La qualité de l’eau dans l’agglomération grenobloise : des alertes graves et des inquiétudes croissantes ! Des interrogations gagnent du terrain face à toutes les menaces objectives qui existent désormais sur la qualité de l’eau dans l’agglomération grenobloise. 5 menaces méritent des réponses claires, précises qui se font terriblement attendre. Ces menaces doivent être examinées avec lucidité sans esprit polémique ni étroitesse d'esprit militant. Il faut regarder des faits et donner des réponses urgentes.
1) L’eau polluée de Vif – Le Gua – Varces : près de 15 jours après la réunion historique de Vif (1 200 personnes présentes : chiffre jamais vu jusqu'alors !), toujours pas de réponse claire. Et pourtant, l’action conduite par Mme Karine Maurinaux pour la défense des consommateurs donne aux pouvoirs publics la chance d’une interlocutrice compétente, sérieuse, responsable. C'est une chance qui doit être saisie, respectée, considérée. C'est la chance des élus que d'avoir une interlocutrice qui est une vraie porte-parole avec une force morale incontestable et qui exerce cette fonction avec tolérance, honnêteté intellectuelle exemplaire et goût de la vérité. Une démarche renforcée par le pouvoir d'expertise d'UFC Que Choisir.
2) Le fonctionnement de la Régie publique des Eaux de Grenoble (sous la forme juridique de SPL) suscite à son tour des questions : le dernier rapport de la Chambre Régionale des Comptes (28 juillet 2014) a mis en évidence des questions sérieuses. Pas de réponse à ce jour. Parmi les questions posées par le rapport :
2a) «Comptes non sincères» (cf page 13/47) : pour de multiples raisons dont l’irrespect de l’annualité des comptes, les comptes de la Régie sont considérés comme non sincères.
2b) Par ailleurs, dans ce contexte général, des indicateurs financiers d’alertes sont nombreux :
– l’augmentation des créances irrecouvrables : 254 985 € sur l’exercice 2011 soit une très forte augmentation (cf page 14/47),
– forte augmentation de l’endettement : + 63 % de 2008 à 2011 et sur la base d’emprunts aux critères techniques qui les rendent très onéreux dans le temps (cf page 18/47),
…
2c) Toutes ces dépenses sont-elles de nature à produire un réseau performant ?
Réponse :
non.
Le taux des pertes en réseau (30 m3/Km/J) est le + élevé des collectivités urbaines de l’échantillon comparable (cf page 31/47).
2d) Cette régie a-t-elle mené une politique salariale suscitant la mobilisation nécessaire des personnels ?
Même en travaillant à 35 heures par semaine (cf page 25/47) à compter de 2008 (car c’était 34 heures par semaine avant 2008), c’est un organisme avec un taux très élevé d’absence par agent : 23 jours en moyenne par agent en 2012 (cf page 26/47).
2e) Si cette régie communique beaucoup à l’extérieur de son département, est-elle au moins parvenue à convaincre ses plus proches voisins à l’intérieur même de son département ?
La régie des eaux de Grenoble n’est pas parvenue à convaincre ses plus proches collectivités voisines d’où une gestion publique locale totalement éclatée de l’eau. Le SIERG gère toujours 33 Communes de l’agglomération grenobloise. D’autres structures publiques gèrent de petites entités par exemple le SIVIG pour le secteur Sud de l’agglomération grenobloise (Vif, Le Gua …).
Le SIVIG qui vient de rejoindre la Métro de l’agglomération grenobloise dans des conditions tellement non préparées que depuis 2 ans l’eau dans le Sud de l’agglomération n’est plus facturée aux abonnés.
3) L'équilibre financier quand (cf point 2e ci-dessus) un secteur entier de l'agglomération n'est plus facturé alors même que ce problème de gestion avait été présenté par écrit comme devant être officiellement réglé lors du … 1er trimestre 2016. Et le 1er trimestre 2016 est dépassé depuis plus de 30 jours mais toujours pas la moindre information sur les conditions de règlement de ce volet administratif.
4) Face à la tendance incontestée du réchauffement climatique et de l'explosion urbanistique péri-urbaine actuellement considérable, plusieurs Communes semblent manifestement exposées à des risques croissants d'insécurité d'alimentation en eau en pleine période d'été. Quels efforts pour y remédier ? Là aussi, pas la moindre visibilité. Alors que la zone de Rochefort est utilisée à moins de 30 % de ses capacités !
5) Et dans ce contexte déjà très préoccupant, la Région et le Département de l'Isère viennent d'ajouter une interrogation supplémentaire sérieuse en présentant dans le Vercors un très coûteux "plan neige artificielle" à hauteur de 200 millions d'euros. Mais dans le Vercors, ce plan "neige artificielle" pose deux questions techniques majeures : d'une part, où sera collectée l'eau pour être transformée en neige artificielle ? Et d'autre part, quelles précautions seront prises sur le traitement de la neige artificielle par rapport aux nappes du plateau qui alimentent de nombreuses Communes du bassin versant du Vercors sur les volets péri-urbains de l'agglomération grenobloise ? Lors de la présentation de ce plan "neige artificielle", ces volets techniques n'ont pas été abordés. A cette étape, il ne s'agit pas d'être pour ou contre ce projet mais de demander tout simplement la publication de l'étude de faisabilité qui a dû être effectuée et permettant de dissiper les questions éventuelles.
Toutes ces questions ne peuvent pas durablement rester sans réponse.
L'une des réponses majeures est dans le partage de l'eau de Rochefort qui est un vrai projet positif d'agglomération. Peut-être même le seul immédiat à conduire actuellement ?
Un projet positif qui tranche avec l'image permanente de la Métro perçue comme un frein à tout en dehors de sa capacité à lever des impôts et des taxes toujours plus lourds.
Un projet qui fait vivre une vraie solidarité territoriale. Pourquoi la Ville de Grenoble "partagerait-elle" avec les Communes du Sud de l'agglomération toutes les contraintes mais seulement les … contraintes liées à la zone de protection absolue de la zone de captage et pas … l'eau de cette même zone ? Une situation d'autant moins tolérable et compréhensible quand la pollution gravissime reconnue comme chronique donc durable sévit dans des Communes voisines de cette zone de captage.
Un projet qui avait déjà été évoqué de très longue date mais un projet toujours repoussé pour des raisons diverses. Mais avec l'officialisation de la Métropole, avec les moyens financiers qui sont désormais les siens, avec les compétences maintenant dévolues dans ce domaine, il est temps de passer aux actes dans l'urgence absolue.
Les atermoiements ne doivent pas durer. Ils portent trop de mépris, trop d'indifférence.
Il temps que la Métro sorte de sa conception sinistre d'être la seule voiture balai des déficits récurrents que les Communes lui transfèrent comme un mistigri permanent.
Les contribuables et les citoyens de la Métro méritent une communauté d'agglomération animée par des ambitions positives, constructives, de progrès. Que la Métro mette en oeuvre ce grand projet de maillage des réseaux d'eau et elle témoignera enfin de sa volonté et de sa capacité à faire vivre une agglomération en dehors des seuls papiers administratifs, des taxations multiples et des polémiques politiciennes qui font son quotidien dans la presse.
Toutes celles et tous ceux qui connaissent ce dossier de longue date auront alors à coeur de saluer le progrès nécessaire. Un progrès à la hauteur de cette richesse patrimoniale commune qu'est l'eau et qui doit rassembler bien au-delà d'oppositions de diverses natures qui ne sont pas au niveau de la réalité de cet enjeu collectif.
Denis Bonzy
Ancien Président de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse
Laisser un commentaire