Il y a des moments où les salles parisiennes de presse sont vraiment hors sol face à des sujets très concrets. On est en train de le vivre actuellement avec la présentation du drame de la Côte d'Azur.
5 questions pratiques font actuellement l'objet d'un traitement médiatique irréel :
1) Météo France : le constat de bon sens c'est : il vaut mieux être informé même 5 minutes avant les faits que pas du tout. J'ai connu de fortes tempêtes à Denver, Boston, Newport. Que se passe-t-il ? Vous êtes dans le Colorado ou dans le Massachusetts, sur la chaîne TV locale, en cas de tempêtes, vous avez un bandeau en bas de l'écran qui donne en permanence toutes les informations : estimation de la force des vents, celle des pluies … Cette info est donnée pendant toute la tempête avec les évolutions possibles. Et avec les réseaux sociaux notamment chacun se charge de relayer. Dans le Colorado, le bandeau d'infos est même précédé d'une alerte sonore du type de celle en France pour les enlèvements d'enfants. Pourquoi est-ce possible là-bas et impossible en France ? Ce décalage ne résiste pas à l'examen des faits.
2) L'analyse des causes : de façon générale, les causes sont connues. Le sous-dimensionnement des digues face à des étiages exceptionnels. Je présidais l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse lors des inondations de Nîmes en 1988 (11 morts), les études ont établi une chaîne très cohérente de difficultés dont le sous-dimensionnement des berges. Vaison la Romaine après les inondations a effectué des travaux remarquables = plus de problème. C'est le plus bel ouvrage de redimensionnement des
berges pour faire face à différents niveaux. Un exemple de réussite.
3) L'écoulement pluvial urbain est peu traité. Il faut que l'eau se fasse un passage. Elle se le fait avec d'autant plus de dégâts que tout est bitumé ou bétonné. L'écoulement pluvial urbain est un volet peu traité dans les documents d'urbanisme.
4) Dans 4/5 des Communes, les berges ne sont plus entretenues. Qu'est ce qui se passe en cas de gros orages ? Le ruisseau gonfle. Il emporte les matériaux des berges. Au premier obstacle (par exemple un pont), un barrage naturel se crée. L'eau se stocke. Puis à un moment le barrage naturel cède et la vague destructrice déferle.
5) Pourquoi ces faiblesses ? Dans l'urbain, la trop faible mobilisation des moyens financiers pour ces sujets car ce sont des sommes colossales qui sont en jeu. Dans le milieu péri-urbain et rural, la quasi-disparition des agriculteurs qui avaient conscience de ces réalités et qui procédaient régulièrement aux entretiens nécessaires : couper les arbres le long des berges, entretenir les "éviers", l'impact des haies dans les champs …
A circonstances constantes + réchauffement climatique, c'est une actualité dramatique qui est vouée à être de plus en plus présente en France. Si F. Hollande veut être utile, ce n'est pas seulement la compassion qu'il doit porter mais annoncer les milliards d'euros que l'Etat doit débloquer pour agir sérieusement. Et ce volet en plus serait utile à l'emploi de proximité.
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