Sur ce blog, à plusieurs reprises et bien avant ce dernier week-end, nous avons exposé et défendu la cause des pères privés de leurs enfants. C'est un sujet grave qui méritait un traitement sérieux de fond.
Tout d'un coup, ce week-end, cette cause, qui restait en attente de cet examen, a explosé à la une des médias. Un père effectuait une action spectaculaire de nature à assurer l'ouverture de la quasi-totalité des journaux télévisés. Et dans la foulée, les rendez-vous nécessaires au plus haut niveau se débloquaient immédiatement.
Cet évènement montre, si besoin était, que nous sommes bien entrés dans une nouvelle démocratie d'opinion qui présente trois caractéristiques majeures :
1) C'est une démocratie d'émotion et non pas de raison : la démocratie d'opinion se nourrit d'images, d'émotions fortes. Il faut parler à l'oeil. Ce père mettant en jeu sa vie à 40 mètres du sol assis sur le bras d'une grue sans filet de sécurité … : c'est une communication d'une efficacité implacable dans un tel contexte.
2) C'est une démocratie zapping : elle se nourrit du "prochain coup". Par conséquent, sa logique évènementielle porte presque en elle l'inefficacité car elle condamne à la solution immédiate et à la surenchère en cas de non-règlement sur le champ.
3) C'est une démocratie qui est née de l'échec des formes classiques d'intermédiation : c'est ce dernier volet qui est le plus grave.
C'est parce que les formes classiques de la démocratie représentative sont vaines que la démocratie d'opinion est née.
Mais le prix de la naissance de la cause est très élevé. Dans ce contexte, combien de causes restent à l'écart faute d'un "téméraire" qui assume une logique jusqu'auboutiste ?
Combien de "téméraires" peuvent être dépassés par leur cause ? La frontière entre la vie et la mort a été très fragile pour ce père à 40 mètres du sol ?
Et si la ligne de vie avait cédé par un geste maladroit ?
Il faut véritablement que la démocratie dite représentative soit grandement malade pour que cette démocratie d'opinion s'installe dans de telles circonstances.
Cette belle cause portée par des pères privés de leurs enfants devrait aussi déboucher sur une réflexion plus globale sur les conditions d'écoute dans la société actuelle. Faut-il monter à 40 mètres du sol pour être écouté ?
Il devrait être temps que des formes plus apaisées de dialogue soient revalorisées dans le cadre des démocraties représentatives.
Laisser un commentaire