Beaucoup est actuellement organisé pour que l'opinion publique française s'enkyste dans trois ornières redoutables.
1) La défaite électorale serait inéluctable en raison de la crise : de 2010 à 2012, tout a été organisé pour laisser entendre que gagner contre la crise serait impossible. Obama a magistralement montré qu'il était possible pour un pouvoir sortant d'être réélu et de façon brillante.
2) L'impopularité serait inéluctable en raison de la crise : la crise impacterait tellement les opinions qu'elles seraient avides de revanches au point de placer immédiatement les pouvoirs en place dans une impopularité record. Là encore, aux Etats-Unis, Obama débute son second mandat avec une popularité record. Il faut remonter à Reagan pour trouver un meilleur score de confiance en début de second mandat. Mais encore, au Québec, le gouvernement Marois améliore sa popularité par rapport au score de septembre 2012 dans le dernier sondage publié hier !
3) Il ne faudrait pas parler du sujet qui fâche : le chômage, d'où l'actuelle diversion conduite en France sur tous les sujets autres que l'économie.
Ces trois facteurs d'une singularité française expliquent pour une grande partie l'actuel malaise.
1) Si Obama a été gagnant, c'est qu'il est retourné au peuple pendant sa campagne de façon exemplaire à l'occasion d'une très longue campagne qui a permis d'expliquer encore et toujours.
2) Si Pauline Marois est populaire, c'est parce qu'elle respecte ses engagements à l'opposé de ce que nous vivons actuellement en France où les sujets majeurs de la présidentielle sont abandonnés : organisation bancaire, cumul des mandats, nationalisations nécessaires pour restructurer dans le temps …
3) L'emploi doit être au coeur de tout. Sans emploi, un être humain est voué à la crise généralisée : morale, considération de lui-même, matérielle … Quand il y a le feu dans un secteur aussi important, toutes les énergies doivent être mobilisées à chaque instant. Il ne faut pas se payer de mots mais d'actes. D'actes courageux, forts, mobilisateurs.
Nous assistons actuellement à une fâcheuse singularité française qui est un terrain fertile pour la colère populaire.
Si cette singularité existe à ce point c'est aussi, voire surtout, parce que trop de pouvoirs sont en laisse. Les grands médias nationaux ne jouent pas leur rôle de contre-pouvoir. La justice a perdu un crédit qu'elle semble avoir même renoncé à reconquérir. Les partis politiques sont des soutiens systématiques ou des opposants systématiques. Le renouvellement des instances publiques est très faible donnant le sentiment d'un club où la cooptation en petits cercles serait la règle.
La démocratie française est ainsi devenue morne, trop prévisible, trop vaine, trop coupée des réalités.
Rien ne voue cette singularité à durer.
L'opinion française avance vers le coup de sang parce que François Hollande commence à incarner un refrain qui ne prend plus. Il est trop facile à décoder dans son rôle de ravi de la crèche y compris avec une réthorique répétitive qui tourne au comique.
L'opinion ne s'ennuie pas. Elle s'impatiente. C'est plus qu'une nuance.
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