Prenons un cas très concret : vous êtes rédacteur en chef d'un magazine hebdomadaire et vous avez à choisir la couverture pour le sujet fort qui va paraître le dernier week-end avant la rentrée. Vous choisissez quoi ?
L'impact sur la reprise internationale de la "grippe" de la seconde économie au monde (Chine) ? La réalité du réchauffement climatique en France à 3 mois de la COP21 et un mois après la canicule officielle ? Le discrédit de la classe politique française qui ouvre une autoroute au FN à 3 mois des régionales ? Le "flou" de la gauche avec les divisions internes au PS et chez les Verts ? La gestion des migrants ?
Prenons même un autre axe plus décalé : le moral des français à la rentrée ? Le coût véritable d'une rentrée scolaire ? Les "vacances" des sans logis ? …
Alors votre sujet de la reprise, c'est quoi ?
Pour le magazine Le Monde, c'est :
Yann Moix fait son entrée dans l'équipe de Laurent Ruquier !
Tout l'entre-soi médiatique français est résumé par ce choix de "sujet fort".
A ce niveau de décalage entre les "vrais sujets" et les préoccupations du microcosme médiatique, la compétition n'est plus possible. Et c'est Le Monde et pas le supplément télé d'un magazine quelconque. Le "couronnement" d'un entre-soi qui a connu des étages déjà importants : cet été, FranceTélévisions, la télé d'Etat, a fait des émissions entières sur ses présentateurs comme Stéphane Bern avec multiples promos à l'appui. Dans les entretiens, il y aura bientôt plus de plans sur celui qui pose des questions que sur celui qui répond. Et il faut quand même bien reconnaître que pour bon nombre de journalistes français "poser des questions" c'est surtout tenir le micro plutôt que prendre le risque de contrarier l'invité.
Bref, tout un système replié sur lui, qui vit son entre-soi sans complexe. Et qui contribue à la désaffection ambiante de citoyens qui constatent que le "système" a véritablement perdu ses repères essentiels.
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