Depuis mars 2014, je n'ai participé à aucune des polémiques récurrentes qui alimentent le débat local. La liste d'Eric Piolle a été élue. Elle doit bénéficier des délais nécessaires pour faire ses preuves. Parce que désormais en charge des décisions de tous, cette équipe doit également pouvoir compter sur le souhait sincère qu'elle réussisse parce que son échec sera celui des conditions de vie de tous les habitants de l'agglo concernés par la ville-centre.
1) La situation d'hier est une crise. Qu'une instance de décision ne puisse se réunir pour cause de violences est un fait exceptionnel qui marque la crise d'une démocratie citoyenne qui doit être apaisée.
2) Cette crise est logique. Une crise bien plus globale couve sur l'ensemble de l'agglomération. Cette réalité tient à 4 facteurs pour l'essentiel.
– les citoyens ne savent pas où l'agglo va. Sur les enjeux majeurs (fiscalité, emploi, sécurité), c'est l'inconnu,
– les citoyens ont le sentiment d'être méprisés. Le ton décalé d'Eric Piolle qui a fait son originalité pendant la campagne passe aujourd'hui pour de la désinvolture. Hier, en déplacement professionnel, j'écoutais des commentaires sur le reportage de Canal + (Le Supplément). Qu'un Maire tienne ses rendez-vous à vélo avec quelqu'un qui lui parle à scooter et qu'une adjointe vienne lui demander de "remonter sa braguette" … suscitent des moqueries fortes.
Hier, le décalage attirait l'attention.
Aujourd'hui, il commence à faire rire.
Demain, les intéressés passeront pour des rigolos. C'est le chemin classique en la matière. Il faut donc faire très attention,
– le refrain du
"nous on est pas des professionnels" inquiète. Il a montré ses limites. Combien de personnes attendent des rendez-vous ? Un chiffre considérable. Celles qui ont obtenu des rendez-vous reviennent souvent comme elles étaient entrées au rendez-vous … Les citoyens veulent, non sans contradiction, des "amateurs de la politique" mais des "professionnels de la gestion". C'est cette conversion courte qui est manquée.
– les temps populaires du programme sont perçus comme n'étant pas respectés. Un referendum sur l'Esplanade, le combat pour la finance éthique, la situation des mal logés … : sur ces étapes, c'est le vide. D'où le sentiment souvent répandu qu'il y a "tromperie sur la marchandise".
La crise explose sur GEG mais elle aurait pu exploser sur d'autres domaines.
3) Cette crise est grave. Quand des rapports de forces tiennent lieu de débats, la démocratie est partie.
Ce qui s'est passé hier (coupures d'électricité …) n'est pas tolérable.
Cette crise est également grave parce qu'il semble que la décision de la commission ait été prise à l'unanimité des élus dont l'UMP. Si c'est le cas, courir la démagogie en séance de Conseil contre la décision prise en commission n'est pas de nature non plus à réhausser la démocratie locale.
C'est cet affaissement progressif dans la démagogie électoraliste permanente qui crée les problèmes de notre pays.
4) Mais cette crise peut être salutaire. Eric Piolle ne pouvait s'attendre à vivre tout un mandat sur le thème "il est sympa parce qu'il fait du vélo et porte un jeans". C'est un programme un peu court. GEG rappelle des réalités de gestion.
Le problème c'est qu'il y a "beaucoup de GEG" en gestation. A la Métro comme à la Ville de Grenoble, le bouclage du budget 2015 est repoussé faute de vision courageuse. L'isolement inquiétant de la métropole face à Lyon et au Sillon Alpin. Les embouteillages battent des records. L'insécurité progresse … : ce sont ces sujets là aussi que les citoyens veulent voir résolus.
Un nouveau temps est ouvert. Il était temps de dépasser le temps passé de la campagne. C'est peut-être le signal positif de cette crise …
DB
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