La France en milieu urbain pourrait-elle résister à une vague de froid comparable à celle actuellement connue par la cote Est des Etats-Unis ? Il y a matière à sérieusement en douter. Lors d'entretiens téléphoniques avec des amis ou des relations professionnelles dans ces territoires, la présentation des actuels moyens déployés sur place est impressionnante. En France, la semaine dernière, un vent du sud qui fait fondre la neige rapidement + deux jours de pluie et les dégâts sont considérables. Pourquoi ? Parce que le terrain est le nouvel inconnu en France. Dans les Communes que je connais bien, les dégâts sont intervenus en copier-coller aux endroits de février 1990. Parfois au mètre près. C'est difficile pour la nature d'inventer une coulée de boue en pleine zone de plaine. Il y a quand même des logiques de tracés construits par des éléments naturels sur des décennies. Mais sur ces endroits répertoriés, depuis des années, rien n'avait été fait. Tout est à l'abandon quand ce n'est pas en plus un déboisement qui amplifie l'exposition aux risques naturels. Ces travaux sont trop ingrats pour mériter l'attention. Pire, bon nombre des décideurs ne connaissent pas le terrain. Ils n'y viennent jamais. Quand le Préfet de l'Isère met en cause des constructions récentes, où sont-elles sur la route principale du Gua ? Aux Côtes Bernard à St Paul de Varces ou à Brise Tourte ? Connait-il seulement la date de construction de la maison à Claix ? Qu'est ce qui a changé dernièrement : la maison ou une coupe forestière ? Aujourd'hui, la vraie différence en France est entre ceux qui connaissent le terrain et ceux qui parlent du terrain. L'écart apparait immédiatement dans l'entreprise comme en politique. De façon inquiétante ceux qui parlent sans chercher à connaitre le terrain sont de plus en plus nombreux de façon accélérée. Or c'est le terrain qui a toujours raison puisque c'est la vie réelle.
Catégorie : Boston
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De la sacralisation du discours à la reconnaissance de l’encre éphémère
En 2017, le Musée Kennedy à Boston a fêté avec succès le 100 ème anniversaire de la naissance de John Kennedy. Parmi les souvenirs forts, il édite un livre superbe de 486 pages avec des photos inédites et un thème : la vision de John Kennedy à travers ses discours avec les commentaires d'universitaires … Dans le même temps, que constate-t-on à la même date ? La consécration de l'encre éphémère pour faire vivre des messages sur des trottoirs. Toute la désacralisation de l'écrit se résume dans ce choc. Il y a une génération qui, 55 ans après la mort d'un chef d'Etat, en est encore à scruter des discours, des écrits, des formules comme elle fut passionnée à l'époque par l'identification des rédacteurs (Ted Sorensen ?) ou par celle des inspirateurs clefs (Robert Kennedy ?) et une nouvelle génération qui imagine que, marcher sur une formule écrite sur un trottoir, peut impacter les esprits mieux qu'un discours avant de s'effacer 5 jours plus tard … Une évolution inimaginable. Et pour quelle étape suivante ?
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Une vie de crayon ou l’hommage mérité
Cette semaine, à juste titre, Emmanuel Macron a remis à l'honneur le crayon en rendant hommage à Jean d'Ormesson conformément à ses souhaits. Ce crayon était un souhait de l'écrivain, qu'il avait formulé il y a quelques années. "A l’enterrement de Malraux, on avait mis un chat près du cercueil, à celui de Defferre c’était un chapeau, moi, je voudrais un crayon à papier. Les mêmes que dans notre enfance. Ni épée, ni légion d'honneur, un simple crayon à papier", avait déclaré Jean d'Ormesson. Pour ceux qui aiment l'écriture le rapport au crayon est particulier. Sur mon bureau, j'aime la compagnie indispensable des crayons (cf photo ci-dessus). D'abord, il n'y a pas un seul crayon mais une gamme très large avec une vie associée à chaque catégorie. Il y a les crayons des voyages : ceux ramenés de déplacements, de voyages. Puis il y a le crayon avec gomme qui porte sur lui la chance de la correction immédiate, la liberté de la seconde écriture. Ensuite, il y a les crayons des couleurs. Ils nous rappellent que quand nous étions enfants, c'était le crayon de nos premiers dessins. Pour les adultes, la couleur, c'est le crayon des annotations. Enfin, il n'y a pas de crayon sans taille … crayons : le moment de la concentration, de la respiration. En fonction de sa taille, un crayon peut aussi avoir plusieurs vies et terminer dans l'agenda de poche : la "consécration" par la présence permanente dans la poche la plus proche du coeur. Parfois dans l'écriture, le crayon deviendrait un sous-produit du stylo, plus noble. C'est faux. Le crayon par le bois est toujours noble. Il ne tâche pas. Il ne bave pas des gouttes d'encre. Bref, il est propre. Sain. Naturel. C'est un hommage mérité qui a aussi été rendu aux crayons. Ils le méritaient bien eux aussi.
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Boston Magazine et la photo de la semaine
Boston Magazine a consacré mardi un reportage magnifique à Mike Dukakis. Mike Dukakis a été Gouverneur du Massachusetts. Dukakis a été candidat à la présidentielle 1988. A cette époque, il quadrille les Etats-Unis d'Est en Ouest. Du Nord au Sud. Il se détache. Puis le Parti Républicain lance contre lui une campagne négative d'une violence extrême.Il se moque de son supposé pacifisme pour le scotcher à Carter. L'équipe de Bush père lance même une campagne sur la pollution du port de Boston et sur la situation d'un violeur en imputant à Dukakis des responsabilités qui ne sont d'ailleurs pas les siennes. La campagne bascule : Dukakis perd. Et l'article du Boston Magazine, c'est un reportage simple : comment vit Dukakis 30 ans plus tard ? Que disent ses voisins ? Comment se comporte-t-il 30 ans plus tard ? Une photo résume tout (cf ci-dessus). Des baskets aux pieds, un symbole comme dans "le bonheur est dans le pré" ou quand on découvre la douceur des Nike … Le pantalon chino si populaire à Boston. Mais le clin d'oeil du blouson de cuir. C'est la question qui manque dans le reportage car c'est un symbole fort attaché à la campagne 88. Au moment où Dukakis subit les assauts sur son "pacifisme", Bush ressort son blouson supposé symboliser son passé d'aviateur pendant la seconde guerre mondiale. Les symboles vestimentaires devaient alors creuser le fossé entre d'un côté le "pacifiste" (Dukakis) et d'un autre côté le "guerrier" (Bush père) avec le blouson comme symbole. Voir Dukakis, 30 ans plus tard, avec un blouson de cuir doit avoir une signification. Mais ce volet mis de côté, tout le reste est un pur délice. A 84 ans, il enseigne toujours. Il part sur le chemin avec un sac plastique pour ramasser les détritus puis les déposer dans une poubelle. Il prend le métro … Il vit comme il avait été candidat : en promettant de la modération et de la simplicité. C'est dommage que les campagnes électorales demandent ce brin de folie et de démesure qui fait souvent les vainqueurs. Parce que c'est quand même agréable et rassurant de constater de tels exemples d'humilité, d'équilibre, de paix intérieure dans la vie de tous les jours.
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Quand l’innovation crée un réel nouveau monde
La semaine dernière, Charlie Baker (photo ci-dessous) a officiellement lancé sa campagne électorale à Boston pour 2018. En 30 ans, tout a changé. Rarement à ce point l'innovation a créé un réel nouveau monde. A cette époque, j'avais publié un guide des campagnes électorales que Libération avait salué comme l'équivalent des "annales du bac" pour un … candidat. L'idée était née de la participation à une campagne électorale sur Boston. Le guide pratique remis contenait tous les conseils pratiques utiles : sondages, lettres, porte à porte … Novatrice, ma publication a connu un succès sérieux ce d'autant plus que le dispositif choisi alors exclusivement version papier rendait impossible la duplication. La semaine dernière, lors d'un entretien avec un observateur attentif des campagnes électorales sur Boston que je connais depuis cette époque, date de sa participation à une campagne de John Kerry, il me donnait les repères probables des actions de Baker. Rien ne subsistait des méthodes d'hier. Il y a bien des domaines où l'innovation a créé un réel nouveau monde, ce qui est passionnant puisque rien n'est plus morne qu'un monde immuable, figé, bloqué. Dommage que la réglementation française encadre tant la capacité d'innovations tous domaines confondus.
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Les 2 points faibles majeurs du système français
Demain 16 novembre, May Boeve (photo ci-dessus) va recevoir le prix "nouvelles frontières" décerné par la JFK Library à Boston. Son association 350.org fait des actions concrètes remarquables pour la lutte contre le réchauffement climatique. Ils demandent rien à l'Etat. Ils font. Ils agissent. Ils vivent leur citoyenneté en permanence c'est à dire en téléphonant à leurs parlementaires avant les votes, en publiant les votes … C'est un message fort au moment où la COP23 à Bonn multiplie les impasses manifestes montrant l'immensité du fossé entre les mots et les actes, entre les mots et les financements. En France, tout est attendu de l'Etat. Si l'Etat ne fait pas, on dirait que toute autre action est impossible, illégitime, vouée à l'inefficacité, à l'échec. Or l'Etat français c'est le "nouveau pauvre" du nouveau siècle. Tous les budgets que je connais de façon détaillée sont gérés pour sauver la vitrine mais mettre le back office à la diète la plus sévère. 1er point faible redoutable, l'Etat ne change pas la donne pour rendre l'action à la société civile.
Second exemple, lundi 13 novembre, Bill Gates sur son blog a posté une vidéo annonçant qu'il donnait 50 millions de dollars à un centre de recherche sur Alzheimer. Les maladies neuro-dégénératives sont le prochain fléau. C'une tragédie humaine individuelle et familiale terrible. C'est un gouffre financier collectif immense à venir. En un jour, son don représentait 5 fois ce qu'en France, la principale association collecte par an à partir de 87 108 donateurs en 2016. En France, les noms des "méga riches" sont connus via Panama Papers ou Paradise Papers. Comment est-il possible d'imaginer que notre pays pourrait se réconcilier avec la légitimité morale de créer d'immenses fortunes quand des noms emblématiques ne vivent que la richesse cachée égoïste ?
Avec de tels points faibles (le non sens dans la direction de l'Etat comme la faillite admise de l'image de marque des grandes fortunes), la France cumule deux points faibles majeurs dans le monde moderne. A circonstances constantes, ce sera difficile de s'en remettre.
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Une réalité à mieux considérer : la personnalité géographique
Il m'a fallu beaucoup de déplacements pour me faire à une idée : la personnalité géographique existe. Un territoire a une Histoire qui forge un tempérament local. Et ces tempéraments peuvent changer considérablement d'un territoire à l'autre. Ces personnalités géographiques doivent être intégrées, respectées sinon les chocs sont terribles. Je ne connais pas bien la Catalogne, voire même pas du tout. Donc je ne peux pas en parler de façon détaillée. Une des rares fois où j'y suis allé c'était avec Alain Mérieux dans le cadre des moteurs de Rhône Alpes. Pour ce qui était pour moi une "région d'Espagne parmi d'autres", la rencontre avec Jordi Pujol m'était apparue irréelle : déjà un chef d'Etat. Puis, plus les déplacements ont été nombreux, plus cette réalité de la personnalité géographique m'est apparue manifeste. Avec parfois des surprises considérables entre les idées de départ et les réalités perçues à l'exemple des relations entre le Québec et les français. Cette personnalité géographique est construite par de nombreux facteurs dont l'Histoire. A force de marginaliser l'Histoire, trop de tendances durables sont sous-estimées, parfois même oubliées. Cette Histoire génère des codes, des usages, des réflexes. Et des divorces brutaux deviennent implacables si ces composantes sont inconnues ou méprisées. C'est tout le problème des néos dans une géographie. Il faut beaucoup d'humilité, de curiosité pour apprendre quand on est nouveau. Sinon des décalages naissent vite. Avec les migrations actuelles d'origines diverses (économiques, pauvretés, guerres …), c'est un enjeu qui va prendre une importance croissante manifeste. Cette réalité mériterait d'être mieux considérée dans de très nombreux endroits.
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Nicolas Hulot face à 14 Etats !
Cette semaine, Nicolas Hulot a officialisé que le Gouvernement entendait effectuer une économie de 136 millions d'euros sur les Agences de l'Eau l'an prochain. Et des chiffres considérables circulent au sujet de la baisse de moyens dans le prochain contrat pluri-annuel. C'est grave face à l'actualité. Mais surtout, c'est la démonstration que le Gouvernement refuse de considérer l'environnement comme un vecteur de croissance économique. Au même moment, aux Etats-Unis, 14 Etats viennent de s'engager pour des efforts prioritaires à destination de l'environnement. Californie, Colorado, Connecticut, Delaware, Hawaï, Massachusetts, Minnesota, New York, Caroline du Nord, Oregon, Rhode Island, Vermont, Washington et Porto Rico (qui n’a pas le statut d’État) : voilà la liste à ce jour des 14 Etats qui entendent se démarquer des orientations fédérales américaines pour continuer à respecter les orientations de la COP21. Ces États représentent 40 % de la population américaine et, en cumulé, la troisième puissance économique de la planète. Ils entendent surtout montrer qu'il est possible de respecter une priorité donnée à l'environnement et vivre une forte croissance économique. A suivre avec intérêt pour voir qui de Nicolas Hulot ou de ces 14 Etats a raison…
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Le temps est un grand justicier …
De façon surprenante, la France reste actuellement à l'écart d'une tendance qui mérite l'attention en Amérique du Nord : la prise du pouvoir par les femmes. Prenons des exemples concrets récents qui sont autant de barrières qui volent en éclats. Le 25 septembre 2017, pour la première fois dans l'histoire des armées américaines, une jeune femme va commander une unité d'élite des US Marines vouée aux combats. Toujours aux Etats-Unis, à qui le Parti Démocrate confie-t-il la mission de redéfinir son positionnement pour les élections intermédiaires de novembre 2018 ? A Cheri Bustos, qui en 2016 a a gagné sa circonscription avec 20 points d'avance là où Trump le même jour de vote devançait Clinton de 2 points ! Et la présidentielle 2020 qui commence à démarrer, qui émerge dans les premiers sondages fédéraux ? Elizabeth Warren, Kirsten Gillibrand … Et du côté des Républicains, l'étoile montante c'est Nikki Haley, Ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU. En matière économique, l'un des pôles d'innovations les plus performants, c'est le MIT. Qui dirige l'un des laboratoires de recherches les plus stratégiques pour les prochaines années ? Daniela Rus ! Et tout dernièrement, hier soir, au Canada, lors d'une élection partielle dans une circonscription présentée comme "imprenable", qui gagne contre tous les pronostics ? Geneviève Guilbault, 34 ans ! Et la liste pourrait durer longtemps. Un changement est intervenu. Le temps des femmes et celui d'une nouvelle génération est arrivé. C'est étonnant combien la France est encore à l'écart de cette tendance qui s'explique ailleurs avec pourtant beaucoup de cohérence.