Denis Bonzy

Catégorie : Barack Obama

  • Une démission climatique en toute discrétion …

    Espèces d'ours 2 13 10 16

    Il y a 15 jours, la COP22 décalait à la COP24 (2018) l'arbitrage sur les mesures concrètes visant à appliquer les orientations de la COP21 (Accord de Paris de décembre 2015). Précisément, l'Accord de Paris ne trouvera pas application avant le 1er semestre 2019 puisque la COP24 se tiendra en novembre 2018. 3 ans de perdus. 

    Le débat des primaires de la Droite s'est terminé il y a une semaine. A-t-il été question du réchauffement climatique ? Jamais. Comme si le sujet n'existait pas. 

    Et la liste pourrait continuer longtemps. Ainsi, exemple parmi d'autres, au Canada, Justin Trudeau vient de céder sur deux nouveaux oléoducs…

    Tout se passe comme si la démission climatique s'installait. C'est ce qui explique que le Pape en soit conduit à demander aux scientifiques de se mobiliser parce qu'il ne croit plus aux politiques. Une situation irréelle. 

    Sur un sujet décisif pour son devenir, la planète court manifestement à une crise de plus en plus grave mais au moins elle y va avec discrétion, comme si de rien n'était … bref avec la même méthode que les années qui ont précédé la crise financière de 2008. 

  • Gouvernance et impopularité ne sont pas irrémédiablement jumelles

    Obama 3 18 11 16

    Il faut reconnaître au moins une qualité aux nuls : leur capacité à dénicher des plus nuls qu'eux pour ne pas avoir à souffrir la comparaison. Sur le fond, c'est un vrai savoir faire qui rythme actuellement la vie publique française. En conséquence, progressivement, elle s'est installée dans cette culture que gouvernance et impopularité seraient jumelles. Ce qui est faux. Hier, un institut de sondages fiable (Quinnipiac University) a publié un sondage sur Obama affichant une cote d'insatisfaction de … 22 % ! La défiance est pour lui le double de la cote de confiance pour le Président français c'est dire qu'à confiance comparée Obama inflige un 4 / 0 à Hollande. Mais en France maintenant, même en dehors de l'approche la plus difficile qu'est l'intention de votes, les sondages sont disqualifiés. Tout est disqualifié : les chiffres publics, les sondages privés … Un néant abyssal comme si la nullité devenait irrémédiablement contagieuse sans frontière … Heureusement qu'il existe encore des chefs d'Etat qui échappent à ce terrible constat. Les raisons sont évidentes. Mais il peut encore exister en France de la Cour et des obscurantistes pour se demander pourquoi … 

  • Quand le culte de la vitesse dépasse le respect de la précision

    Vote 15 11 16

    Le système électoral n'échappe pas au culte actuel de la vitesse. Tout doit aller très vite. Un vote à peine fini, le résultat doit immédiatement être connu. Aux Etats-Unis, il faut effectuer actuellement deux constats. D'une part, la différence réelle entre Hillary Clinton et Donald Trump n'est pas de quelques centaines de milliers de voix mais de 2 017 563 voix en faveur de la … perdante. Clinton a recueilli 64 223 958 voix / Trump 62 206 395. C'est un écart significatif. Mais le constater ne revient pas à pouvoir contester l'élection car le dispositif juridique est différent du décompte fédéral global. En revanche, d'autre part, plus sérieuses sont les actuelles contestations sur les décomptes dans 3 Etats (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie). Là, il s'agit au total de 46 grands électeurs. Quand Trump a réuni 290 grands électeurs et qu'il y a matière à contestation sur 46 d'entre eux, le sérieux du dossier change. Le dossier du Wisconsin montre que l'objet de la contestation est sérieux notamment dans l'écart dans le croisement entre des chiffres d'électeurs et de résultats pour des montants significatifs (de l'ordre de 7 %).

    C'est comme en France, l'étape de la primaire dimanche dernier qui consistait à devoir signer la "charte de la droite". Au départ, bon nombre des participants croyaient à juste titre devoir apposer leur signature au bas d'une page ayant le contenu même de la Charte. Loin de cette étape formelle, il s'agit d'apposer sa signature sur un registre électoral valant acceptation de la Charte. L'étape est psychologiquement entièrement différente. Tout particulièrement quand 600 000 participants peuvent être considérés comme n'approuvant pas cette Charte. Un chiffre qui signifie que le 1er aurait peut-être pu être élu dès le 1er tour dans un scrutin respectueux des vrais codes (?). Comme que le troisième aurait pu être le second. 

    Quand la démocratie désacralise des règles pour céder à la rapidité, elle n'en sort rarement grandie.

  • La vraie leçon américaine que l’establishment français ne veut toujours pas voir

    Trump 05 09 15

    Dans une démocratie, le pouvoir politique ne gagne jamais contre l'opinion. Et contrairement aux idées reçues, l'opinion n'est pas changeante. Elle n'est pas versatile. Elle est d'une remarquable constance dans ses choix. Prenons précisément les Etats-Unis. Les messages ont toujours été dans le même sens depuis 2008. A chaque consultation populaire. Et puis un jour, l'ultime digue saute. 

    Le parallèle avec la France est impressionnant. En France, le message passe depuis 2002. Quel est le message ? Pour l'essentiel, il se compose de 5 griefs majeurs :

    1) Il n'est pas possible de continuer avec un système politique classique devenu répulsif à ce point. 

    2) D'où naît cette répulsion ? Pour l'essentiel de la fracture entre les représentants politiques et l'opinion. Les 1ers n'ont pas été capables de prévoir la crise. Ils sont incapables d'en assurer une sortie rapide. Mais surtout, eux à la différence de l'opinion, n'ont pas été frappés par la crise. Rien n'a changé à la baisse dans leurs statuts matériels : rémunérations, retraites, avantages multiples… Comment peuvent-ils parler de la crise quand ils y échappent à ce point ?

    3) Quand un foyer a tout perdu, qu'a-t-il à faire de la "convenance politique" ? Des votes présentés comme "impossibles" ou pire encore comme "interdits" ?

    4) Jusqu'où faut-il aller pour être enfin entendu ? A quoi peuvent répondre des alertes qui ne fonctionnent plus ? Qui ne sont jamais écoutées ? Jamais suivies d'effets pratiques ?

    5) Qu'y-t-il encore à craindre d'un avenir qui comporte aussi peu d'embellies avec le système habituel devenu insupportable et insupporté ?

    Quand on regarde avec lucidité toutes ces questions et surtout toutes ces étapes, le vote "impossible" trouve beaucoup de "circonstances atténuantes". 

    Et la leçon américaine parait bien voisine de la situation française … Et pourtant beaucoup est déployé pour ne pas la voir.

  • Les virages réels majeurs

    Obama 2 18 11 16

    Trois virages considérables viennent d'intervenir et ouvrent le nouveau siècle sur des bases différentes :

    1) Le Brexit marque la contestation populaire profonde d'un échelon européen sans légitimité démocratique directe perçu comme la dépossession des nations comme des Etats. La sortie de la Grande-Bretagne est un échec terrible pour l'Europe et il faudra des décennies pour que cette puissance économique reconsidère sa position,

    2) L'élection de Trump ou la victoire des revanches populaires : un système politique est devenu tellement répulsif que le candidat qui casse tous les codes classiques de la "normalité" devient le porte-voix des exclus qui sortent voter pour l'occasion,

    3) Et hier, les déclarations d'Obama sur l'Allemagne : c'est la reconnaissance explicite, officielle de son leadership sur l'Europe hors Grande-Bretagne. Et aujourd'hui, les autres leaders doivent se déplacer à Berlin pour s'associer au message de départ d'Obama. Signe que l’Allemagne est la capitale, c’est à Berlin que Barack Obama fait ses adieux aujourd'hui aux dirigeants britannique, espagnol, italien et français qui se joignent en fin de visite pour une cérémonie groupée.

    Beaucoup est organisé en France actuellement pour ignorer ces virages. Mais sur le fond, ils sont chacun le marqueur de changements profonds de première importance durable.

     

  • Le mot du jour : la disruption !

    Obama 5 04 09 15

    Aujourd'hui le mot clef de la journée sera : la disruption. C'est quoi ? C'est le choix de la rupture forte dans les thèmes comme dans les idées. C'est la principale novation de Donald Trump : casser le discours conventionnel. Et Donald Trump l'a fait à sa "manière" sur les sujets les plus "chauds" dont l'identité et l'immigration.

    C'est la disruption qui est attendue actuellement pour sortir de discours et d'approches usés, discrédités, dévalorisés.

    Dès le 7 avril 2016 sur Medium c'est le sujet de fond que j'ouvrais alors.

    Pour naître, la disruption demande du courage et de l'honnêteté.

    Du courage, puisqu'il faut prendre de l'avance sur la bien pensance du moment. 

    De l'honnêteté, parce que l'avance est un immense pari : celui de rester seul alors que pour une fois l'attente est d'être rejoint, vite et en grand nombre.

    En novembre 2008, lors d'une rencontre à Boston au Starbucks de Cambridge Galleria avec un responsable de la campagne d'Obama, son amertume était terrible. Il avait défendu tôt la disruption et le succès avait fait passer son avance puisqu'il était trop rattrapé. 

    La disruption est une mentalité : être soi-même. Puis, selon les circonstances, il y a un moment où la rencontre est possible pour tant d'autres moments où elle ne l'est plus ou pas. Comme actuellement, la disruption c'est reconnaître qu'Obama a été un excellent président et s'il avait été personnellement candidat il aurait gagné le choc entre les colères et le positif. C'est quand le positif (l'espoir) est trop faible que les colères gagnent. Quand l'espoir est là, fort et fiable, la nature humaine lui donne un avantage sur les colères. 

    Et aujourd'hui, en France, la disruption, c'est l'espoir, l'optimisme, la modération. 

  • La politique française et son mimétisme au rabais

    Vote 15 11 16

    C'est consternant de constater depuis une semaine combien la politique français vit au rythme du mimétisme au rabais. En 2008, l'Obamamania frappait. C'était à l'homme politique français qui reprenait les méthodes d'Obama : nouvelles technologies, cool attitude … Et là ils deviennent les "enfants de Trump" : les sondages sont contestés, les journalistes commencent même à devenir chahutés …

    Mais comme à chaque fois que la France copie un usage américain, elle le fait à moitié et encore. Prenons des exemples précis. 

    1) La primaire : pourquoi faut-il voter tous en un seul jour ? N'y avait-il pas matière à concevoir des votes progressifs dans le temps commençant par telle ou telle région puis passant à d'autres ? Cette succession de votes permet la sélection et non pas l'actuelle caricature de débats avec les réponses en 1 minute par candidat. Les derniers débats auraient permis alors de vraies explications entre ceux qui ont co-géré la France dans les 10 dernières années …

    2) Le militantisme pour la primaire : que sont ces candidats qui n'imaginent qu'exceptionnellement de ne pas dormir dans leurs lits parisiens bien douillets ? En France, à de très rares exceptions, une visite en province c'est partir de Paris le matin pour rentrer sur Paris le soir. Mais il n'y a plus de "plongée" durable au "coin de la rue" pour des explications non suivies par les médias. Il y a même des départements démographiquement importants qui n'auront reçu la visite d'aucun candidat (Isère et BLM (?), Isère et NKM (?) …).

    3) La contestation du "système" : en France, ce sont les membres du système, vivant de la politique depuis 30 ans pour les plus jeunes qui … contestent le système. Comment imaginer que les seuls mots puissent faire oublier les réalités durables ? Comment contester sérieusement le système qui les a nourris toute une vie ?

    Ce mimétisme au rabais conduit à la catastrophe parce qu'en France comme ailleurs l'opinion veut exprimer ses colères et surtout changer les habitudes qui ont produit des résultats aussi catastrophiques.

  • Politique : à quand le retour de la vérité et du sens des mots ?

    Trump 06 11 16

    La victoire de Trump, c'est d'abord la défaite de la vérité et la défaite du sens des mots. La vérité existe y compris en politique. Elle existe pas seulement en matière économique ou scientifique. En politique, la vérité c'est quoi ? C'est respecter des faits à la matérialité établie.

    Prenons des exemples concrets :

    1) Trump dit être "neuf en politique". C'est faux. En 1988, il candidate auprès de Bush senior pour entrer dans son équipe. En 1999, il envisage de se présenter à la présidentielle sous l'étiquette du "parti de la réforme" de Ross Perot. Sa candidature est sondée. Il fait moins de 5 % et se retire. En 2008, il finance officiellement Hillary Clinton dans la primaire démocrate et quand il voit que Barack Obama va gagner il lance la campagne du certificat de naissance pour contester à Obama la qualité juridique à candidater. En 2012, il hésite contre Romney (ses vidéos sont toujours accessibles sur YouTube). 

    Trump est tout sauf neuf en politique.

    2) Il dit ne pas appartenir à l'establishment. Mais par sa profession (immobilier), c'est aux Etats-Unis le métier où les liaisons dangereuses entre l'économie et la politique sont les plus étroites.

    Il fait partie de l'establishment.

    3) Il a développé la promesse du "succès contagieux". Mais personne ne connait la réalité de son succès. Il a refusé de publier sa feuille d'impôts. Et les analystes parlent d'abord de l'endettement colossal de son groupe en milliards de dollars certes avec des actifs en contrepartie mais avec un endettement record dont des montants considérables "effacés" par des étapes de mises en faillites. 

    4) Il fait toute sa campagne des primaires sur le thème "comme je finance ma campagne, je suis libre de mon expression à la différence des autres candidats". C'est faux. Trump ouvre une ligne de crédit au profit de son comité de financement. Il lui facture la mise à disposition de matériels, de locaux … Mais il n'exige pas le paiement immédiat. Ce n'est qu'en fonction des disponibilités de son comité de financement qu'il se rembourse. Il y aurait eu financement par Trump s'il avait versé un montant. Il ne l'a jamais fait. Des remboursements ont déjà eu lieu. Donc des financements par des tiers. Si bien qu'il y a trois semaines, Tom Barrack, l'un de ses gros financiers, était dans l'incapacité de donner un montant de la contribution personnelle de Trump à sa campagne.

    Quand la vérité de faits établis n'a plus de défenseur, le mensonge ou l'illusion peuvent s'installer en toute tranquillité. 

    Il en est de même pour le sens des mots. Il a fallu attendre le 22 octobre 2016 pour que Trump sorte des vagues formules pour présenter des mesures concrètes.

    Que dit-il le 22 octobre 2016 ?

    1) "le réchauffement climatique n'existe pas" : toutes les études scientifiques prouvent le contraire. Sur ce plan là, Trump n'est pas contredit sérieusement. Bien davantage, il s'engage dans les 1ers 100 jours à supprimer les aides annuelles des Etats-Unis au fonds des Nations Unies contre le réchauffement climatique. L'un des pays les plus gros pollueurs au monde sort du cycle des solutions, c'est tout l'édifice qui s'effondre,

    2) il se dit "protectionniste". Il est isolationniste, ce qui est très différent. Il annonce expulser "immédiatement" 2 millions d'immigrants ayant fait l'objet de peines de prison vers leurs pays d'origine et si le pays d'origine ne les accueille pas, il supprime les visas pour tous les citoyens du pays concerné. Pour les clandestins qu'il estime à 11 millions, il annonce les expulsions immédiates avec un minimum de 2 ans de prison dans le cadre d'une sanction fédérale en cas de retour. Dans les deux cas, c'est impossible à gérer.

    Et la liste des mesures "impossibles" est longue.

    Quand un vote intervient sans que des faits à la matérialité établie n'aient une place ni des mots n'aient un sens, il ne faut pas être surpris d'un résultat qui puisse échapper à toute raison. Parce que dans de telles circonstances, la raison avait quitté le champ du débat depuis longtemps déjà et sans le moindre défenseur pour la ré-introduire sérieusement. C'est sur ce dernier point que la crise est la plus grave.

  • Le jour où les digues sautent …

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    Comme indiqué hier, les crises n'ont jamais vécu avec une démocratie apaisée, modérée. Mais là, les crises produisent des effets rapides, considérables. Que peut perdre une personne qui n'attend plus rien du "système" ? Rien. Elle est donc prête pour la sanction qui assouvit son besoin de vengeance. En 6 ans, le Tea Party a gagné. Voilà la réalité ! Né en 2010, il sera peut-être à la Maison Blanche dès 2016 si dans l'heure qui vient les tendances actuelles sont confirmées. Car Donald Trump a repris toutes les idées les plus caricaturales du Tea Party. L'idée du mur était exprimée dès 2010 par des candidats du Tea Party. Par son charisme, Obama était une digue. Sans Obama, les digues ont sauté. Une leçon qui dépasse de loin les seuls Etats-Unis.

    En 2008, on m'avait remis la casquette souvenir de l'installation du 44 ème président (Obama). La semaine dernière, j'avais reçu par des amis celle du 45 ème avec un clin d'oeil sympa à … Trump. Je prenais cet envoi pour une douce plaisanterie. Aujourd'hui, le regard est différent … comme les échanges de mails d'hier auxquels je n'ai pas accordé l'importance méritée. De quoi beaucoup réfléchir …

  • Dans 48 heures, il sera plus difficile de dire du bien des Etats-Unis …

    Obama 04 04 16

    Les relations entre les Français et les Etats-Unis sont compliquées, rarement au beau fixe. De façon surprenante d'ailleurs par rapport à certains liens historiques étroits. Pendant les 8 dernières années, il y eu une génération particulière "les Obaméricains". Des Français qui d'ordinaire sont critiques vis à vis des Etats-Unis mais qui étaient sensibles au style Obama. Lui bien sûr. Elle encore plus. Une séduction qui a beaucoup compté sur le plan international après les années répulsives de la présidence Bush.

    Dans 48 heures, en cas de victoire de Trump, l'américanophobie française vivra ses plus belles heures.

    Dans l'hypothèse d'un succès de Clinton, ce sera plus modéré. Mais un lien de charme sera rompu. Pour celles et ceux qui aiment les Etats-Unis, il leur reste donc 48 heures pour s'exprimer sans avoir à argumenter contre un flot de griefs. Une page se tourne réellement. Dommage.