Quand l'agglomération grenobloise ressemble à un faubourg de Pyongyang (la sécurité en moins !), rester dans cette agglomération qui a désormais si peu de séduction m'est difficile. C'est le cas aujourd'hui quand je lis les deux pages du Dauphiné Libéré sur les travaux d'Aquapole avec une seule date perdue dans un flot de textes sans la moindre référence personnalisée. Quand il y a un tel obscurantisme intellectuel, la citoyenneté est réellement en danger parce que la citoyenneté exige le respect de la réalité de faits pour que les analyses reposent ensuite sur des éléments à la matérialité établie.
Quels sont les faits en l'espèce lorsqu'il est question de retracer un historique :
1) En 1983, les cours d'eau dans l'agglomération grenobloise étaient des égouts à ciel ouvert puisque, dans de très nombreux cas, les eaux usées domestiques, industrielles ou de services publics pollueurs comme l'hôpital s'y rejetaient sans traitement préalable.
2) En décembre 1983, sur proposition d'Alain Carignon, le SIEPARG prenait la décision de réaliser une station d'épuration.
3) Les travaux ont débuté en septembre 1985. Ils ont duré deux ans et 9 mois. Puis, il y a eu une période de mises au point de 6 mois.
4) Début 1989, la station d'épuration du Fontanil était inaugurée et constituait une avancée majeure dans la protection de l'environnement. Une station inodore, esthétique, discrète capable de traiter dès son ouverture près de 200 000 m3 d'eaux usées chaque jour.
Voilà la vérité des faits : en un seul mandat (1983 – 1989), les élus de l'époque à l'initiative d'Alain Carignon avaient résolu un scandale environnemental : que la merde ne flotte plus à la surface des cours d'eau de l'agglomération grenobloise ni de façon invisible !
L'honnêteté élémentaire c'est reconnaître cette vérité des faits.
Cette vérité des faits ne consiste pas à faire allégeance à Carignon mais allégeance à la réalité.
C'est aussi la reconnaissance du courage politique de Jean Yves Poirier, Maire du Fontanil, lorsqu'il a fallu accepter d'accueillir cette station. Aujourd'hui, les élus plient devant une petite aire d'accueil de nomades, c'est dire combien chacun peut imaginer l'ambiance lorsqu'il était question de l'implantation d'une station d'épuration.
Elle permet aussi d'honorer le travail souvent obscur de personnes remarquables pendant cette période et dont le dévouement exemplaire est si souvent ignoré, travesti, baffoué (MM de Gelis, Mmes Bugada, Bellot, Soldano …). Des personnes qui ont fait un bilan collectif globalement remarquable quand tant est déployé depuis pour le cacher, pour le dénaturer.
Cette vérité des faits, c'est reconnaître que, s'il a fallu en 6 ans réaliser une station d'épuration, c'est par définition parce que Dubedout ne l'avait pas réalisée en 18 ans de pouvoir. Mais c'est aussi se demander ce qui a été réalisé après depuis 18 ans : rien ou pas grand chose.
L'assainissement collectif n'a pas progressé significativement dans l'agglomération grenobloise et surtout dans le péri-urbain excentré.
Comme dans tant d'autres domaines.
L'acceptation de l'obscurantisme intellectuel consistant à être complice de la dénaturation de faits exonère gravement les intéressés du travail sur eux-mêmes qu'ils doivent effectuer lorsqu'ils ont à dresser le bilan de leurs "propres" actions.
Comme Président de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse à cette époque, j'avais participé à cette belle inauguration (photo ci-dessus).
A cette époque, l'agglomération grenobloise a conduit trois actions en matière de protection de l'eau qui ont été reconnues comme exemplaires sur l'ensemble du territoire national : la station d'épuration du Fontanil qui, avec celles de Marseille et d'Antibes, est l'une des plus belles réalisations techniques, le traitement des eaux de l'entreprise Raymond cours Berriat donc en plein milieu urbanisé, la plan eau Vercors qui fut le premier plan à reconnaître la "personnalité géographique" sur l'ensemble d'un bassin versant.
C'est dommage que ce souffle ait cessé. Parce que si le PS et ses alliés avaient continué sur cette lancée, ce ne serait pas l'actuel déclassement de l'agglo en matière environnementale et il leur suffirait de parler de leur bilan sans chercher à nier le bilan des autres. Pour ce qui me concerne, à l'écart d'un sectarisme intellectuel qui m'est insupportable, j'aurais alors plaisir à reconnaître pour eux aussi la réalité matérielle des faits.
Denis Bonzy
Ancien Président de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse
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