Denis Bonzy

Ben Bradlee et l’époque du journalisme comme 4 ème pouvoir

40 ans après le départ de Nixon de la Maison Blanche suite au scandale du Watergate, Ben Bradlee, ex rédacteur en chef du Washington Post décède.

Une référence pour toute une génération qui, dans la foulée du Watergate, pensait que le journalisme allait être le 4 ème pouvoir. 

Watergate, c'est une culture du journalisme comme composante d'un équilibre des pouvoirs toujours précaire entre le politique (exécutif et législatif), le judiciaire et le pouvoir d'informer.

Depuis cette époque, 4 évolutions majeures sont intervenues :

1) La multiplication des médias a fragilisé les "grands supports" : les équipes d'alors en nombre avaient des moyens d'enquêtes. C'est plus difficile aujourd'hui. Le pouvoir humain direct, interne d'expertise du journalisme  s'est fragilisé.

2) Ce pouvoir d'expertise s'est aussi fragilisé parce que le journalisme a progressivement entretenu des relations plus compliquées avec les pouvoirs. Le journalisme d'opinion donne le sentiment de vivre des vérités fluctuantes selon les appartenances politiques. Un journalisme voit dans les pouvoirs celui qui peut attribuer des aides sous des formes  diverses davantage qu'un pouvoir à équilibrer …

Le statut du journalisme a globalement changé.

Ben Bradlee

3) Le temps de l'information a beaucoup évolué. Le rythme du Watergate, c'est deux d'investigations permanentes avec des rebondissements. Aujourd'hui, deux ans pour une information , c'est une éternité qui fait disparaître l'information dans le flux des suivantes.

4) Mais surtout,


c'était l'acceptation d'une vérité des faits par l'opinion. Etre un journaliste à cette époque, c'était d'abord servir les faits. Sur la base des faits, chacun allait ensuite construire son analyse. Mais les faits étaient sacrés. 

Aujourd'hui, tout est commentaire. Les faits sont martyrisés en permanence quand ils ne sont pas tout simplement oubliés. C'est d'ailleurs l'une des circonstances atténuantes dans le désarroi de l'opinion. L'opinion a aussi sa part de responsabilité parce que de plus en plus une partie d'entre elle accepte les faits à la condition qu'ils correspondent à ce qu'elle souhaitait au départ.

Pour toute une génération, l'impact du Watergate a été considérable. A la fin des années 70, au début des années 80, le journalisme était une carrière particulièrement noble. Dans les promotions universitaires connues alors, les plus brillants voulaient se consacrer à ce métier.

C'est une profession qui doit retrouver cette noblesse d'esprit parce qu'elle doit être la garante de la vérité des faits dans l'indépendance la plus absolue.

La vérité des faits, c'est le seul socle possible pour des opinions libres et avisées.

 

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