Le phénomène majeur de l'époque actuelle, c'est la disparition des marchands d'Amérique. Les Etats-Unis ont toujours eu trois vendeurs talentueux de rêve et d'idéal : les leaders politiques, Hollywood et les inventeurs économiques. Pour la politique, il y avait le choix entre deux profils : le Démocrate ouvert, tolérant, universaliste (Kennedy, Clinton, Obama …) ou le Républicain qui est un mélange de John Wayne et d'Indiana Jones. Il emprunte au 1er les valeurs des prairies et au second le sens de l'aventure gagnante. Trump n'est ni l'un ni l'autre. Par conséquent, le leadership politique est en berne. Est-il remplacé par la force d'Hollywood ? Non, avec #MeToo, Hollywood vit sa descente aux enfers sur le thème du "impossible de tourner sans coucher ...". Et l'économie, c'est la crise des GAFA perçus comme une gigantesque entreprise à ficher autrui dans ses moindres données privées. Même au-delà de l'imagination d'Orwell. Rarement l'Amérique a perdu à ce point et au même moment ses marchands. Une donne inquiétante pour la première puissance des démocraties occidentales.
Catégorie : Barack Obama
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Et si c’était elle … ?
Il y a un siècle (février 1918), la Grande Bretagne enregistrait la 1 ère victoire des suffragettes. Leur combat avait débuté en 1903. Il leur a donc fallu 15 ans pour obtenir une première étape pour un droit de vote conditionnel en GB. Ce n'est qu'encore 10 ans plus tard que les conditions de vote seront analogues entre les sexes en GB. Et en France, il faudra attendre 1944. Au Canada, la reconnaissance progressive sera associée à des volets d'identités. Par exemple pour les Indiens, cette reconnaissance dans la province de Québec n'interviendra qu'en 1960 ! En pleine affaire Weinstein, ces repères méritent une attention particulière. Il y a des "frontières de mentalités" qui n'ont pas encore été franchies. Elles ne le seront véritablement que le jour où des femmes accéderont tout naturellement par le vote majoritaire à des fonctions emblématiques. Obama a fait vivre ce symbole fort en 2008 pour des candidats métis. C'est à souhaiter que des femmes s'engagent plus fortement à des fonctions clefs. La vraie victoire des suffragettes sera alors consacrée. Pour le moment, nous ne sommes malheureusement qu'à des étapes. Et si en 2020 face au machisme caricatural insupportable de Trump, Elizabeth Warren faisait vivre ce défi ? Une belle cause comme celle de 2008 pour cette démocratie et bien au-delà…
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Elections américaines : une très belle année 2018 en perspective
En début de semaine, Exprimeo a dépassé le seuil des 12 500 articles. Les référencements Google assurent une audience significative. Chaque année d'élections américaines est une belle année pour les audiences d'Exprimeo et pour son réseau de contributeurs. Le démarrage réel des audiences date de la lettre hebdomadaire 66 de novembre 2006. Dans cette lettre, nous attirons l'attention sur un jeune candidat alors pas déclaré, dont la presse parle très peu mais qui nous semble particulièrement prometteur : Barack Obama. Obama va se déclarer le 10 février 2007 à Springfield. Au début, personne n'y croit. Il est seul. Inexpérimenté. Métis de surcroît et il va affronter une "montagne" : l'ex First Lady Hillary Clinton. Exprimeo expose les moindres détails de sa campagne. Novembre 2008 : Obama gagne et chacun connait la suite. Sur différents réseaux sociaux, les points de campagne d'Exprimeo battent alors des records : 328 000 visiteurs sur Issuu.com, en tête des ouvrages sur SlideShare et probablement des ventes sur Selz (mais il n'y a pas de marqueurs permettant la comparaison). 2018 s'annonce une très belle année. Pleine de surprises. Des rebondissements. Des nouveaux noms à des enjeux clefs : Cheri Bustos, Beto O'Rourke ... Tout est réuni pour des infos de qualité. Vives. Fraîches. Vivantes comme la démocratie américaine lors d'une année d'élections dites intermédiaires.
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Barack Obama et la mode médiatique paradoxale
La mode médiatique française actuelle sur Obama incarne à la caricature le décrochage entre le suivisme de microcosmes centralisés et les réalités du terrain. En 2008, les médias démarrent tard. Ils croient tous à la victoire d'Hillary Clinton. Certains d'entre eux vont jusqu'à interroger alors Obama sur son "tour de chauffe" pour la prochaine élection (2012). Obama va gagner en … 2008 ! S'ils ont démarré tard, les mêmes médias n'arrêtent plus de célébrer l'Obamamania alors même que son second mandat s'est soldé par l'élection de … Trump. C'est une réalité qui mériterait davantage de réflexion. Comment un mandat peut-il être le passeport pour une victoire comme celle de Trump ? Ce qui signifie qu'Obama n'a pas travaillé à préparer un héritier ou un dauphin. C'est comme l'actuel retour sur la scène de Hollande : comment le microcosme médiatique parisien peut-il à ce point passer par "pertes et profits" l'exploit de ne pas pouvoir candidater tant la catastrophe était assurée ? C'est la mode médiatique paradoxale : souvent un décalage inquiétant avec le bon sens du terrain.
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Quand la démocratie retrouve sa force historique : une liberté collective que rien ne peut arrêter …
Formellement, en bout de ligne, la démocratie prend la forme d'un bulletin de vote. Un simple morceau de papier. Le déposer dans une urne et attendre un résultat. Mais il y a des circonstances particulières où ce résultat prend une valeur à part. Il souffle alors un formidable vent de liberté collective. De libération. L'oppresseur n'est pas au coin de la rue. Il n'a pas d'uniforme. Ou plutôt il a l'uniforme du passé que l'on ne supporte plus. Que l'on ne veut plus. Et après la victoire du changement, rien n'a … changé et pourtant, tout semble déjà différent. C'est le vent du nouveau matin. Le 5 novembre 2008, avec la victoire d'Obama, être aux Etats-Unis, c'était d'abord partager ce vent du nouveau matin. Depuis la veille du scrutin du 4 novembre 2008, une "fièvre" particulière était perceptible. Le jour du vote, les files d'attentes battaient des records de longueurs. Le 5 novembre, l'étape était franchie. Ce sentiment diffus mais si fort, je l'avais rencontré déjà deux fois préalablement. Mais encore jamais à ce point. A chaque endroit, il y avait l'enthousiasme de vouloir vivre un nouveau jour. Une nouvelle époque. La démocratie retrouvait sa force historique : une liberté que rien ne peut arrêter. Pas de résignation. Pas de haine. Simplement la vitalité d'un nouveau départ. Ce serait une réelle satisfaction que de revivre une telle ambiance encore une fois. Avec l'expérience, j'ai le sentiment que je pourrais en savourer mieux que jamais toutes les douceurs de ce délice.
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5 713 : toujours en tête !
Un grand merci aux nombreux étudiants qui ont placé mon livre sur la campagne Obama en tête des visites sur slideshare. Du retard a été pris dans les réponses à certaines questions transmises par des étudiants tout dernièrement. Mais chaque question recevra une réponse précise. Le 10 octobre 2008 ne fut pas une journée comme les autres. C'est la première fois que, tous organismes de sondages confondus, Obama devançait McCain avec un tel écart et tout particulièrement dans les collèges électoraux des femmes, des jeunes et des hispaniques. Obama était à + de 50 % d'intentions de votes quand McCain plafonnait à 42 % au mieux. L'écart était creusé. Une époque particulière avec un engagement citoyen record. Il ne peut pas y avoir de démocratie vive sans engagement citoyen actif. C'est une réalité qui mériterait d'être mieux considérée dans de nombreuses autres démocraties actuellement.
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Les discours inspirants …
Sur les dernières années, les relations entre les textes et les photos ont été inversées. Hier, la photo illustrait un joli texte. Aujourd'hui, un texte bref légende une belle photo. Le coeur du message a changé. Et pourtant, il y a des moments où le texte "prend sa revanche" sur l'image. Ce fut le cas hier en deux occasions. D'abord Obama à Toronto avec sa présentation de l'économie de demain, les effets de la robotisation, ceux du numérique … Ensuite, Macron sur le numérique. Il est possible d'être pour ou contre sa politique, mais son discours d'hier sans la moindre note tranchait particulièrement avec le niveau souvent nullissime du personnel politique français. C'est le meilleur service qui puisse être rendu à l'opinion publique que d'avoir des discours inspirants. Les "bas" services se périment très vite. L'opinion moderne oublie à qui elle "doit" telle avancée ou telle "imposition". Tout s'oublie si vite. En revanche, exprimer clairement des points de passages incontournables pour une réflexion collective, c'est le meilleur service qui puisse être rendu à tout le monde. Ces deux discours mériteraient une diffusion la plus large possible.
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La bataille des sanctuaires naturels
Il y a des paysages qui ont été réussis par le génie de la nature dans des conditions de perfection que l'être humain ne parviendrait probablement pas à inventer. Lorsque c'est le cas, il devrait s'agir de sanctuaires naturels, c'est à dire des parcelles de territoires que nous jugeons comme "intouchables", appartenant au noyau dur de l'actif à transmettre aux prochaines générations. C'est une préoccupation peu présente en France. Aux Etats-Unis, Obama a beaucoup fait en la matière notamment pour les sanctuaires marins. Mais la chance des Etats-Unis réside dans la mobilisation de privés. Il y a des marques qui sont associées à ces espaces : Orvis, Patagonia, The North Face … Grâce aux réseaux sociaux, ces marques effectuent un travail pédagogique de très grande qualité. Les films d'Orvis par exemple célèbrent la nature dans des conditions d'un professionnalisme hors du commun (cf vidéo ci-dessous). Des séquences de vie d'harmonie avec la nature et les animaux. C'est très préoccupant de constater l'immobilisme en France en la matière. Il y a pourtant de nombreux sanctuaires naturels qui mériteraient d'être reconnus, protégés, promus. Peut-être un signal de plus d'une génération qui a beaucoup reçu et qui se pose de moins en moins la question de savoir ce qu'elle peut laisser à son tour … ?
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Les états sombres et les états brillants : le vrai enjeu pour chacun
Les Etats-Unis sont à la dérive. Les visages de la haine à Charlottesville samedi en sont une illustration parmi de nombreuses autres. Dans toute collectivité comme dans chaque être humain, il y a des états sombres et des états brillants. Le talent d'une gouvernance, privée comme publique, c'est de mettre en relief les états brillants et ne jamais allumer les états sombres. Avant Trump, un candidat a été confronté à ce choix sur le sujet de la question raciale : Barack Obama. En mars 2008, Barack Obama est en difficulté dans les sondages lors de la primaire. Le clan Clinton, prêt à tout pour gagner comme toujours, a mis en scène le profil du pasteur Jeremiah Wright. En pleine tempête, le 18 mars 2008, Barack Obama prononce un discours à Philadelphie sur les questions raciales. C'est un discours remarquable. Son introduction est magnifique : "Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J'ai été élevé par des grands-parents blancs qui me parlaient souvent de la Grande Dépression. Je suis allé dans des écoles parmi les meilleures des Etats-Unis mais j'ai aussi vécu dans un pays parmi les plus pauvres du monde (l'Indonésie). Je suis marié à une noire qui porte en elle du sang d'esclaves et du sang de propriétaires d'esclaves, un héritage que nous avons transmis à nos deux filles aimées. La question raciale est un sujet que notre pays ne peut ignorer … ". Et ensuite, Obama n'élude aucun sujet sérieux. De nombreuses phrases portent des messages forts. Le refus du spectacle, celui du feuilleton des tragédies qui alimente les audiences mais aiguise les peurs donc les haines… Obama parle de la vie quotidienne, de ceux qui rêvent comme de ceux qui crèvent de ne même plus pouvoir rêver … Ce jour là, en crise dans les sondages, Obama a été capable de montrer qu'il refuserait de flatter les états sombres pour gagner. Il avait montré qu'il avait les qualités d'un Chef d'Etat : avoir dompté ses propres états sombres pour franchir un seuil supérieur et donc avoir capacité à le faire pour autrui. Bref, le contraire de Trump que l'on sent si facilement ravagé par ses colères intérieures, par ses contradictions, par son arrogance personnelle sans fin. Les dérives d'un homme deviennent celles d'une partie d'une collectivité. Triste affaissement. Pour lire tout le discours d'Obama, cliquer sur le lien suivant : Barack Obama.
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Fermé en août !
Depuis longtemps déjà, les vacances d'été sont un enjeu terrible pour les nouveaux pouvoirs. Très souvent, au lendemain des premières vacances d'été, la cote de confiance chute brutalement en France. Les observateurs multiplient les interprétations les plus subtiles les unes des autres en oubliant un volet très simple : la lassitude de constater un pouvoir nouvellement installé partir aussitôt en … vacances. Il y a quelques années, Philippe Labro, l'un des meilleurs connaisseurs des campagnes américaines, a résumé dans le JDD son impression dominante : l'épreuve physique. Une campagne américaine, c'est d'abord une terrible épreuve physique. C'est en effet, le premier constat qui saute aux yeux pour tout participant à une campagne américaine. Ce fut ma première surprise lors de ma première participation à Boston : comment John Kerry fait-il pour tenir physiquement ? Les circonscriptions électorales sont d'une superficie considérable. Le nombre d'électeurs est très élevé. Les campagnes sont violentes au niveau des attaques ou des investigations médiatiques. Avec le dispositif des primaires, elles durent près de deux ans. Puis, en cas d'élection, il faut multiplier les déplacements sur Washington. Et pendant la période d'été, c'est le moment des contacts locaux : faire la tournée des fêtes de comtés, rencontrer les équipes locales lors de BBQ …Bien davantage, la capacité perçue à endosser l'épreuve physique est l'un des tests pour le job. En 2008, dans les derniers jours de sa campagne, Barack Obama suspend sa tournée pour se rendre au chevet de sa grand-mère. C'est son épouse Michelle qui le remplace. Lors des réunions, elle quitte ses escarpins qu'elle ne supporte plus car la tournée est calculée en intégrant les décalages horaires pour multiplier les contacts possibles. On est loin d'une campagne à la française. En France, où sont les politiques actuellement ? A peine élus, ils sont en … vacances ! Le pouvoir des vacances devient terrible : le sentiment d'une vacance du pouvoir avec un écriteau simple : fermé en août ! Déplaisant.