Denis Bonzy

DSK et la crise de régime pour une paire de couilles ?

"P'tite bite descends me baiser dans ta Porsche Cayenne" : c'est ce que des membres du mouvement FEMEN déguisées en femmes de chambres new-yorkaises scandaient sous les fenêtres de DSK Place des Vosges à Paris. Avec le livre "Les Strauss-Kahn" publié cette semaine, tout est réuni pour un scandale à terme de première importance.

Deux préalables s'imposent :

1) il ne s'agit pas de défendre un ordre moral : que des adultes sains d'esprit décident en totale liberté et égalité de conditions de s'adonner à des pratiques sexuelles particulièrement débridées, c'est leur choix le plus absolu dès l'instant qu'il n'empiète pas sur la liberté d'autrui. Dans le dossier DSK, l'enjeu n'est pas celui de la sexualité mais de la vérité. Comment une démocratie peut fonctionner quand les citoyens ne connaissent pas la vérité sur des candidats qui se présentent à leurs suffrages ?

2) Les mots ont toujours un sens. D'ordinaire, dans nos billets, nous essayons de garder une certaine qualité d'expression. Mais quand la réalité est glauque et vulgaire, les mots choisis ne doivent pas embellir la réalité. Aux Etats-Unis, Herman Cain n'a été conduit à se retirer que quand Sharon Bialek explique ce que le harcèlement sexuel par un homme de pouvoir signifie concrètement pour une femme fragile quand il passe la main sous la jupe lors d'un dîner puis exprime des demandes d'une extrême précision.

Le scandale DSK, ce n'est pas l'histoire d'un petit queutard qui ouvre finalement plus souvent sa braguette que ses dossiers pour sauter semble-t-il sur tout ce qui bouge. C'est le scandale d'une élite qui savait mais qui ne disait rien. Il a fallu que l'homme soit à terre pris dans les scandales de New York et du Carlton de Lille pour que l'opinion soit enfin considérée comme "pouvant être informée" sur une addiction maladive au sexe de l'homme qui était voué pas moins qu'à la fonction de … Président de la République française !

C'est ce volet là que l'opinion ne pardonnera pas.

Contrairement aux images que les français veulent entretenir d'eux-mêmes, ce n'est pas un peuple rebelle. C'est au contraire un peuple très soumis dans son Histoire mais c'est un peuple qui peut avoir des coups de sang. Ce n'est pas un tempérament de rebelles, c'est un tempérament d'émeutiers. L'émeute démarre au quart de tour et retombe vite.

Or l'affaire DSK ouvre l'espace d'une crise de régime pour 3 raisons :

1) C'est la crise d'une élite qui se tient par les "couilles" mais où seuls les initiés doivent savoir. Cette logique du "secret d'initiés" déplait au plus haut point à l'opinion qui se juge manoeuvrée.

2) C'est le symbole d'un régime qui est faible avec les puissants alors même qu'il peut être implacablement fort avec les faibles. Ce double traitement révolte surtout en climat de crise financière.

3) C'est le symbole du "foutage de gueules" : la scénarisation pour maquiller une réalité à l'opposé de la vérité. Dans une démocratie, la citoyenneté repose sur la vérité. Dès que la vérité est cachée, travestie, la citoyenneté est trahie. L'opinion se pose des questions simples. Pourquoi cette vérité a été cachée si longtemps ? Qui savait et ne parlait pas ? Comment ceux ce que la DSKmania ponctuelle poussaient à effectuer des comités de soutiens pouvaient-ils le faire ? S'ils savaient, ils devenaient complices ? S'ils ne savaient pas, quelle valeur attribuée à un appel en faveur d'une personne dont on peut ignorer de tels vices ?

Grenoble est citée comme l'une des villes "chaudes" lors du Congrès PS de 2000 quand Bacqué et Chemin laissent entendre que DSK aurait été comme "un renard dans un poulailler". Destot a été le Président national du comité de soutien à DSK en 2011. Il doit s'expliquer.

La presse doit s'expliquer. L'actuel fossé entre l'opinion et les journalistes se creuse dans des conditions gravissimes.

Maintenant, pour savoir ce qui est grave sur le plan local, il faut passer par des supports nationaux. Pour savoir ce qui est grave sur le plan national, il faut passer par des supports internationaux. Cette crise n'est pas durable.

Finalement, DSK à court terme, c'est peut-être une crise de régime pour une paire de couilles, bref une véritable "affaire à la française" mais avec la tonalité légère en moins et beaucoup de ridicule et de gravité en plus ?

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