Dimanche 30 mars, je voterai Jérôme Safar dans le duel qui l'oppose à Eric Piolle. Ce ne sont pas des injures très isolées qui changeront ma position, bien au contraire. Ces injures renforcent ma décision et me donnent parfois un éclairage très instructif sur de véritables tempéraments.
C'est un vote personnel de conscience. Je vote depuis 1974 et dans ce pays qui va mal, de plus en plus mal, j'ai souvent voté pour des perdants mais toujours avec une constante : le réformisme doux. J'ai voté Chaban Delmas. J'ai accompagné une partie de la démarche de Michel Rocard dans la seconde moitié des années 70. J'ai apprécié Raymond Barre qui avait d'ailleurs ensuite publiquement appelé à voter pour moi en 1989 dans un message très affectif …
A force de succomber en permanence aux clivages archaïques, notre pays s'enfonce dans des impasses.
C'est ce réformisme doux, permanent, lucide, pédagogique qu'il faut défendre.
Ce réformisme doux est à l'opposé de
la culture du Parti de Gauche de Jean Luc Mélenchon. Là aussi, il faut sortir d'une forme d'obscurantisme. Il y a un extrêmisme de droite qui est dangereux. Mais il y a aussi un extrêmisme de gauche qui est dangereux. Ce qui est dangereux, ce n'est pas le label politique mais les haines, les sectarismes sans limite, les fausses solutions manifestes …
Dimanche 30 mars, Eric Piolle est le mieux placé pour gagner à ce jour. Il a 4 points d'avance. Traditionnellement, le fait d'arriver en tête au 1 er tour donne mécaniquement 2 à 3 points de bonus avec le légitimisme d'une partie de l'électorat.
Jérôme Safar arrive en second. Il est donc objectivement le mieux placé pour "battre" le premier. Il ne s'agit pas de battre Eric Piolle qui, même en fin de campagne, reste un mystère pour moi : comment son apparence sympathique moderne est-elle durablement compatible avec le dogmatisme et l'archaïsme des idées du Parti de gauche ?
Jérôme Safar représente le réformisme non dogmatique. Il est le mieux placé pour défendre ce réformisme face au dogmatisme.
Matthieu Chamussy arrive en troisième position avec un score faible, 9 points de retard sur le premier. Dès lundi matin dans une réunion de travail à 10 heures 30, j'ai indiqué que si j'avais conduit cette liste j'aurais considéré comme 1er devoir de contacter Jérôme Safar pour discuter avec lui des bases d'un rassemblement face à la nouvelle donne exceptionnelle du 23 mars. S'il l'acceptait, Grenoble devenait le laboratoire d'une alliance transpartisane comme en Allemagne ou plus ponctuellement aux Etats-Unis. Une alliance transpartisane que Nicolas Sarkozy, pourtant souvent référence pour l'UMP, a conduit en 2007 (Kouchner, Jouyet, Hirsch …). S'il refusait, il rendrait impossible de son fait le rassemblement.
Cette initiative n'a pas eu lieu parce que des candidats veulent rester prisonniers des partis, des appelations d'origine contrôlée.
C'est cette culture que je refuse. Par conséquent, à titre personnel, le choix que j'ai formulé le 26 mars est en totale cohérence avec mon passé et avec mes valeurs.
Il est également en cohérence avec l'analyse de tous les observateurs nationaux. Quel média national liste Grenoble au titre des victoires possibles pour l'UMP ?
A l'inverse, quel média national ne titre pas sur Grenoble 1 ère ville de France "écolo – Parti de Gauche" ? Les titres sont simples : "à une marche de la Mairie" !
Vous êtes de plus en plus nombreux à me manifester votre compréhension et votre soutien. Je vous en remercie.
Quant aux injures proférées notamment sur des réseaux sociaux, je rappelle que nous sommes dans un Etat de droit. Je n'accepte pas davantage l'irresponsabilité juridique que l'irresponsabilité civique.
Pour moi, c'est clair. Lundi 31 mars, ce sera trop tard.
Avec cette décision, pour ce qui me concerne, lundi 31 mars, je sais que j'estimerai avoir fait mon devoir vis à vis d'une collectivité à laquelle je suis attaché. Ce choix de conscience sur ce critère doit toujours demeurer le socle des votes.
D'autres peuvent choisir différement. Je ne les injurie pas. Je ne déforme pas leurs textes.
J'entends bénéficier de la même attitude que celle que je respecte pour eux.
Voter dimanche, c'est aussi intégrer le paramètre de cette différence de tolérances.
Denis Bonzy
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