Rien ne peut remplacer les leçons du terrain. Il y en a une qui actuellement me marque beaucoup : le nombre de personnes très critiques sur un pouvoir local mais qui dans la foulée donnent la raison pour ne pas pouvoir l'exprimer à haute voix publique. Dans les années 80, après l'échec de la loi Marcellin sur les fusions de Communes, un ouvrage de Jacques Delors avait eu un succès considérable : "la démocratie à portée de la main". Dans la France centralisée d'alors, cet ouvrage était l'éloge de la proximité. Finalement l'analyse d'hier est peut-être devenue fausse : et si démocratie et forte proximité étaient difficilement compatibles ? Pourquoi ? Parce que dans la démocratie de proximité, une décision n'est plus anonyme. Et l'anonymat reste l'un des boucliers de la décision non arbitraire. Avant ces échanges sur le terrain, j'avais un marqueur qui m'intriguait : les audiences d'articles du Club 20 sur les réseaux sociaux. Plus les articles étaient critiques, plus les audiences étaient fortes et moins les mentions publiques "j'aime" étaient … nombreuses. Très souvent, c'est alors via la messagerie privée que les commentaires arrivaient : soutiens, exemples à ajouter, dossiers supplémentaires à évoquer … Et les personnes d'expliquer : un marché public, un emploi, un stage, une subvention pour une association … : autant de contraintes pour une expression publique bâillonnée. Cette réalité est à mon avis d'ailleurs une des explications des Gilets Jaunes. Dans le mépris du statut du citoyen, il y a beaucoup de reproches faits au local (par ailleurs gros décideur d'impôts) mais toute la facture est présentée au … lointain Etat car, face à l'Etat (Paris), l'anonymat est de retour, donc la liberté d'expression. C'est une triste réalité qui montre combien la démocratie de proximité doit encore progresser en France.
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