Denis Bonzy

L’OPA du CEA sur les aides publiques locales ou le « délice » de l’indécence de l’économie mixte à la Française

La journée d'Ayrault à Grenoble aujourd'hui montre, si besoin était, toute la perversité de l'économie mixte à la Française.

D'abord, il importe de rappeler que les résultats du CEA ne sont pas à la hauteur des investissements publics. Une étude scientifique a dernièrement montré les limites du CEA. Elle indique notamment :

" Le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) est un bon exemple de la recherche à la française. Il est intéressant de comparer cette institution à des universités comme Harvard ou le MIT (à Cambridge, dans la banlieue de Boston).

Ce qui les distingue n'est pas l'argent. Le budget du CEA (4,2 milliards d'euros) est beaucoup plus élevé que celui de ces grandes universités américaines (2,7 milliards pour Harvard, 1,7 pour le MIT). Pour le prix du CEA nous pourrions avoir Harvard plus le MIT.

Ce qui les différencie, ce sont les résultats.


Le CEA dans les années 1950 et 1960, a joué un rôle éminent dans la mise au point de la bombe nucléaire française. Mais depuis, qu'a-t-il fait ? Personne ne le sait vraiment. Il a développé une filière pour la production d'électricité d'origine nucléaire (la filière graphite-gaz), qui a été abandonnée au profit d'une autre filière, achetée à Westinghouse.
CEA

Le CEA fait donc de la recherche fondamentale et appliquée. Tout comme Harvard et le MIT. Sur ce terrain, la comparaison n'est pas flatteuse. Le fameux classement de Shanghai, qui place régulièrement Harvard et le MIT dans les quatre ou cinq meilleures universités du monde, ne cite pas le CEA. Mais on peut appliquer ses critères. Une recherche dans l'ensemble des articles publiés au cours des trois dernières années dans Science et dans Nature, les deux plus célèbres revues scientifiques du monde, donne 553 articles avec « Harvard University » ou « MIT », et 14 articles avec « Commissariat à l'Energie Atomique ». Quarante fois moins. Combien de prix Nobel décernés au cours des trente dernières années à des chercheurs en poste à Harvard et au MIT ? 18. A des chercheurs du CEA ? Zéro. Infiniment moins".

Ensuite, sur le plan local, la distorsion entre les avantages publics qui entourent le CEA et ses satellites et le reste de l'économie locale est désormais indécente. Il y a deux économies locales : deux classes très différentes : le CEA et le … reste. Il n'est pas sûr, et loin s'en faut, que l'économie locale globale s'y retrouve positivement dans ces deux classes aussi différenciées. C'est d'ailleurs dommage de constater la "fonctionnarisation" de la Chambre de Commerce locale dirigée par des cadres de grandes entreprises et non pas par des entrepreneurs rebelles, autodidactes, faits par le marché et non pas par les nominations internes des grandes entreprises. Les premiers dans la chronologie de l'établissement consulaire n'auraient jamais accepté ce que les seconds tolèrent.

Enfin, sur le plan de l'éthique, il n'est pas sain que des liens familiaux ou professionnels aussi étroits puissent exister entre des instances publiques locales et des organes de direction du CEA. La diversité des localisations du CEA supposerait au moins la mise en oeuvre de mesures de "séparation territoriale".

Tous ces critères objectifs montrent que localement le CEA se considère dans la catégorie des intouchables. L'économie locale doit pouvoir compter sur un CEA dynamique. Mais le prix de ce dynamisme au détriment de l'ensemble du reste de l'économie locale est aujourd'hui excessif, trop opaque donc malsain.

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