Denis Payre, c'est la France qui gagne. La revue Management en a dressé le portrait suivant :
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Management : Vous avez créé Business Objects dans un studio, avec peu d’argent. Quel était votre état d’esprit ?
Denis Payre : J’étais convaincu que nous avions entre les mains un excellent logiciel. Nous étions prêts à déplacer des montagnes. Heureusement,
d’ailleurs, car l’Everest nous attendait : pour réussir, il nous fallait conquérir en un temps record l’Europe puis les Etats-Unis, sous peine de perdre notre avantage concurrentiel. Mais nous disposions d’un gros atout : une connaissance intime de notre marché en tant qu’anciens d’Oracle. Mon premier conseil : lorsque vous êtes en poste quelque part, observez ce qui répond mal aux attentes. Vous tiendrez alors une idée de business, dans un secteur dont vous connaissez les ficelles.
Management :Qu’est-ce qui a été particulièrement difficile ?
Denis Payre : Au démarrage, c’est de tout faire soi-même. La semaine, je vendais. Le samedi, je bâtissais des propositions commerciales. Le dimanche, je rédigeais des factures. Il faut une famille compréhensive ! Et puis, les deux premières années, la survie de la société s’est plusieurs fois jouée sur un seul rendez-vous. Manquer un gros client ou rater une levée de fonds revenait à mettre la clé sous la porte. Là encore, l’entourage permet de prendre du recul.
Management :Auriez-vous été capable de vous lancer seul ?
Denis Payre : Oui, mais je n’aurais sans doute pas connu une telle réussite. Bernard Liautaud et moi étions très complémentaires : lui, l’ingénieur, moi, à l’aise pour vendre un projet à l’international.
Management: Trouvez-vous que l’accueil réservé aux entrepreneurs a changé en France ?
Denis Payre : Enormément ! C’est d’abord bien plus facile techniquement de prendre son indépendance. Le statut de l’autoentrepreneur constitue un bon moyen de tester ses capacités sans risque. Et puis la loi Tepa (qui permet aux redevables de l’ISF de déduire les sommes investies dans une PME) a facilité la levée de fonds. Mais c’est surtout dans les têtes que la situation a changé. Entreprendre est aujourd’hui bien mieux perçu. En 1990, on me prenait pour un fou. Personne ne comprenait ce qu’un Essec venait faire dans l’informatique : j’ai eu le sentiment de rétrograder socialement.
Management: En tant qu’investisseur, quelles qualités recherchez-vous chez les créateurs ?
Denis Payre : Les personnes qui ont les meilleures chances de réussite sont les «all-rounders», les entrepreneurs tout-terrain, à l’aise avec leur cœur de métier, mais aussi avec la vente et les réalités administratives et financières. Lorsqu’on est seul, on ne peut pas se permettre d’avoir de gros points faibles. Sinon, il faut chercher un associé qui soit complémentaire.
Mais, par-dessus tout, j’aime les gens qui ont eu à se battre, qui ont commis des erreurs et surmonté l’adversité – dans la vie ou dans les affaires.
L’attitude du challenger qui a quelque chose à prouver est la bonne : ceux-là ont plus envie de réussir que les autres. S’être trompé forge aussi le caractère. Un entrepreneur doit pouvoir résister aux critiques qui viendront nécessairement. Les entendre, d’accord, mais sans se laisser déstabiliser. Plus que tout autre, un créateur doit avoir foi en ses capacités."
Lundi 24 février, Denis Payre sera sur le terrain grenoblois aux côtés de Denis Bonzy et des membres de son équipe Nous Citoyens pour rendre à la Capitale du dauphiné son statut de ville pionnière : de l'optimisme, de l'audace et de la confiance.
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