Denis Bonzy

Catégorie : Non classé

  • #JeSuisCharlie : une opinion publique qui ne se connaissait pas ?

    La période actuelle est très surpenante. Les conditions de sortie de cette période peuvent l'être encore davantage que les actuelles  circonstances. Il y a ce que la semaine montre et ce qu'elle laisse en interrogations.

    Ce qu'elle montre :

    – un choc émotionnel naturellement fort puisqu'il touche au dernier carré de sacré : la vie,

    – face à ce choc la capacité de l'opinion publique française à vivre un "coup de révolte",

    – ce coup de révolte mobilise parce que, derrière les mots d'ordre globaux, les raisons des participants sont très différentes.

    Mais il reste des interrogations majeures, peut-être  encore plus importantes que les acquis de cette semaine :

    – s'agit-il d'une révolte ou d'une résistance : dans le 1er cas, l'attention retombera vite. Dans le second cas, l'attention vivra. Pour l'instant, la réalité de l'attention sur des faits internationaux de terrorisme a été très faible dans les médias français et encore actuellement à la différence de médias étrangers. La résistance, si elle  naît, deviendra-t-elle universelle ou seulement sur le territoire français ? Qui se souciait en France cet automne du symbole des Eglises en feu ? 

    Eglise brulée

    – le temps de l'union ne doit pas cacher des échecs considérables sur des institutions françaises. Quand ce débat sera-t-il ouvert sérieusement alors même qu'il ne l'a  jamais été ?

    La semaine donne le sentiment d'une opinion qui ne se connaissait pas.

    Elle devait être indifférente et elle se découvre historiquement mobilisée.

    Elle avait des signes permanents d'alertes mais même les évoquer semblait jusqu'alors difficile.

    Si un réel feu de mobilisation a été allumé, il risque d'être difficile à éteindre tant du retard avait été pris. Et dans ce cas, les changements pourraient être  profonds : le "printemps français" ?

  • France : une société bloquée, une représentation figée

    En début de semaine, le Congrès américain issu des élections de novembre 2014 a été installé.

    Quelques traits forts :

    – 104 femmes soit le record historique de la présence féminine,

    – une diversité d'âges, de professions amplifiée,

    – une diversité apparente de plus en plus forte.

    104women_lead

    Avant d'effectuer ce constat, il faut en effectuer un autre  : que de temps a-t-il fallu pour qu'il en soit ainsi. Des repères précis s'imposent et, à certains égards, ils sont irréels :

    – 1984 : 1ère femmes candidate à la Vice-Présidence : Geraldine Ferraro

    – 1997 : 1ère femme à la fonction de Secrétaire d'Etat : Madeleine Albright,

    – 2005 : 1ère femme afro-américaine à la fonction de Secrétaire d'Etat : Condoleezza Rice,

    – 2007 : 1 ère femme élue à la fonction de speaker donc de Présidente de la Chambre des Représentants,

    … 2015 : 104 femmes  au Congrès !

    Et dans cette évolution,

    (suite…)

  • Grenoble, les particules fines et les risques de mortalité

    L'étude publiée ce jour de l'Institut de veille sanitaire sur les risques de mortalité engendrés par les particules fines montre, si besoin était, l'immense décalage entre l'écume médiatique qui fait l'actualité politique locale et les vrais sujets.

    Grenoble est plus polluée que … Paris. Plus exposée aux particules fines que Paris. 

    Et les particules fines sont une saloperie de première gravité pour la santé.

    Voilà un sujet qui mérite la mobilisation bien au-delà d'une ville étape du Tour de France, de la suppression de 300 panneaux Decaux à l'angle de trottoirs …

    Grenoble pollution

    Si l'élection de Piolle à Grenoble prend un sens dans la durée pour Piolle comme pour les Verts et surtout comme pour tous les habitants de l'agglo dont l'intérêt c'est que Piolle réussisse ce qui n'obère pas les prochains débats démocratiques, c'est pour qu'ils restent en dehors du système et pour affronter les vrais sujets que le système local n'a jamais voulu ou su traiter.

    Si la logique c'est de gérer le système  comme les autres, Eric Piolle sera à l'environnement local ce que Hollande est à la finance : un simple orateur éphémère le temps d'une campagne électorale au goût amer des lendemains.

    C'est tout le défi d'Eric Piolle et de son équipe en

    (suite…)

  • Quand la dette toxique va sortir de dessous le tapis …

    A juste titre le Dauphiné Libéré ce jour consacre une page entière au dossier de la dette toxique des collectivités locales. 

    La démocratie française consacre des débats interminables sur deux dimanches de plus travaillés ou pas mais n'évoque pas un sujet qui représente plus d'une dizaine de milliards sur le plan national …

    Dans l'article du Dauphiné Libéré, il est question de Chambéry. Son Maire Michel Dantin est une référence d'une approche sérieuse, lucide, courageuse. A comparer les mesures pratiques qu'il met en oeuvre avec l'attentisme d'autres collectivités, on voit rapidement l'impact des bombes à venir.

    La Ville de Chambéry doit faire face à un taux moyen de conciliation qui fait exploser les intérêts de la Ville. 

    Chambery1

    Or, dans le même temps, s'ajoute la baisse des dotations d'Etat.

    Que fait-elle ?

    1) elle part à la collecte de recettes supplémentaires dans les tarifs commerciaux,

    2) elle cède des biens immobiliers,

    3) elle engage toutes les économies de fonctionnement qui ne touchent pas au coeur des services publics locaux …

    Elle engage les économies dans la plus totale transparence (cf le magazine municipal de décembre 2014 où toutes les explications sont données). 

    On est loin de l'attentisme actuel qui caractérisent la Ville de Grenoble et la Métro pourtant très impactées par des dettes toxiques. 

    C'est d'ailleurs l'une des faiblesses majeures de l'actuelle opposition UMP que de consacrer son énergie aux petites phrases ou aux polémiques sans présenter des alternatives sur des sujets de cette importance. 

    Ce sujet a été déjà éclipsé pendant la campagne des municipales à l'exception de la liste Nous Citoyens. Elle l'est  encore à l'excès. Eric Piolle n'a pas engagé la transparence utile sur la réalité financière de Grenoble. Un coin de voile est levé puis immédiatement refermé. Les finances semblent être une menace dans les rapports entre EELV et le PS davantage qu'un sujet de gestion. 

    A2-8

    Quant à la Métro, c'est le  mutisme le plus total qui règne pensant qu'un accord politique sera trouvé pour un refinancmeent départemental, collectivité désendettée par

    (suite…)

  • Hollande, Piketty et l’audace du … non !

    François Hollande avait déjà connu son "effet boomerang" avec son thème de l'inversion de la courbe du chômage comme marqueur de l'efficacité de la politique présidentielle. Il a probablement mis en place son second "effet boomerang" avec le thème de l'audace. Le 31 décembre Hollande célèbre l'audace et l'union. Le 1er janvier, Piketty célèbre l'audace de dire Non et donne une leçon de division sur la politique économique.

    Nouveau raté magistral.

    Thomas Piketty a refusé hier sa nomination pour la Légion d'honneur au rang de chevalier et taclé une nouvelle fois au passage le gouvernement.

    Piketty

    «Je viens d'apprendre que j'étais proposé pour la Légion d'honneur. Je refuse cette nomination, car je ne pense pas que ce soit le rôle d'un gouvernement de décider qui est honorable», a déclaré Thomas Piketty.

    «Ils feraient bien de

    (suite…)

  • Villepin, Taillard de Vorms et la culture « agissez, le reste suivra ! »

    C'est avec plaisir que j'ai revu hier soir sur Canal le film inspiré de la BD Quai d'Orsay. Villepin y est présenté avec beaucoup de réalisme. En effet, il y a ceux que le talent rassure et ceux que le talent inquiète. 

    Dominique de Villepin appartient à la première catégorie alors que la politique française se morfond dans le second état d'esprit. 

    DdV 19 juin bis photo avec BG

    En France, la dernière véritable aventure politique date de République Solidaire. En quelques mois, des individus de grande qualité se sont réunis venant d'horizons très divers. Leur mobilisation était considérable. Le 19 juin 2010 ou le 4 décembre 2010 ont été des moments de très forte mobilisation.

    En charge avec Sihame Arbib de la structuration nationale de la mobilisation citoyenne, c'est la première fois où j'ai retrouvé une mobilisation du terrain comprable aux plus belles années du RPR de Chirac.

    Pourquoi cette mobilisation n'a-t-elle pas débouché tout naturellement sur la présidentielle 2012 ?

    DV 12

    Parce qu'une élection est d'abord un enjeu de logistique. Le mode de financement français verrouille totalement la compétition électorale.

    Comment pourraient passer à "armes  quasi égales" des structures qui d'un côté disposent de locaux, de financements publics à hauteur de dizaines de millions d'euros, de permanents par centaines et d'un autre côté une structure où tout est à faire ?

    C'est impossible. 

    C'est la limite de la culture "agissez, le reste suivra !". Quand cette culture

    (suite…)

  • Grèce, Espagne : la fin des infirmiers de la crise. Enfin !

    Le vote grecque ce matin comme la poussée de Podemos en Espagne sont des tournants probables face à la crise : la fin des infirmiers de la crise.

    Jusqu'à maintenant, les politiques ont été les infirmiers de la crise : renflouer les banques, gérer l'austérité …

    Un politiquement correct s'est installé et toutes les politiques se ressemblent.

    La Grèce et l'Espagne sont enfin sur la route d'une autre politique. Syriza et Podemos incarnent une autre lecture. Sur plusieurs mesures, il est possible de ne pas être d'accord. Mais ils expriment enfin une volonté politique qui n'est pas soumise à une pensée unique et surtout à l'irresponsabilité bancaire. 

    Alexis-Tsipras-l-homme-qui-fait-peur-a-l-Europe

    Car c'est  bien une bulle bancaire qui a créé la crise de 2007 avec un dispositif de titrisation d'une particulière gravité. 

    Or cette situation n'a pas été traitée à hauteur de sa gravité. La sécurisation des dépôts des particuliers a été le paravent de

    (suite…)

  • Google et le mot de la fin ou l’éloge de la folie

    Maintenant les chefs d'Etats sont les dirigeants des grandes sociétés internationales. Jack Dorsey a fait de Twitter l'Assemblée Générale permanente des Nations Unies. Kevin Systrom a fait d'Instagram l'office culturel international. Et  Larry Page et Sergueï Brin vont faire de Google la prochaine Organisation Mondiale de la Santé.

    Larry-page

    Une évolution avec un sujet fabuleux : et si la mort devenait une maladie comme les autres, prévisible, contournable ?

    Mais une vie réussie peut-elle être une vie sans fin ?

    Est-il possible de

    (suite…)

  • La bataille de la langue française est bien perdue

    Le recueil des lettres des Poilus de 14-18 m'avait déjà inquiété sur le respect de notre langue quand on compare le choix de leurs mots avec les usages actuels. Cette lecture m'avait beaucoup questionné : la place du respect de l'histoire du pays, le sens du dévouement, la place de la "fatalité", le courage face aux épreuves et cette qualité d'écriture avec des mots justes.

    Cette inquiétude a été confortée et amplifiée par l'un des cadeaux d'hier : 150 questions de grammaire issues des exercices de Pierre Larousse. A la fin du XIX ème siècle, Pierre Larousse publie des ouvrages pédagogiques qui sont des tests et des conseils sur la langue française. 

    Enseignement livre

    Les éditions Larousse viennent de rééditer ces documents. 

    150 questions qui ré-ajustent les

    (suite…)

  • Center Parc Roybon : des commentaires irréels

    A partir de quel niveau, la démocratie française comprendra-t-elle qu'à force de cautionner et amplifier des mauvaises méthodes, elle pénalise à l'excès le débat public.

    Dans le dossier de Center Parc de Roybon, la situation est simple.

    Pour que le juge des référés prenne une décision de suspension, il faut reconnaître l'urgence et l'existence de doutes sérieux sur la procédure en cours

    C'est une procédure saine puisqu'elle vise à éviter un "passage en force" dans l'attente d'une décision sur le fond.

    C'est une procédure d'autant plus saine qu'elle exige "un doute sérieux" sur la légalité de la décision contestée. Il ne s'agit donc pas d'un doute simple mais bien au-delà. 

    Contrairement à de nombreux commentaires , ce dispositif est salutaire. Ce d'autant plus que sur le fond des délais naturels sont nécessaires pour l'examen au fond comme pour le respect des échanges entre les parties dans le cadre du contradictoire.

    A partir du moment où le doute sérieux est constaté, c'est que la procédure suivie encourt un doute sur sa légalité, ce qui n'est pas une "accusation légère".

    Justice

    Sur ces bases, le  commentaire naturel aurait dû consister unanimement à regretter que Pierre et Vacances n'ait pas respecté un texte important et se féliciter que la décision du Juge soit une avancée qui garantisse une procédure de décision irréprochable.

    Qu'un particulier ou une Commune de petite dimension puissent être excusés pour la méconnaissance d'un élément de procédure, c'est compréhensible. Mais un groupe comme Pierre et Vacances, pour un projet de plus de 300 millions d'euros, c'est d'une extrême gravité car ce ne sont pas les conseillers ou experts qui font défaut.

    A l'opposé que constatons-nous ?

    1) des parties au conflit transforment une procédure judiciaire en

    (suite…)