Denis Bonzy

Auteur : Denis Bonzy

  • La révolution Obama en route (10/10)

    Ce jour de clôture du sommet de Copenhague, je termine la présentation des 10 personnalités qui ont marqué la politique de l’environnement ces dernières années.


    Bien entendu, cette sélection est très subjective même si elle a visé à retenir des tendances structurantes.


    Cette subjectivité affecte le choix d’aujourd’hui. Et pourtant, même à l’écart de tout sentiment partisan, je demeure convaincu que Barack Obama est le leader qui peut le plus faire pour l’environnement dans les prochaines années.


    Il occupe cette place par la conjonction de trois facteurs.


    Tout d’abord, il défend en priorité tout ce qui rassemble. Cette pédagogie de la conviction positive par l’adhésion est la meilleure, voire même la seule possible.


    Ensuite, il incarne une indiscutable pensée plus universelle que celle des habituels responsables politiques US. Ses discours de Philadelphie, du Caire notamment sont des visions de fond avec lesquels il est possible d’être d’accord ou pas mais qui ont le mérite d’exister.


    Enfin, sur des sujets comme la santé ou l’environnement, il est en avance sur l’opinion. Sa faculté de séduction est telle qu’il arrivera à faire progresser l’opinion.


    La rivalité Obama / Sarkozy n’existe que dans la pensée française. L’un est à la tête de la première puissance du monde tandis que le second veut faire croire qu’il « sauve la planète » quand son pays est paralysé par trois centimètres de neige, que l’électricité peut tomber en panne pour des régions majeures, qu’aucun débat de fond n’est mené à bien dans des conditions sérieuses, que les stations Françaises font tourner les canons à neige depuis 10 jours, que la taxe carbone est abandonnée pour les routiers avant d’être mise en exercice…


    Il faut beaucoup de complaisance ou beaucoup de dépendance aux médias Français pour rester à l’écart des observations de leurs collègues étrangers. Il est vrai que désormais, la crise des finances des médias fait que le véritable rédacteur en chef est le …comptable et que ce dernier ne veut en aucune manière se fâcher avec le moindre annonceur publicitaire classique ou potentiel…


    Après la réforme de la santé et dans le cadre de la reprise économique que les Etats-Unis vivront en premier, Barack Obama aura des choix majeurs à effectuer en matière d’environnement.


    S’il les effectue, la donne changera. Il faut neutraliser l’année 2010 car année des élections du mid term qui vont radicaliser les positions des uns et des autres. 2011 sera le véritable test en la matière.


  • Moveon.org ou le nouveau combat pour l’environnement (9/10)

    Moveon.org marque une double évolution dans la défense de l’environnement :
    1) il ne faut pas changer la politique de l’environnement mais le système,
    2) le levier pour ce changement, ce n’est pas le Pouvoir mais le citoyen.


    MoveOn est une association dont l’action repose sur deux postulats :
    – le citoyen est toujours plus important que l’élu. C’est le citoyen qui est à la base de tout. C’est lui qui fait et détient le pouvoir,
    – pour que le citoyen puisse exercer convenablement ses droits, c’est-à-dire se prononcer en totale connaissance de cause, il doit être « averti ».


    Le « citoyen averti » est à la démocratie ce que le « consommateur averti » est à la consommation quotidienne.


    C’est celui qui sait déchiffrer les fausses promesses, poser les bonnes  questions, ne se laisse pas piéger par les annonces racoleuses…


    Mais comment construire « un citoyen averti » ?


    Sous cet angle, c’est simple. Il s’agit d’abord de dénoncer les « complots du concurrent ».


    Il s’agit ensuite d’appliquer la « publicité comparative ».


    En ce qui concerne la notion du « complot », l’axe consiste à  dénoncer publiquement les comportements qui portent atteinte à la considération des consommateurs ou des citoyens.


    Les premiers pratiquent alors le boycott des produits désignés pour cibles.


    Les seconds votent contre les candidats ou contre les responsables qui ne respectent pas certaines valeurs.


    Aux USA, cette logique crée une véritable dictature du consommateur ou du citoyen et malheur à l’entreprise ou à l’élu qui entre dans le collimateur de groupes de pression.
    Cette clameur est d’autant plus redoutable qu’elle ne vise pas toujours à établir une stricte matérialité des faits mais à convaincre que le vrai est révélé.


    C’est la différence entre « l’objectivement probable et le subjectivement certain ».


    Dans une époque qui se dit scientifique, la place de ce que le groupe social croit vrai n’a probablement jamais été aussi grande.


    Le réel importe moins que ce qu’on croit qu’il est.


    Là réside tout le danger et toute la perversité des campagnes de MoveOn.


    Elles constituent une structuration du corps social et le rendent ensuite quasi imperméable à des considérations plus objectives.


    Pour conduire cette information, MoveOn recourt à la « publicité comparative ». De nombreuses comparaisons peuvent intervenir en politique.
    Il est ainsi possible de comparer :
    – les déclarations et les actes,
    – les bonnes intentions et les votes,
    – les chiffres officiels et des statistiques d’autres sources,
    – les résultats d’un Etat et ceux des voisins,
    – les résultats d’une période donnée et ceux d’une période antérieure,
    ….


    C’est la reconnaissance qu’une élection est d’abord le refus d’un candidat plus que le vote positif en faveur de l’un des prétendants. Cette reconnaissance est loin d’être évidente puisqu’elle malmène sévèrement l’égo des candidats.


    La victoire de Barack Obama en 2008 est peut-être aussi l’oeuvre de Moveon.org qui a mobilisé son maillage et la motivation de ses volontaires qui voulaient impérativement tourner la page de l’Administration Bush.


    Moveon.org est probablement la structure annonciatrice des grandes mobilisations collectives pour des causes ponctuelles dont l’environnement.


  • Brigitte Girardin et le succès de Villepincom

    Le réseau social Villepincom fête son 1er trimestre de fonctionnement puisque lancé le 15 septembre 2009.

    Les proches de Dominique de Villepin ont été les premiers à organiser un bouquet aussi cohérent d'offres via Internet.

    Le Club Villepin, présidé par Brigitte Girardin, a son site Internet. Mais à côté de tous les satellites habituels (facebook …), il a lancé un réseau social : Villepincom. Girardin 18 09 09 Cette initiative est coordonnée par M. Christophe Carignano.

    Ce réseau social fonctionne désormais de façon dense : plus de 4 000 membres actifs. Les groupes de travail se multiplient.

    C'est un espace démocratique d'expression en veillant à ce que la liberté d'expression ne produise pas des débordements préjudiciables.

    Ce qui est intéressant dans cette démarche, c'est un triple pari.

    Tout d'abord, le choix de la vie par le terrain : les membres ont totalement investi cet outil de relations. C'est le site qui mobilise le plus de bénévoles liés en aucune manière à des permanents de partis politiques ou de collectivités. C'est le premier réseau citoyen en nombre et en production.

    Ensuite, le choix du contenu : sa Présidente entend faire naître du terrain des propositions concrètes. Ce réseau incarne le premier "militantisme Internet" à ce point.

    Enfin, le choix du style : sobre. Il représente une approche "SVM" (soyez vous-même) qui tranchera probablement dans la candidature de Dominique de Villepin face à la "génération sarkozy" du tout-image.

    Les excès et les ratés de ce tout-image qui se multiplient actuellement quotidiennement vont peut-être installer un nouveau climat de "non communication" avant de retrouver un juste point d'équilibre.

    C'est une initiative à suivre de façon très attentive car elle s'est installée avec succès dans le paysage de la communication publique en suscitant les échanges et les effets d'entraînement sur des bases quantitatives désormais significatives.

  • Bear Grylls et la nature comme « fausse ennemie » (8/10)

    Ancien membre des forces spéciales britanniques, Bear Grylls a monté un concept d’émission TV qui connaît un succès croissant.


    Il est largué au-dessus d’une zone supposée hostile et doit rejoindre un point éloigné de récupération.


    Pendant tout l’itinéraire, il fait découvrir les « milieux hostiles » mais surtout montre par l’exemple combien la nature contient tous les éléments de survie : de la nourriture la plus inattendue au vent qui accélère la progression …


    Le titre de son émission est un peu trompeur. Loin d’être un milieu hostile, la nature apparaît progressivement comme l’alliée de la vie humaine dans des conditions stupéfiantes.


  • Hervé Morin et sa « vraie guerre » : … récupérer le nom UDF

    La coupure culturelle entre l'opinion et le pouvoir présidentiel est profonde et grave. Pas un jour ne se déroule désormais sans une manifestation d'hors jeu culturel.

    Quand la crise est là multipliant les exclusions et les frustrations et a fortiori en période de fêtes, ce n'est pas le rôle de Ministres de danser et de chanter sur un clip vidéo sur le thème de la "vie est belle".

    Quand les enjeux européens sont aussi nombreux, est-ce le rôle d'une députée européenne de témoigner une telle "distance" avec les devoirs de sa fonction comme vient de faire Rachida Dati : Dati téléphone …

    Quand des femmes, des enfants, des mères, des pères, des soeurs et des frères ont l'un des leurs au front en Afghanistan, est-ce le rôle du Ministre de la Défense d'accorder autant de temps et autant d'attention à la récupération … du nom UDF pour changer le nom du petit parti qu'il préside ?

    Cette confusion des genres provoque, irrite, désabuse.

    Ces attitudes posent une question majeure : la dignité d'exercice d'une fonction.

    La politique est certes humaine donc elle comprend des maladresses, des erreurs, voire des fautes. Mais elle n'a pas le droit d'être inhumaine à ce point c'est à dire ignorer des réalités dramatiques, confondre des enjeux, montrer de tels détachements dans l'exercice d'un pouvoir délégué. Tout ne se vaut pas.

    Il y a des responsabilités et des circonstances qui imposent de la retenue, de la discrétion, du sacrifice.

    Il est toujours dangereux de s'en éloigner à ce point.

  • Robert Redford et la force du cinéma (7/10)

    La place d’Hollywood dans la vie publique Américaine est considérable. A côté d’opérations purement commerciales, une partie de la culture du cinéma vise à promouvoir des grandes causes. La reconnaissance de la spoliation de la nation Indienne, la défense des équilibres des pouvoirs et l’environnement ont été des batailles prioritaires.


    Robert Redford, notamment grâce au Festival de Sundance, incarne cette logique culturelle qui vise à trouver un juste équilibre entre l’approche commerciale et le film à « thèmes ».


    L’environnement doit beaucoup à cette génération d’acteurs.


  • Cousteau, Tazieff ou le défi de la science par l’image (6/10)

    La France a pu compter sur une génération de scientifiques qui ont compris très rapidement les enjeux de la vulgarisation de certaines données scientifiques.


    En 30 ans, la tendance s’est totalement inversée. Hier, des scientifiques sont allés à la rencontre de l’image pour populariser certaines de leurs priorités. Aujourd’hui, des professionnels de l’image vont à la rencontre de données scientifiques.


    Il est à souhaiter que ces dernières ne soient pas trop « aménagées » pour rencontrer les images chocs ou les menaces susceptibles de mobiliser de fortes audiences.


    Les nuances scientifiques éprouvent toujours des difficultés à accompagner les formules globales.

  • Al Gore : de l’alerte au « climategate » (5/10)

    Al Gore traverse actuellement une passe très controversée.


    il est parfois impressionnant d’imaginer l’impact d’un scrutin présidentiel 2000 portant à la Présidence des Etats-Unis Al Gore et non pas GW Bush.


    Il importe de préciser que le 7 novembre 2000 Al Gore a obtenu 550 000 voix de plus que son adversaire  sur l’ensemble du territoire américain. Mais seul le système des grands électeurs et la victoire de GW Bush en Floride le privent de la victoire  » officielle « .


    En Floride, officiellement, GW Bush a gagné avec 537 bulletins d’avance sur un total de 6 millions. Les recomptes financés par des journaux indépendants vont fréquemment remettre en question ce  » résultat officiel « .


    A cette époque, en refusant la multiplication de contentieux durables, Al Gore a « sauvé » la démocratie US.


    Plus tard, il réalise un documentaire ( » the unconvenient truth « )  qui vise à sauver … la planète.


    Dans ce contexte, comment résumer la personnalité d’Al Gore ? Peutêtre à l’aide de 3 anecdotes.


    En 1965, dans l’almanach de fin d’année d’une école privée St Albans de Washington figure une photo de 51 élèves de classes terminales. Sous le portrait de l’un d’entre eux figure une phrase d’Anatole France  » les gens sans défaut sont terrifiants « . Ce portrait est celui d’Al Gore qui a choisi une formule d’un auteur français.


    Son père est Sénateur du Tennessee. Al Gore vit pour partie à  Carthage, petite ville à l’est de Nashville dans le Tennessee.
    Le 7 août 1969, par amour pour son père afin de ne pas le mettre en difficulté dans cette période très controversée, Al Gore se porte volontaire pour le Vietnam tout en sachant pourtant combien cette guerre suscitait son hostilité.


    En 1989, son fils Albert, alors âgé de 6 ans,  est victime d’un très grave accident automobile. Al Gore se retire de la politique et il faudra attendre le 9 juillet 1992 pour le voir ré-apparaître sur le ticket démocrate avec Bill Clinton alors même que depuis 1988 tout le prédisposait à la 1ère place des candidats démocrates.


    Al Gore traverse actuellement une période de vives contestations sur le thème même du réchauffement climatique. Des scientifiques dénoncent une « manipulation ». Les séances de signatures sont difficiles pour l’ancien Vice-Président. A son tour, il est poursuivi par une quête de vérité qui dérange.

  • La « génération Obama » arrive

    Dimanche, le Chili vote. Un candidat a effectué une percée invraisemblable : Marco Enriquez-Ominami.


    Il a 36 ans. Il a bousculé tous les pronostics. Même si probablement, la victoire finale va lui échapper, il a déjà gagné l’élection tant son parcours a défié toutes les lois habituelles.


    Sa campagne a répondu à 5 critères :


    – il est le candidat anti-système,


    – il a battu tous les records de plongée dans les terrains, dans les quartiers, dans les immeubles à la recherche du contact humain,


    – il a créé son réseau citoyen via Internet,


    – il échappe aux clivages traditionnels. Selon les sujets, il se réclame de droite et de gauche,


    – il redonne de l’espoir.


    Le 13 décembre, soit il gagne et il entre dans l’Histoire. Soit il prend date et incarne le pouvoir de l’avenir. Il se revendique de la génération Obama. Il en est l’un de ses produits.


  • San Francisco ou la ville citoyenne verte (4/10)

    San Francisco incarne d’abord une ville citoyenne et ensuite une ville verte. Une ville citoyenne, parce qu’elle n’attend pas tout de l’Etat. Bien au contraire, les citoyens préférent faire et que l’Etat ne s’occupe pas trop d’eux.


    Parmi les « citoyens » figurent aussi les fonds d’investissements. VentureOne, capital-risqueur spécialisé dans l’économie verte, fourmille de demandes pour des investissements porteurs de croissance et d’un environnement mieux protégé.


    Les investissements en technologies propres connaissent des progressiosn considérables et échappent aux temps difficiles des autres segments de marchés. C’est le vrai exemple de la preuve locale. La Ville parraine une compétition de business modèles verts dotés de prix significatifs mais surtout de soutiens professionnels.


    San Francisco bouillonne d’idées pour lutter contre le réchauffement climatique. Les économiques et les citoyens ont pris en main le défi.