C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris hier soir le décès de M. René Martin-Grand. Il avait été hospitalisé il y a quelques semaines. Lors de notre dernière rencontre à la sortie de l'hiver, il m'était apparu fatigué, davantage que d'ordinaire. Mais toujours aussi gentil. Avec de nombreux autres agriculteurs du sud de l'agglomération grenobloise, M. René Martin-Grand représentait la belle génération. Et ce fut une immense chance que de pouvoir bénéficier de leurs connaissances et de leurs expériences pendant tant d'années. La découverte de la terre a été pour moi le produit de nombreuses "formations". D'abord mon père bien entendu. Mais aussi des ajouts d'autres regards : Mme Suzanne Combet, personne adorable. M. Hippolyte Riboulet aux gestes si protecteurs quand j'étais petit. Vital Geymond et sa connaissance des sentiers. Jean Louis Bénis et sa passion pour les berges des ruisseaux. Maurice Valfort et sa force de caractère. Et la liste pourrait durer longtemps : MM Perrin Terrin, Corréard, Policand … et bien sûr M. René Martin-Grand. Chacun d'eux avait un trait caractéristique à mes yeux. Pour Mme Combet, son chignon et la blancheur de ses cheveux. Pour Vital Geymond, la qualité de ses pantalons en toile très épaisse. Pour M. Valfort, une voix. Profonde. Rocailleuse. A longue portée. Pour M. Martin-Grand, son regard avec une douceur adorable. Un regard qui exprimait aussi un tempérament qui aimait rire. Lors de la fête annuelle du boudin (en toute sincérité le meilleur qu'il m'ait été donné de savourer avec des pommes de terre et des pommes), avec tous ses copains nombreux, on retrouvait sa méticulosité à tout préparer dans le moindre détail, veiller au poids de chaque portion, à la chaleur du café et aux mots gentils. La belle génération qui a su vivre des adaptations considérables. Connaître des guerres. Se relever. Elever une famille. Travailler avec ténacité. Tant de belles valeurs qui aujourd'hui sont si souvent maltraitées. Une pensée particulière pour son fils Gilles car leur lien était très étroit. Une solidarité agréable à voir. Chaque fois que j'ai eu la chance de les voir ensemble, ils n'imaginaient probablement pas combien leurs échanges de regards et leurs rires complices pouvaient me toucher. Une pensée aussi bien sûr pour chaque membre de sa famille. Une immense reconnaissance pour le plaisir de si nombreuses rencontres. Il est celui que ces dernières années j'ai le + souvent rencontré en 4×4 ca rles longues marches devenaient plus délicates pour lui, baissant sa vitre, un mot bref gentil et continuant sa route tout naturellement pour rejoindre les coins qu'il aimait tant. Beaucoup de tristesse comme à chaque reprise qu'une belle personne comme lui nous quitte.
NB : pour la photo, je n'avais pas de photo de M. Martin-Grand, marqueur de sa discrétion. J'ai repris cette photo de la montagne qui sépare St Paul de Varces et Villard de Lans. Une montagne dont il connaissait tous les sentiers pour les avoir pratiqués ou surveillés à la jumelle.
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