vont changer tout l’écosytème de l’un des derniers territoires vierges de la planète.

    C’est un projet de plus de 3 milliards de dollars dans l’une des plus belles régions de la planète sur les fleuves Baker et Pascua de la région d’Aysen en Patagonie.

    Les dégâts seront irréversibles. Les études d’impact ont été conduites dans des conditions scandaleuses.

    Il est surprenant de constater la faiblesse de la mobilisation internationale pour protéger une région unique avec des espèces comme le cerf chilien qui bénéficie pourtant du statut d’espèce protégée.

    C’est un enjeu de rapport entre la défense de l’environnement et la cherté de sources énergétiques. Le choix du moins cher sera au prix de conséquences irréversibles pour l’environnement alors que le solaire et l’éolien pourraient changer la donne.

    Le début des travaux est prévu pour 2014. Pour l’instant, des écologistes locaux mènent un combat remarquable multipliant les recours. Il serait temps que la mobilisation devienne plus internationale.

  • Affaire DSK : les nouveaux aristos face aux gueux

    Hier, DSK a acheté sa détention en résidence surveillée pour 6 millions de dollars. 1 million qui doit être remis cash. Et 5 millions qui doivent être placés sous séquestre. A ce prix, il est facile de comprendre que les ouvriers et les employés quittent le PS car ce parti est manifestement devenu au-dessus de leurs moyens.

    Cette affaire permet au moins de faire tomber des masques et les vrais visages sont parfois d’une indignité quasi-inimaginable : c’est le choc de nouveaux aristos face aux gueux.

    C’est d’abord le cas de Jean François Kahn qui évoque le « troussage d’une domestique » (écouter la bande audio ci-dessous).

    C’est le cas de Bernard Henri Lévy qui écrit dans Le Point que DSK ne peut pas être « un citoyen comme les autres » …

    C’est Jack Lang qui relativise puisqu’il « n’y a pas eu mort d’homme » (voir vidéo ci-dessous).

    C’est Harlem Désir qui revient à ses fondamentaux du « touche pas à mon pote » et qui demande pas moins que Sarkozy intervienne auprès des autorités américaines.

    La médiocrité des horreurs rejoint celle de la pensée. Ils s’abandonnent aux deniers du culte mais le pire : le culte des personnalités.

    Une chasse à Rambouillet prend la place du voyage à Latché ou de la promenade à Solutré. Elle suit le buffet à l’Elysée, un petit ruban remis entre amis qui permettra d’avoir une boutonnière qui sort de l’ordinaire. D’habitude, ils s’auto-proclament des cervelles qui manient le porte-plume et le porte-pointes pour donner des leçons sur tout. Mais là l’un des leurs est concerné dans une situation invraisemblable puisque contesté par une « femme de chambre » à qui ils sont à deux doigts de reprocher presque de ne « pas avoir dit merci tant elle avait été honorée ».

    C’est le choc des nouveaux aristos face aux gueux.

    Ils sont inquiets, menacés : le peuple va savoir. De leur enseignement, ces gazetiers ont appris de Platon que pour qu’une démocratie soit calme « il faut que le peuple ignore beaucoup de choses vraies et en croie beaucoup de fausses« .

    La faute de l’un est devenue la vérité de beaucoup d’autres. C’est une vérité qui n’est pas belle à constater pour ces intéressés.

    NB : ci-dessous la bande audio reprise porte une mention « fdesouche » qui, à mes yeux, est une inscription intolérable car un pays est beau de toutes les couleurs, de toutes les races comme de toutes les religions qui aiment vivre ensemble en respectant des valeurs partagées. Mais cet enregistrement audio est le seul disponible en ligne sur YouTube référencé par Rue89.


  • Le téléscopage célébration Mitterrand – DSK fait mal à la crédibilité de la presse française

    En une semaine, la presse française est confrontée à ses vieux démons : sa complicité avec les plus puissants et donc son refus d’être un contre-pouvoir crédible. L’héritage Mitterrand, célébré le 10 mai 2011 pour les 30 ans de la victoire de 1981, c’est aussi le très lourd passif d’un mensonge officiel sur deux vies pourtant financées partiellement sur fonds publics. Les citoyens et les contribuables français ont été bernés dans la présentation du véritable tempérament d’un candidat puis d’un président pendant deux décennies. C’est un très lourd passif pour la presse française notamment. Il était du droit le plus strict de Mitterrand de vivre comme il le souhaitait dans un cadre consenti par toutes les parties directement concernées. Mais il était du devoir de la presse de considérer qu’elle devait informer l’opinion d’un fait matériellement établi.

    5 jours plus tard, dans des circonstances probablement considérablement plus dramatiques, le même mensonge par omission est avéré. L’opinion découvre que l’un des aspirants aux plus hautes fonctions de l’Etat a un comportement ancien, probablement maladif à ce point, dans des conditions qui ne sont pas compatibles avec l’exercice de fonctions de représentation. Là encore, la presse a fauté par omission. Le résultat de ce mensonge par omission peut être très grave puisqu’il a pu mettre en danger la vie d’une personne si les faits sont confirmés.

    Ce téléscopage entre ces deux réalités incontestables va laisser des traces durables dans la relation de confiance entre l’opinion et la presse.

    (suite…)

  • Pourquoi Strauss – Kahn adopte-t-il un comportement de coupable ?

    Depuis le début de l’affaire le décrochage entre le comportement de DSK et l’attitude « normale » d’un innocent placé dans des conditions comparables est lourd. Dans le « feu de l’action », comme indiqué dans le billet d’hier, DSK n’a respecté aucune des attitudes permettant de « lever tout doute » sur sa bonne foi. Depuis plusieurs jours, son silence ne peut qu’inquiéter car rien n’impose ce silence.

    L’innocence se crie. Elle ne se contient pas. Quand il passe devant les caméras, rien n’interdit à DSK dès le premier jour de crier son innocence ; ce qui serait le comportement naturel. Rien n’interdit à ses avocats de tenir une conférence de presse pour donner la version des faits de DSK, c’est même aux Etats-Unis le comportement habituel d’avocats qui doivent manier aussi bien la communication que le droit.

    Là, rien de tout cela. DSK a choisi le comportement du coupable : celui qui attend de voir la version des griefs pour tenter de les récuser. Mais il ne cherche pas à exposer immédiatement sa « propre » version.

    Cette attitude ne peut qu’annoncer une évolution significative de DSK dans son axe de défense. Au début, il a pensé à sauver sa candidature. Maintenant, il va penser à sauver sa peau. Le plaider coupable commence à apparaître à l’horizon …

    Cette étape va donner naissance à un réveil de l’opinion et à l’émergence du sentiment de trahison.

    (suite…)

  • Affaire DSK : quatre fractures et un enterrement

    Même en mettant de côté les déclarations "irréelles" à l'exemple de Lang déclarant hier soir sur France 2 au sujet de la présumée victime "il n'y a quand même pas mort d'homme …", nous assistons actuellement à un spectacle lamentable de déclarations plus pathétiques les unes que les autres.

    Il y a en effet la création désormais manifeste de quatre fractures et d'un enterrement.

    1) La première fracture concerne la réalité des faits. La présentation politique et journalistique de l'emballement de la machine judiciaire américaine ne répond à aucune réalité. Le maître mot est le professionnalisme. Le Procureur chargé de l'affaire sait qu'il n'a pas droit à l'erreur. Sinon, c'est la fin de sa propre carrière. Par conséquent, le profil même de DSK et les conséquences qui résulteraient d'un amateurisme en la matière sont l'assurance de précautions particulières pour boucler le dossier sur des bases les plus sérieuses possibles.

    Donc, parier sur un "dossier faible" de la part de l'accusation est une très probable erreur considérable. Les prochaines étapes risquent d'assombrir encore davantage le paysage car l'accusation va probablement révéler par étape ses pièces les plus fortes.

    2) La seconde fracture concerne le bon sens. DSK s'est comporté à l'opposé de toute personne "normale" placée dans des circonstances comparables. C'est là où la vérité judiciaire va prendre le dessus sur les formules politiques qui enfument l'opinion. Avant d'entrer dans une chambre, le personnel en question frappe pour demander s'il y a une présence. Si quelqu'un est présent, les consignes sont de revenir. A supposer même que l'intéressée soit entrée, il suffisait de lui indiquer de sortir immédiatement. Si l'intéressée ne sortait pas, le comportement ordinaire consistait à appeler la direction de l'établissement. A chaque étape, DSK s'est beaucoup éloigné d'un comportement normal.

    (suite…)

  • DSK : la crise d’un système politique français sans contre-pouvoir

    DSK est la caricature d'un système politique français sans contre-pouvoir. Quand Tristane Banon le 5 février 2007 raconte ses "épreuves" lors d'un dîner dans une émission d'Ardisson, l'ambiance "gauloise"règne manifestement dans des conditions choquantes mais cet épisode est révélateur d'une culture d'admission du "pêché" d'un intouchable. Tellement intouchable que la victime renonce alors à engager les actions en justice qui auraient été nécessaires. Tellement intouchable que la presse n'investigue pas sur une affaire déjà grave.

    Les excès de certains détenteurs de pouvoirs ne sont rendus possibles que par l'absence de contre-pouvoir. Une absence qui accrédite progressivement l'idée qu'il n'y aurait plus de limite.

    La vie politique française est progressivement devenue un champ de ruines.

    Les présidentiables se comptent sur les doigts d'une seule main et encore… Les débats sérieux d'idées n'existent plus. La décentralisation a rapproché le pouvoir dans des conditions d'arbitraire où le clientélisme est désormais installé.

    De façon généralisée, il n'y a pas de contre-pouvoir. Les parlementaires sont des assistantes sociales qui gèrent les interventions personnelles et ne controlent pas l'exécutif. L'opposition dans les collectivités locales est sans moyen humain ou financier. Les médias dépendent de groupes qui eux-mêmes dépendent de marchés d'Etat. Il est quand même stupéfiant hier d'assister au journal TV de France 2 à 20 heures présentant Sarkozy en deuxième position d'un graphe sur un sondage sur la présidentielle 2012 alors même que les chiffres en question le placent en … troisième position.

    Les Préfets sont les chargés des relations publiques de l'Etat mais dépourvus de compétences fortes. Les Chambres Régionales des Comptes n'interviennent que très tard et avec des rapports qui restent dans les tiroirs. La presse écrite régionale est en mal de lecteurs, donc de recettes et elle compte d'abord désormais sur les recettes publicitaires des collectivités locales pour arrondir ses fins de mois. Lui est-il possible de traiter ensuite avec objectivité ses annonceurs publicitaires ? Non.

    C'est la liste d'un pays qui se vautre dans le légitimisme jusqu'où jour où un excès grave est commis, franchissant les conditions de la discrétion habituelle. Et alors la descente aux enfers est garantie. Combien de temps encore cette logique durera-t-elle ?

     

  • Grenoble : 1 M€ de déficit par an en moyenne pour le seul fonctionnement du stade des Alpes …

    Le GF 38 vient de descendre en division dite nationale. La Métro vient de décider le principe de la privatisation du stade des Alpes. Il reste à juger de l’équilibre financier à venir dans le cadre de la DSP.

    En attendant, il y a deux zones d’opacité qui méritent d’être rapidement clarifiées :

    1) pourquoi aucun repreneur n’a franchi le pas de la reprise ? Il est beaucoup question de projets de protocoles non aboutis pour « neutraliser » des zones de « litiges » que tout repreneur voulait impérativement dissocier pour ne pas voir la gestion future être « polluée » par divers « dossiers » : lesquels ?

    2) le coût réel cumulé de l’ardoise pour les contribuables locaux. Il est question de 1 million d’euros de déficit moyen annuel sur les trois dernières années pour le seul fonctionnement du stade. En réalité, les déficits annuels varieraient de 1 300 000 € à 700 000 € selon les années. Les bénévoles des clubs sportifs qui payent leur essence le week-end pour accompagner les jeunes vont apprécier si leurs clubs avaient été bénéficiaires d’une partie de ce montant au titre des subventions annuelles…

    Des situations de ce type sont actuellement passées sous silence dans les médias officiels qui ne veulent ni contrarier leurs sponsors publicitaires que sont les collectivités locales ni altérer les relations avec les responsables du club en question. Mais le milieu bénévole connaît les chiffres. Il attend des explications. Il est à souhaiter qu’elles arrivent vite et de façon détaillée car le déficit a été renfloué par l’impôt de tous les contribuables.

    GF38 : entraînement au Stade des Alpes par grenoblealpesmetropole