Denis Bonzy

Catégorie : Barack Obama

  • Ne plus vouloir ce dont on a plus envie

    Anciens présidents us en vie

    A ce rythme, Emmanuel Macron va vite réhabiliter le profil de seniors pour les prochaines élections. Depuis de nombreuses années déjà, l'opinion publique moderne vit en s'affirmant par des contrastes forts. La caricature des contrastes, c'est les Etats-Unis. La présidentielle vit au rythme des contrastes vifs et depuis longtemps déjà. Début des années 70, Nixon et Ford sombrent dans le machiavélisme, conséquence directe : élection du moraliste Jimmy Carter. Carter est perçu comme trop "innocent" affaiblissant la puissance américaine. Conséquence directe : élection de Ronald Reagan, le cow boy qui n'hésitera pas à ré-armer la puissance américaine. Bush Sr lui succède dans la foulée de la popularité de Reagan mais il est hautain, lointain. Conséquence directe : un brave gars simple du petit Etat de l'Arkansas est élu : Clinton. Mais Clinton sombre dans des frasques sexuelles. Conséquence : élection de GW Bush qui affiche sa foi religieuse comme rédemption des années peu "sérieuses". Bush vit au rythme de "simplicités" assez énormes : les "bushismes" qui suscitent des moqueries. Conséquence : élection d'un intellectuel nuancé aux repères quasi-européens qui font choc avec les "vérités primaires" de l'ex président texan. Après les nuances (Obama), c'est le rouleau compresseur Trump. La logique voudrait que Trump ouvre la voie à un profil plein de modération et de morale. Bref, l'opinion publique moderne fonctionne à coups de volant radicaux. La France n'échappe pas à cette "méthode". Chirac, "roi fainéant" ouvre la route à l'énergique Sarkozy. Ce dernier passe d'énervements en énervements, il ouvre la voie au "paisible Hollande" plus "rond" et consensuel. Mais le consensuel est perçu comme faible, fragile, trop "normal", ce qui ouvre la voie à la jeunesse brillante rebelle : Macron. Mais si Macron donne rapidement le visage d'une jeunesse cassante, arrogante, qui sait tout mieux que les autres, le prochain profil performant sera celui d'un senior sage, à l'écoute, plein de précautions … Choisir n'est pas tant élire qu'éliminer. Et celui qui exerce une fonction en poussant certains traits de tempéraments à l'extrême devient le plus sûr prometteur de son … contraire. C'est la règle du "ne plus vouloir ce dont on a plus envie" … 

  • Le clic inconscient …

    Obama militante

    Il flotte actuellement un "effet Macron" qui peut produire des effets particulièrement inattendus et imprévisibles en France : le clic inconscient. Dans les discussions, c'est la culture de la "jeunesse retrouvée". Les français n'avaient pas perdu leur jeunesse, leur vitalité, leur énergie. Elles étaient juste égarées. Mises au placard. Ils viennent de les retrouver. La façon de donner raison à un adage plein de bon sens : "nous ne cessons pas d'avoir du plaisir quand nous devenons vieux. Mais nous devenons vieux quand nous cessons d'avoir du plaisir". Et ce pays hier allergique aux réformes découvre le plaisir de … réformer. Des citoyens si prompts à la moue redécouvrent l'effet positif du … sourire. J'ignore combien de temps cet état va exister mais pour le moment il est là, synonyme de nouvelles attentes, de nouveaux désirs, de nouveaux espoirs. C'est le clic inconscient de la présidentielle. les français votaient pour un président et ils héritent d'une vitamine collective. Rare à ce point. La dernière fois où j'ai ressenti cette ambiance, c'était aux Etats-Unis en 2008. Une légèreté qui changeait de l'ambiance pesante, agressive, hostile des années Bush. D'un coup, l'avenir redevenait le voisin espéré, possible. Si cela se vérifie dans les urnes dimanche, c'est à la fois l'héritage le plus positif et la responsabilité la plus lourde pour la nouvelle majorité. 

  • Le leadership public moderne : d’abord être aimé pour que le reste soit possible !

    Obama 2 06 09 16

    La leçon principale des démocraties occidentales : pour bien gouverner, un socle indispensable : être aimé. Et le reste est alors possible. La démocratie d'opinion est une démocratie d'adhésion. Pour un responsable politique, être aimé c'est quand le regard sur lui fait disparaître tous les reproches qui seraient objectivement faits aux autres. Etre aimé emprisonne les critiques. Les modère. Les gomme même parfois totalement comme si le trajet entre la critique et son expression devenait terriblement long. C'est d'être aimé que Barack Obama a tiré son leadership. Une qualité jamais réunie par Hillary Clinton. Le vrai tournant de la campagne 2017 de Fillon quand il dit "je ne vous demande pas de m'aimer mais de me soutenir". La formule la plus dramatique et suicidaire d'une campagne électorale moderne. Comment aimer un candidat qui ne le veut pas ?  A l'opposé d'Emmanuel Macron. C'est la force d'être aimé qui est désormais l'atout parce que cette force est le point de passage préalable à la capacité à susciter l'adhésion. Et le temps de l'adhésion forcée est passé. Un changement majeur. Et l'une des clefs des prochaines législatives avec des surprises locales sur ce critère…

  • Le vrai choc culturel posé par Trump : accepter qu’une dette puisse ne pas être que financière …

    Bears Ears 16 05 17

    Trump vient de réduire le pays qu'il annonçait vouloir grandir. Parce qu'il reste prisonnier d'une conception financiarisée de la notion de dette qui limite considérablement la réalité de la portée de toute action collective. En matière financière, la notion de dette, c'est reporter sur autrui une responsabilité non assumée immédiatement. C'est parfois justifié lorsque la nature d'un équipement le voue à durer dans le temps, donc à profiter à plusieurs générations. Cette durabilité d'usages justifie la durabilité du financement. Progressivement, dans le domaine public, la notion de dette est devenue celle d'un puits sans fond. Conception qui annonce des réveils difficiles. Mais il y a de nombreuses autres dettes qui n'ont pas de valeur financière stricte mais dont l'importance va dépasser considérablement des volets financiers. Il y a aujourd'hui par exemple une dette éducative qui se creuse : le temps éphémère immédiat tue la mémoire, l'Histoire, le sens des racines dans tous les domaines y compris culturels dont la richesse de l'apprentissage par des auteurs fondamentaux. Il y a une dette environnementale : dans quel état une génération lègue la planète aux générations futures ? C'est l'enjeu du choc de Trump : son insensibilité exposée, assumée aux valeurs qui ne sont pas financiarisables. C'est le contre-sens culturel majeur de sa gouvernance. Bush avait oublié la dimension morale avec la guerre du Golfe : prétextes mensongers pour une aventure guerrière dramatique dans la durée. Obama a corrigé cette faute. Il ne peut pas y avoir de leadership sans valeur morale. Des valeurs qui dépassent le seul volet financier pour donner une sens collectif partagé. La réalité de la puissance d'un Etat comme d'une collectivité ne peut se réduire à sa puissance financière ou militaire. Il faut une dimension morale. Cette dimension morale aujourd'hui prend de nombreux visages : la diversité des droits, le respect des libertés, le respect de l'environnement pour ne pas créer une dette insurmontable pour les générations futures. Ne pas ajouter d'autres espèces à celle des espèces animales déjà perdues. Ne pas ajouter d'autres espaces naturels à la liste de ceux perdus à jamais. Trump vient en effet de réduire le pays qu'il voulait grandir. Il est en train de s'inscrire sur la liste des présidents honteux dans le temps : Nixon, Bush Jr … Surprenant à ce point.

  • Climat : la réalité des faits et l’effet boomerang de la seule communication

    Obama Cop 21 signature 03 09 16

    Une déferlante, pour partie légitime, s'abat sur Trump suite à sa décision de retrait de l'Accord de Paris. Mais la même déferlante devrait s'abattre aussi avec bonne foi sur le mécanisme même de l'Accord de Paris. C'est une opération de communication avec un effet boomerang terrible aujourd'hui.

    1) Hollande, Royal, Fabius, Hulot … ont voulu faire croire qu'ils "sauvaient la planète". Faux. Ils montaient un cadre de "bonnes intentions" sans effet contraignant. D'où la facilité à obtenir des … accords à cette époque. D'ailleurs à les croire, certains pouvaient penser qu'il n'y aurait pas d'après COP21. Faux aussi. Il devait y avoir la COP22 (novembre 2016) pour tenter d'avancer sur les mesures concrètes.

    2) Hollande et ses collaborateurs ont voulu faire croire que cet accord avait valeur de traité. Faux. Si cet accord avait eu valeur de traité, la seule signature de Barack Obama n'aurait pas suffi pour "engager" les Etats-Unis. D'ailleurs l'administration Obama à cette époque avait défendu la nécessité d'un Traité au sens juridique du terme. Ce qui supposait un passage devant le Congrès et imposait une clarification de la position des Républicains.

    3) Hollande et ses collaborateurs ont voulu faire croire que la France était la bonne élève : faux. Dans les faits quotidiens, l'Etat français est en-dessous des défis. Pour un sujet aussi important que l'eau, l'Etat n'honore plus ses obligations de base. Il vampirise les trésoreries des agences de l'Eau. En avril 2017, l'Ademe n'arrivait plus à boucler ses fins de mois. L'ADEME a officiellement décalé ses subventions pour honorer les salaires de ses collaborateurs. Les canalisations n'ont jamais été aussi vieilles donc fuyardes donc pénalisantes pour le respect de l'eau … 

    Macron est décevant de ne pas tenir le discours de vérité. Une formule après une poignée de mains ne peuvent valoir une politique. Rien n'a changé sur le fond pour le moment en dehors d'un certain style plus flamboyant dans la forme.

    NB : pour rappel, toutes les phrases ci-dessus en gras et en couleur bleue ci-dessus sont des liens. Il suffit de cliquer sur ces phrases pour accéder à l'article en question dans sa totalité.

  • Les temps des désalignements … ?

    Obama 23 05 14

    Il y a des moments où une opinion publique s'engage dans une logique de désalignement. C'est quoi ? C'est le moment où l'opinion change de repères pour voter. Les Etats-Unis avec Obama ont vécu ce temps en 2008. Ils ont d'abord voulu sanctionner la capacité belliciste traditionnelle des Républicains. Le désalignement était dans la demande de paix. Ne plus constater le début horrifiant des journaux télévisés par la liste des jeunes visages morts aux combats. Sur place, il suffisait de parler avec des électeurs républicains classiques. Si Obama a été prudent (par exemple dossier de la Syrie), c'est qu'il a eu l'intelligence de ne jamais oublier ce contrat moral qui avait "tué" McCain en 2008. Si Justin Trudeau a gagné face à Stephen Harper, c'est que l'opinion voulait de nouveau être séduite, rêver, s'enthousiasmer … Elle était lasse de l'austérité ascétique de Harper. L'inconnue française actuelle réside dans la capacité à vivre ce désalignement. C'est probablement tôt pour le dire. Le vrai défi de Macron, c'est dans sa capacité à redonner à la France le visage du pays où l'on aimerait avoir ses 20 ans : fluidité, espoir, beauté, conquêtes … Mais le poids des colères lié aux exclusions actuelles terribles permet-il ce désalignement ? Trop tôt pour le dire. 

  • Inscrire des rêves dans les mémoires …

    JFK Library 09 07 16

    Il y a deux catégories de temps. Le temps que l'on vit directement. Celui dont on est spectateur parfois même lointain en écoutant ce qui est rapporté sur un temps non vécu personnellement. Cette seconde vie du temps peut être obscure si les rapports sont confus, contradictoires. Elle peut être jamais assumée si le déni s'est installé. Mais elle peut être positive si la part des rêves collectifs est toujours respectée. Parce que ces rêves ont existé même s'ils ont été mal exprimés ou jamais atteints. Hier, à Chicago, Obama a présenté le détail de son "musée présidentiel". Le terrain d’environ 20 500 m² ouvert sur le lac Michigan accueillera un musée en forme de tour hexagonale, ainsi que deux édifices de plain-pied : une bibliothèque à proprement parler et un lieu de forum, tous deux surmontés de toits aménagés en espaces verts. L’édifice comprendra des salles de classe, des laboratoires, des espaces extérieurs et de rencontre, ainsi évidemment que des bureaux pour la fondation Obama et un lieu où seront exposés des documents liés aux huit années de la présidence de Barack Obama.

    Obama Library 04 05 17

    Barack Obama a également vanté l’intérêt d’un lieu de vie, en présentant avec enthousiasme un terrain de basketball, un sport qu’il pratique régulièrement, ou encore un lieu pour faire du barbecue ou de la luge.

    Voilà une belle façon d'inscrire des rêves dans les mémoires comme la JFK Library à Boston qui est une réussite remarquable à tous égards. 

    Voilà ce que la France ne sait plus faire : inscrire des rêves dans les mémoires. Or quand un pays n'a pas de mémoire saine, il ne peut être que violent parce qu'il est ballotté entre des "vérités trop contradictoires", parce qu'il est sans attache. Depuis son désastre de la seconde guerre mondiale, la France ne s'aime plus. Elle ne s'assume plus. Le jour où cette étape avec les suivantes indissociables dont la décolonisation sera établie avec davantage de justesse, de lucidité, de vérité, beaucoup de choses changeront. Dont la capacité à faire revivre de beaux rêves collectifs et non pas des disputes permanentes comme le débat dit présidentiel d'hier soir.

  • Un seul mot d’affection et la vision peut changer …

    Obama 08 01 17

    Hier à Chicago, devant des étudiants, Obama faisait sa rentrée sur le thème du leadership. Dans une démocratie d'opinion est-il possible d'être élu sans être aimé ? Non. Il faut une vision et une dimension d'affection. Ce beau sujet de fond fut d'ailleurs le véritable tournant de la campagne de Fillon avec cette formule terrible "je ne vous demande pas de m'aimer mais de me soutenir". Mais dans une démocratie d'opinion qui peut soutenir sans aimer ? Pas le grand nombre. Seulement ceux qui ont intérêt au soutien. Regardons la situation depuis le 23 avril au soir. Quel bruit fait la rupture quand l'affection a fait défaut ? Aucun. La page est tournée. Comment imaginer que voter puisse être une … punition ou même une résignation alors que ce doit être un acte d'envie, de désir, d'espoir ? Ce qui est impressionnant c'est que des professionnels de ce métier aient eu la capacité à oublier à ce point cette réalité de base. Un oubli qui dénote d'abord la capacité à ne penser qu'à soi et à se mentir à soi-même. Le véritable enjeu du changement est là pour le leadership qui est si tristement en panne en France depuis 5 ans. Qui va retrouver durablement ces mots d'affection qui font changer le regard et l'envie ?

  • La France et la face cachée de ses mots

    Tara Houska 12 04 17

    En France, il y a une série de mots qui sont la face cachée de réalités. Actuellement, dernier exemple en date, Mélenchon dit mener "une campagne à la Bernie Sanders". Il ne viendrait pas à l'idée d'indiquer que "Mélenchon mène une campagne à l'américaine comme celle de Bernie Sanders", ce qui serait plus juste. Cette réalité est inavouable puisque pour Mélenchon, l'Amérique ne peut pas être une référence. Donc la référence, c'est Sanders comme si Sanders était sans patrie, sans nationalité. Dernier exemple en date d'un pays qui n'ose pas nommer. Ainsi, en France, on ne décède jamais d'un cancer mais d'une … "longue maladie". On ne "s'adonne pas" à l'alcool mais à la "convivialité entre copains". On n'est pas fainéant mais on "profite des charmes de la vie" … Et la liste des mots à déchiffrer est très longue. Il y a un moment où la pudeur cède même le pas à la tromperie intolérable. Quand il était candidat, Trump était un "clown grossier" pour les journalistes français. Depuis qu'il est élu, les journalistes parlent de Trump comme un … "président atypique". La nuance est grande dans l'expression. Mais quand l'atypisme c'est autoriser la chasse aux ours en Alaska, traverser des réserves naturelles protégées comme la lutte actuellement conduite par Tara Houska (cf photo ci-dessus), Trump est un nul arrogant lamentable qui doit prendre une sévère défaite dès 2018 parce que les mots ne doivent jamais cacher la réalité surtout quand elle est triste, dangereuse et aussi irresponsable pour le collectif.

  • Les bienfaits de réussir ses échecs pour de bon

    Caroline Kennedy

    A ce rythme, lors des élections intermédiaires de novembre 2018, les Etats-Unis vont probablement donner une belle leçon de vie : tirer les bienfaits de réussir ses échecs pour de bon. Trump massacre les actes forts pris par Obama pour protéger la planète. Résultats : 17 Etats engagent des contentieux. Trump envoie les missiles à partir d'un discours officiel qui est la consécration d'une impulsion d'émotion (l'impact de photos) ou pire encore des missiles à portée très limitée pour organiser une "guerre d'opérette" avec les Russes de façon à mettre un terme aux soupçons avancés de collusions …  Dans les deux cas, c'est très inquiétant de voir le "gendarme du monde" se comporter ainsi. Conséquence : des référents solides font le pas de l'engagement parce qu'il devient de s'engager face à un tel niveau de "non sérieux". Les noms qui circulent actuellement ont valeur d'électrochoc à l'exemple de Caroline Kennedy. L'échec de l'élection de 2016 est reconnu : la responsabilité des Clinton, les débordements d'une information devenue folle par la seule course à l'audience … Une fois pour un échec de ce type mais pas davantage. Que fait la France face à ses échecs ? L'opposé. D'abord, elle ne les reconnait pas. C'est le déni généralisé. Ensuite, elle ne les purge pas à l'exemple des affaires qui polluent encore et toujours. Enfin, elle s'éloigne des réalités avec des candidats dont les contenus sont totalement non applicables. Avec de tels réflexes, les solutions ne sont pas pour demain. C'est bien la seule chose dont on peut être sûr à ce jour dans cet univers particulièrement insaisissable.