Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • Le FSI : fonds stratégique d’investissement ou fonds sous interventions ?

    Les relations entre l'Etat banquier ou l'Etat actionnaire et les règles de la vie économique ont toujours été "surprenantes". Le FSI n'échappe plus à ce constat.

    Créé début 2009 pour aider les entreprises à "passer la crise", il se devait au début de fixer sa doctrine d'interventions. 10 mois plus tard, la liste des interventions ne permet pas de voir la logique de critères clairs.

    Il y a d'abord les interventions annoncées et qui n'ont pas eu lieu encore à l'exemple d'Heuliez.

    Il y a ensuite les interventions qui ont été opérées mais cette liste relève davantage du "supercasino" multi-produits que de la cohérence d'un portefeuille habituel. Il y a du jouet (Meccano), Internet (Dailymotion annoncé hier), de l'Industrie …

    Et puis, il y a les interventions qui n'ont pas eu lieu. Quand ces dernières sont croisées avec les précédentes, la cohérence déjà inexistante disparaît totalement.

    S'il s'agissait d'un investisseur privé, parce qu'il travaillerait avec son argent, cette "incohérence" ne mériterait pas de commentaire. Il suffirait d'observer dans le temps le pourcentage du retour sur investissement.

    Mais là, il s'agit d'un investisseur public travaillant sur fonds publics. Par conséquent, il serait naturel que les critères soient publics, transparents et donc que les décisions soient cohérentes au regard de ces critères techniques.

    Comment faut-il interpréter l'absence de cohérence ?

    L'une des raisons peut résider dans le positionnement du FSI face aux interventions politiques. Serait-il le "bras armé" de décisions politiques prises sur la base d'autres critères que de simples critères techniques connus de tous . Au lieu de signifier "fonds stratégique d'investissement", FSI signifierait-il "fonds sous interventions" ?

    L'urgence de la crise a "bon dos". Avec le recul, les conditions de certaines décisions publiques pendant la crise pourraient revêtir des habits considérablement moins nobles que les belles déclarations de départ. Il est temps que le FSI s'explique publiquement sur ses critères d'interventions et leur application équitable.

  • Le nouvel engagement civique

    4 responsables politiques Français ont pris les devants en matière de nouvelles technologies : NKM, Royal, Hamon, Villepin.

    Pour autant, la vie politique Française n'est toujours pas dans la même division que bon nombre d'autres démocraties comparables. Progressivement, les nouveaux outils technologiques ont trouvé des fonctions complémentaires.

    Aux Etats-Unis, les politiques reconnus comme les plus en avance sont : Deval Patrick (Gouverneur de Boston), Gavin Newsom (Maire de San Francisco), Mark Warner (Sénateur Virginie).

    Pourquoi sont-ils en avance ? Parce qu'ils n'ont pas conçu tous leurs supports comme un contenant nouveau mais comme un nouvel engagement civique à base de conversations, de transparence, de visuels … donc un potentiel de nouveaux contenus.

    Début décembre, Le Meur organise le colloque annuel consacré cette année au real time web. Au-delà des supports, l'avenir appartiendra à celles et à ceux qui portent cette nouvelle culture de l'engagement civique :  la guerilla 2.0

  • Clearstream : les vrais pièges

    Clearstream est une procédure qui porte 4 pièges majeurs.

    Pour le Chef de l'Etat, son maintien dans la procédure ouvre la voie à ce que l'opinion puisse considérer qu'une décision de la justice ne soit pas une décision de justice. Le Chef de l'Etat est tombé dans ce piège et l'assume avec son aplomb habituel.

    Pour Dominique de Villepin, le piège c'est que son énergie soit scotchée à cette affaire. Le verdict de l'opinion est déjà tombé : c'est un procès politique. On ne connaîtra jamais la réalité. La politique n'est pas la "petite maison dans la prairie", des coups bas ont dû intervenir et ce de tous les côtés sans exception. Par conséquent, c'est un coup supplémentaire que l'un des camps puisse crier "allo maman bobo" comme tente de le faire le Chef de l'Etat. L'enjeu pour Dominique de Villepin c'est de consacrer son énergie à faire des propositions sur les dossiers qui intéressent les Français.

    Or, troisième piège, considérer que Cleastream intéresse les Français. La dernière enquête Ifop pour le JDD montre que Clearstream "intéresse" les Français à hauteur de 1 à 4 % selon les époques d'octobre 2009. Clearstream ne concerne pas le quotidien des Français. Les Français, en consommateurs de la politique, veulent d'abord des réponses à l'amélioration de leur quotidien.

    Quatrième piège, considérer que la place de l'éthique dans la politique soit réglée par Clearstream. La place de l'éthique dans la politique est plus indispensable que jamais. Cette éthique va de l'impartialité de l'Etat dans les nominations, dans les décisions jusqu'à la transparence de ses processus de décision comme la qualité de ses choix majeurs à l'exemple de la dette publique. Cleartream ne règle rien de ces sujets.

    C'est sur ces dossiers que Dominique de Villepin doit s'exprimer. Clearstream est un processus à rebondissements multiples probablement durables mais si vite oubliés.

  • Dailymotion ou la nouvelle télé de demain

    Le temps quotidien des loisirs n’est pas extensible. La place de l’ordinateur face à la télé augmente et ce tout particulièrement parmi les jeunes générations.


    La gamme de choix via Internet est encore plus ample que le sprogrammes TV. Mais surtout, l’information est plus active. Chacun part à la recherche de son autonomie d’information composée des bonnes lectures comme des vidéos peu connues qui seront ensuite partagées avec sa communauté.


    Dans cette ambiance, Dailymotion vient d’annoncer une levée de 15 M€ avec ses partenaires financiers classiques que sont Partech et Atlas Venture. C’est le fruit de trois constats. Tout d’abord, Dailymotion occupe la place du n°2 derrière Youtube ; ce qui est remarquable. Ensuite, la progression de la fréquentation est considérable : 60 millions de visiteurs uniques par mois. Enfin, compte tenu de la tendance présentée en préalable, le modèle économique devrait progressivement se clarifier. Mais le marché reconnaît à terme la force des agrégateurs de contenus dont les contenus visuels.


    Ces agrégateurs vont occuper l’espace de liberté et de révélation à l’exemple de la vidéo ci-dessous de Dominique de Villepin. Une vidéo particulièrement bien réussie et qui montre la valeur ajoutée de tels sites face au formatage croissant des chaînes classiques de TV.

  • 19/10 : l’UMP va mal mais le PS va encore plus mal …

    La victoire hier de David Douillet est une réalité qui impose de regarder des faits en face.

    1) Il serait question d'un rejet de la "politique people" : réponse de l'opinion : elle en veut toujours plus. Le candidat "people" est parachuté. Il n'a aucune expérience de la politique. Il gagne.

    2) Les affaires de la rentrée devaient impacter le score de l'UMP : réponse du terrain : l'impact est très faible. Le PS a probablement été encore davantage impacté par les absences de décision de report du Modem et du Parti de Gauche en faveur du candidat PS.

    3) L'électorat attend de la morale et sanctionne les affaires : réponse du terrain : non. Dans ce dossier, la partielle fait suite à une condamnation pour un volet de corruption. Le parti politique concerné n'est pas impacté.

    Sur la conduite de campagne, les leçons sont doubles :

    1) La prime aux campagnes bulldozer. La justification est perçue comme le début du mensonge. Douillet a tracé sa route comme si tout le reste ne le concernait pas. La tactique est payante.

    2) L'offre politique n'est pas élastique. le choix se fait à partir d'une offre très limitée. l'UMP n'est pas le paradis mais le PS paraît parfois encore plus proche de l'enfer pour les électeurs. Tant que la situation reste sur ces bases, le pouvoir présidentiel a de beaux jours devant lui.

  • 18/10 : les élections partielles à fortes valeurs

    Ce jour, dans une circonscription d’Ile de France très à droite, une élection législative partielle a lieu. Normalement, le candidat UMP devrait être élu facilement. Trois hypothèses sont donc possibles. L’élection est largement gagnée par ce candidat. Cette situation signifie que l’électorat de droite n’a pas été perturbé par les difficultés de la rentrée. Deuxième hypothèse : l’élection est serrée. La faiblesse de l’écart traduira une érosion politique de la majorité présidentielle. Troisième hypothèse : la gauche gagne. Ce résultat traduirait la crise politique latente dans le pays.


    Certes, il sera nécessaire d’examiner le taux de participation. La bouderie d’un électorat aurait également une signification politique. C’est donc une partielle qui dépasse largement le seul enjeu local.


    Pour les Etats-Unis, à un an de l’élection de Barack Obama, il en est de même de l’élection pour la fonction de Gouverneur de Virginie. A ce jour, le candidat républicain dispose de 7 à 14 points d’avance selon les enquêtes. Il est certain que si la Virginie était conquise par les républicains, l’ambiance politique serait très impactée avant le lancement actif des élections du mid term.


  • 17/10 : et si les « vrais traders » étaient ailleurs ?

    Les traders sont devenus le symbole de la "rémunération disproportionnée". Les études techniques montrent qu'ils n'ont eu aucune responsabilité majeure dans la crise d'octobre 2008 qui relevait d'une logique systémique les dépassant amplement.

    Leurs rémunérations sont de fait indéxées sur une commission au résultat. Ces résultats reposent sur des formations élevées et une expertise indiscutable. La réalité du marché est telle que le trader qui ne performe pas connait la sanction la plus redoutable : le départ.

    Avec "talent", les responsables politiques ont jeté les traders à la vindicte populaire.

    Depuis l'audition du Directeur de Cabinet du Président de la République sur le budget de l'Elysée, les mistigris circulent. Pierre Giacometti est sur le devant de la scène avec ses supposés 43 000 euros nets par mois pour déchiffrer l'opinion pour le Chef de l'Etat. Ce chiffre n'est d'ailleurs probablement pas la réalité des budgets cumulés. Mais il montre que l'argent dans la politique française demeure un tabou.

    Cette situation se comprend car l'opinion franchirait une probable étape de crise si elle connaissait la réalité des salaires de ses élus locaux. Des spécialistes du "cumul discret" arrivent à des sommes rares dans le privé et surtout sans aucune proportion tant avec leur formation que leur niveau de travail.

    Les niches sont par exemple dans les remboursements des frais de déplacement, l'indemnité de représentation, le jeton de présence à une commission … Si la politique Française est aujourd'hui de plus en plus critiquée comme coupée des réalités, c'est qu'elle est accaparée par des professionnels de la politique qui parfois même n'ont eu aucune carrière personnelle en dehors de la politique. Par conséquent, comment pourraient-ils connaître un secteur qu'ils n'ont jamais "fréquenté".

    Si le mot "trader" devait désigner la disproportion entre la rémunération et le travail, il n'est pas sûr qu'il ait à s'appliquer d'abord aux salles des marchés financiers …

  • 16/10 : à la recherche des multi-conquêtes

    La revue Sciences Humaines de novembre consacre un article technique très intéressant sur les nouvelles techniques pour convaincre.


    C’est un sujet à la mode. La présentation de notre publication sur ce thème a déjà franchi le seuil des 2 000 visites sur la base de deux documents distincts.


    L’opinion a beaucoup changé. Pour l’essentiel, elle a éclaté et chaque groupe fonctionne de façon de plus en plus autonome consacrant de moins en moins de temps aux enjeux collectifs.


    Par conséquent, les méthodes classiques de communication doivent être modifiées. Les uns cherchent à imposer la communication par l’image à l’exemple de l’augmentation de la part des vidéos clips dans les campagnes US. Les autres tentent de mettre à profit les possibilités des nouvelles technologies pour s’adresser à des groupes « mieux sectorisés ». Une période d’adaptation à cette nouvelle donne est manifestement ouverte.


  • Où est l’esprit de mai 2007 ?

    La rentrée de septembre 2009 est particulièrement pénalisante pour la majorité présidentielle qui semble en plein naufrage.

    Les affaires se succèdent à un rythme accéléré. Les mesures difficiles sont légion. Les engagements présidentiels ne sont pas tenus. Mais surtout, le décalage entre les promesses de 2007 et les actes de septembre 2009 est consternant.

    Dès le premier semestre de son élection, le Président nouvellement élu avait surpris et choqué son électorat. A cette époque, la griserie de la victoire proche et le besoin de prendre ses nouveaux repères avaient été les excuses utilisées. Une fois cette période passée, tout devait "rentrer dans l'ordre".

    Alors comment comprendre l'actuelle période ? Rechute ? C'est l'ensemble d'un système qui semble à bout de souffle. Le pouvoir trop concentré a surexposé et vite usé. Derrière le leader, il n'y a pas de relève talentueuse. Bien davantage, une confusion généralisée des genres est apparue avec l'exposition excessive de collaborateurs présidentiels ou de simples membres de l'entourage.

    C'est l'ensemble d'un régime politique qui est à la recherche de lui-même car s'il est désormais commun de critiquer le Chef de l'Etat, il est tout aussi commun de constater que le transfert d'espoir n'a pas encore été opéré. Le pays semble en mal généralisé de leadership. C'est une situation étonnante dont il est difficile de prévoir à ce jour les conséquences pratiques comme les conditions et le calendrier de sortie.

  • Communication publique : le changement d’âge

    Sous nos yeux en ce moment, la communication publique connaît un réel changement d’âge.


    Cette évolution majeure est le résultat de nombreux facteurs. Tout d’abord, l’opinion guette la faute de comportement des décideurs. En France, ce climat conduit aux dossiers Mitterrand, Besson, Jean Sarkozy … Au Canada, c’est la recherche de « l’excès de pouvoir » à l’exemple des décisions sur des campagnes publiques de communication. En Grande-Bretagne, c’est le débat sur les remboursements des frais privés des Ministres. En Italie, c’est le feuilleton des frasques sexuelles de Berlusconi. Aux Etats-Unis, c’est la quête aux règles non respectées par les politiques ou leurs proches à l’exemple de la vidéo sur Maria Shriver qui conduit en téléphonant.


    Ensuite, cette demande peut compter sur des outils neufs que sont les nouvelles possibilités des téléphones portables permettant de prendre sur le champ une vidéo ou une photo. Chacun devient un paparazzi potentiel avec un cliché explosif.


    Enfin, cette demande intervient dans un contexte de « sentiment justicier » ou « vengeur » tant l’opinion a désormais le sentiment d’être manoeuvrée par les pouvoirs. Le mot manipulation est probablement le mot clef de cette rentrée de septembre 2009.


    J’ai eu plaisir à participer à la rédaction d’une publication qui, à l’aide d’exemples concrets, recense les principales méthodes mises en oeuvre ces dernières années avec parfois un succès considérable : comment sauver l’opinion face à 20 techniques de manipulations ?