Denis Bonzy

Catégorie : Barack Obama

  • J – 87 : le vrai enjeu

    Obaméricains

    Lors de chaque élection, une méprise se fait jour. L'élection est présentée comme une rencontre entre des citoyens et des candidats. La réalité est autre. Une élection c'est d'abord la rencontre entre chaque électeur et … lui-même. Que souhaite-t-il comme avenir collectif ? Donc comme représentant ? … En 2008, dans la foulée de la victoire d'Obama un ouvrage remarquable a été publié : les Obaméricains. Original dans la forme avec un mélange de texte et de photos. Mais surtout avec un texte percutant posant des questions de fond : Obama allait-il donner naissance à une autre Amérique donc à un autre visage des Américains, moins violents, moins impérialistes … Seul reproche : la mention "naissance d'un peuple" aurait mérité un point d'interrogation car le doute existait. Tout avait été posé dès son discours de 2004 à Boston au Fleet Center. Un électrochoc sur le contenu. Nous étions à Boston à cette époque et toute la ville ne parlait que de son discours bien davantage que de celui du candidat investi pourtant Sénateur de Boston, John Kerry. 4 ans plus tard, ce devait être le passage aux actes. Mais 8 ans de pouvoir Obama ont pris fin par une victoire de … Trump. L'opposé. Victoire ponctuelle ou durable ? Avec la candidature de Biden, associé étroitement aux années Obama, l'enjeu sera réel. Les Obaméricains vont-ils voir le jour de nouveau ? 

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  • L’économie nationalisée …

    Bourse chute

    Sommes-nous déjà dans la salle d'attente d'une immense vague de nationalisations ? Quand une économie doit s'en remettre comme aujourd'hui à ce point aux ressources de l'Etat pour sa survie, n'est-ce pas la salle d'attente d'une étape de plus ? Car la "seconde guerre" ce sera la reprise économique. Actuellement, des secteurs entiers découvrent à ce point la réalité d'une chaîne complexe mais très imbriquée d'activités. L'arrêt de certains pans, c'est l'effet domino garanti. En 2008, Obama avait nationalisé des pans entiers de secteurs stratégiques en difficulté. Et d'ailleurs, les conditions de retraits ensuite de l'Etat fédéral n'avaient pas été pénalisante pour l'Etat fédéral. En 2008 toujours, le FSI en France revenait à un soutien financier sectorisé de l'Etat sur des bases massives exceptionnelles. Selon la durée réelle globale, les conditions de sortie de la crise sanitaire vont ouvrir sur un réel nouveau monde économique. 

  • Les marchands d’Amériques

    Barack Obama 29 06 19

    Depuis 10 ans, un de mes ouvrages sur la campagne Obama 2008 est en tête des consultations sur SlideShare en complément d'autres circuits plus commerciaux. Avec 6 105 vues, en compétition avec un ouvrage sur la communication d'Obama sur les réseaux sociaux (5 643 vues). Le + surprenant, c'est de constater que, 10 ans après, cet ouvrage suscite toujours des messages d'étudiants notamment de Sciences Po sur une campagne qui reste dans les annales. En réalité, désormais, un pays fait vivre sa marque par l'intermédiaire de son Président. Depuis la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont connu 4 marchands d'Amériques. JFK ou la séduction intemporelle mais aussi la violence d'une époque (Cuba, le racisme, l'assassinat …). Reagan ou le retour du cow-boy avec l'image de John Wayne en politique. Obama ou la cool attitude et le multilatéralisme apaisant. Et Trump ou le nouvel impérialisme du rapport permanent de forces. A travers ces présidents emblématiques, ce sont des Amériques différentes. Ils vendent au monde des visages différents d'un même pays. Le + surprenant c'est qu'un même pays puisse offrir des contrastes aussi forts. Comme si une démocratie avançait au rythme des … opposés. La France n'échappe pas à ce constat. 

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  • Se réconcilier avec la vie

    Obama 2 06 06 17

    N'attendons pas la menace de la fin pour revenir à des fondamentaux. Le discours de Barack Obama à Berlin ce samedi rencontrant 300 jeunes européens aurait mérité d'être considérablement mieux démultiplié. Il est remarquable. C'est le retour aux socles de sa campagne 2008 : le besoin d'idéal. Il ne peut pas y avoir de vie sans idéal. C'est le moteur. Mettons nous à la place d'un jeune de 18 ans à qui on dirait : "dans 20 ans, tu n'entendras plus le chant des oiseaux. Si tu arrives à vivre un grand amour pendant 5 ans, ce sera déjà une chance terrible. Il faut te méfier quand tu vas voter car aucun engagement ne sera respecté. Et surtout il faut profiter des prochaines années car le dérèglement climatique va vite imposer une chaleur telle que des régions entières seront envahies par la hausse des mers et des millions de personnes devront bouger pour échapper à des famines historiques ...". Comment pourrait-il vivre s'il n'avait pas en lui l'espoir de changer ces menaces, de les anéantir ? C'est la perspective d'échapper à toutes ces menaces qui fait aimer la vie. Il faut du rêve. La sagesse populaire dit "on n'a pas tous les jours 20 ans". A première vue, c'est une phrase d'une absurdité terrible. Car elle s'applique à tous les âges que l'on ne garde jamais malheureusement pour certains d'entre eux. Mais 20 ans, c'est le chemin ouvert, les perspectives longues, les espoirs les plus fous. Le jour où cette perspective de rêve reprendra sa place, sans mesure nouvelle, sans impôt supplémentaire … beaucoup changera déjà. Samedi, une fois de plus, Obama avait le ton juste. Les mots chaleureux. On retrouvait le souffle de 2008. Celui du nouveau matin. Dommage qu'il ait aussi peu d'héritiers. 

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  • Le 4 novembre 2008 ou la bonne illustration du mot passion

    Barack Obama sous la pluie

    La passion c'est quoi ? C'est quand une activité ou une personne cache toutes les autres activités ou toutes les autres personnes. C'est simple. Mais c'est si vrai. Le 4 novembre 2008, Barack Obama gagnait la présidentielle américaine. Et le regard des Français sur les Etats-Unis changeait. Pour les Français traditionnellement plutôt américanophobes, l'image du Président cachait alors celle de tous les Américains. Obama c'était David vainqueur de Goliath (Hillary Clinton), une détermination à toutes épreuves, un parcours éreintant … Obama c'était l'image aimée par les Français : cool, capable d'auto-dérision, une Amérique humble soucieuse de respecter les autres pays, une famille unie, des discours forts porteurs d'émotions … bref, un Président comme les Français en rêveraient probablement pour leur pays. 10 ans qui paraissent désormais aujourd'hui si loin. Trump a succédé à Obama. L'ère post-vérité d'un bloc a remplacé les nuances d'hier. Le "America First" a remplacé l'Amérique parmi les autres … Et la liste pourrait continuer longtemps. Le problème des passions c'est justement quand un seul volet cache trop tous les autres car ces derniers ne tardent jamais à se réveiller et la passion est alors sévèrement mise à l'épreuve … 

  • Les actions du bien-être …

    Boston Nov 08 01

    Dans une démocratie, personne ne doit humilier un citoyen sans sa permission. C'est la règle de base. Et la permission c'est le non engagement. Le pire c'est la permission inconsciente quand un système a tellement matraqué des repères que l'abandon du citoyen est devenu coutumier. C'est ce qui guette les Français. J'ai eu la chance de vivre 3 temps forts de mobilisations. La victoire de Grenoble en 1983. Une vague enthousiaste irréelle. Les derniers jours de campagne électorale quand aux feux rouges des automobilistes baissaient leurs vitres pour crier "allez-y !". Puis ma première campagne cantonale quand je constatais le nombre d'affiches posées de façon volontaire dans des propriétés privées.

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    Et il y 10 ans, jour pour jour, la campagne Obama à Boston. Choisir des photos de cette époque est difficile tant elles sont nombreuses. Les auto-collants sur les voitures. Les salles pleines de volontaires pour les appels téléphoniques. Les volontaires aux coins des rues pour distribuer des tracts. Mais une photo que j'ai faite a ma préférence : les magasins fermés le jour du vote pour passer un message simple : "fermé. Parti voter et vous, faites de même". Au pays de l'argent et du commerce, l'acte civique un mardi avait la préférence sur le chiffre d'affaires. Un symbole très fort. Et ces affiches étaient nombreuses sur les vitrines des commerces. Des rues entières avec les commerces fermés.  Tant qu'un peuple est capable de telles actions, il montre sa confiance dans la citoyenneté. A moins de 500 jours des municipales, il me semble que l'action locale va réserver une mobilisation hors du commun. Actuellement les citoyens ne s'ennuient pas en manifestant peu. Ils patientent. C'est davantage qu'une nuance. Mais l'énergie intérieure à déverser est très vive lors des entretiens. S'engager, c'est une action de bien-être dans une démocratie. Car c'est se mobiliser pour garder la propriété de son sort dans la vie publique. 

  • La même équipe …

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    Remarquable discours hier de Barack Obama pour les obsèques de John McCain. Je connais par avance quelques premières remarques : ce n'était qu'un discours … Certes. Mais il est toujours plus facile d'atteindre ce que l'on énonce que ce que l'on n'a pas la capacité ou la volonté d'énoncer. Dans une période de fièvre où tant de formations politiques chauffent l'opinion en permanence, les uns pour créer des fans zones prêtes à défendre n'importe quoi et d'autres des équipes prêtes à tout combattre, Obama a rappelé une évidence simple : "nous sommes la même équipe". En conséquence, personne ne peut gagner à souhaiter l'échec. Il a aussi rappelé qu'une opposition par la qualité de ses propositions contribue à rendre le pouvoir meilleur. Que dans l'exercice du pouvoir, il doit y avoir de l'humilité. Il a indiqué : "Nous avons apprécié le temps que nous avons passé à l'écart des lumières. Et nous avons ri l'un de l'autre. Et nous avons appris l'un de l'autre. Nous n'avons jamais douté de la sincérité de l'autre, ni du patriotisme de l'autre, ni que, au bout du compte, nous faisions partie de la même équipe. Nous n'avons jamais douté que nous faisions partie de la même équipe". Il a également ajouté : "John n'hésitait pas à me dire quand je faisais des erreurs, ce qui selon ses calculs arrivait une fois par jour". Une discours fort qui mériterait d'être diffusé dans de nombreuses autres démocraties que les Etats-Unis.

  • Quand des vraies pages se tournent dans la discrétion

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    L'existence semble faite de carrefours parfois discrets mais implacables. Tant sur le plan individuel que collectif. Les Etats-Unis sont en train d'en vivre un avec la disparition de McCain : la fin d'une génération de vétérans ayant connu des guerres meurtrières emblématiques. La France a connu cette même évolution. Plus tôt avec la disparition des combattants de la 39-45 ou de l'Algérie. Personne n'a succédé aux profils des Jacques Chaban Delmas, Marcel Bigeard, Pierre Messmer, Robert Galley, André Bord, Yvon Bourges … Avec les épreuves qu'ils avaient connues, ils faisaient du "rab", ce temps supplémentaire de vie qui leur donnait du recul face à la si douce vie quotidienne en temps de paix. Pour les Etats-Unis, depuis les années 50, le meilleur résumé de la vie politique américaine c'était la compétition entre John Wayne et Indiana Jones. 2 univers imaginaires très différents. Cette formule résume les deux profils capables de faire un Président américain loin des théories fumeuses. John Wayne correspond aux profils des Républicains si souvent à la recherche de l'homme des prairies qui ne brille pas par son intelligence mais par son bon sens accroché aux racines de sa vie. L'exemple : Ronald Reagan, la figure historique de cette sensibilité. Indiana Jones, c'est le candidat Démocrate plus jeune, avide d'aventures, la cool attitude, plus urbain, plus intellectuel, plus européen. L'exemple : Barack Obama. Avec la disparition de McCain, c'est la référence John Wayne qui disparaît. C'est un changement notoire. D'ailleurs Trump chez les Républicains en est l'opposé : produit de New York et non pas de l'Amérique intérieure. Produit des médias et non pas du terrain de guerres. Maintenant, dans les démocraties occidentales, le théâtre d'opérations semble être les plateaux TV. Ils ne vivent pas le terrain mais la fiction des images à délivrer. Matière à être inquiet. Une vraie page collective majeure se tourne dans la discrétion.

  • Les Obaméricains existent-ils encore ?

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    3 dates méritent l'attention comme symboles d'une terrible accélération. 2008 : victoire de Barack Obama. Le visage de l'Amérique des réconciliations. 2016 : Victoire de Trump ou l'Amérique des divorces. 2018 : les primaires du dégagisme dans une radicalisation généralisée. Une radicalisation telle chez les Démocrates comme chez les Républicains qu'il y a matière à se poser une question : même dans les rangs Démocrates, où sont passés les Obaméricains ? Derrière ce terme s'étaient retrouvés ceux qui croient à la nécessité de tolérance, de modération mais surtout d'espoirs. Jeudi à Los Angeles, lors d'un discours devant des donateurs, Obama a très bien résumé ce qu'il a tenté d'être : l'espoir face aux peurs. Les peurs ont gagné. Comment est-il possible de gagner sur les peurs en surfant sur … elles ? En moins de deux ans depuis le départ d'Obama de la Maison Blanche, les Obaméricains ont disparu. Même chez les Démocrates, ce sont les radicalisés qui gagnent. C'est probablement le marqueur le plus inquiétant que cette disparition des Obaméricains car le choc des radicalités ne peut guère rassurer.

    NB : le plaisir de constater que sur SlideShare mon livre sur la campagne Obama 2008 est toujours en tête. Bientôt franchir le seuil des 6 000 visiteurs ? Merci pour cet intérêt.

  • Brut, sa levée de 10 M€ et la fragilisation manifeste des boucliers traditionnels de la modération

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    En 2017, Emmanuel Macron n'a pas gagné contre le système politique mais parce qu'il avait su communiquer pour ancrer l'image qu'il était en dehors du système politique : pas de mandat électif antérieur, démission d'une fonction, pas de parti … Il a alors construit sa campagne presque sur du copier – coller avec les campagnes d'Obama 2008 et 2012 sur les méthodes et même sur les gestuels comme cette expression de refus des sifflets des concurrents. Obama avait eu le même socle en 2008. Il n'était pas contre le système mais en dehors du système ce que donnait comme label sa couleur de peau. Il y a désormais un point de ressemblance non recherchée entre les deux qui pourrait rapidement se formaliser : la radicalité succède à la modération. Obama était un modéré. Trump lui a succédé. Macron est un modéré. Or actuellement en France on assiste aux mêmes effondrements des boucliers traditionnels de la modération comme ce fut le cas sous Obama de novembre 2010 à fin 2015. La violence des mots gagne du terrain chaque jour. Les contestations permanentes se multiplient. Et surtout la perte de confiance dans les médias comme pôle d'équilibre du système de pouvoir. En France, quand Elise Lucet dénonce le copinage des journalistes et des politiques du système, elle porte un coup fort de l'intérieur du système. Quand Brut lève 10 M€ cette semaine pour une "information alternative", c'est un marqueur qui mérite l'intérêt. Quand les vidéos qui font le buzz sont celles sur des journalistes décriés parce qu'ils approuvent de la tête la déclaration d'un interviewé, c'est un autre signe. Quand des faits objectivement établis sont niés avec froideur, c'est aussi un marqueur important. Toutes ces étapes avaient été franchies aux Etats-Unis de 2010 à 2016 avant de donner naissance au trumpisme. Trump est le produit de ce climat, de ces faits, de ces réalités progressivement installées. La France est désormais objectivement sur le même chemin. Une réalité à méditer.