Denis Bonzy

Sondage en ligne n° 14 : citoyens et médias : la grave crise de confiance !

Forte participation pour notre sondage en ligne n°14 sur la confiance à accorder aux médias. 64, 7 % des personnes qui ont participé indiquent qu'elles n'ont pas confiance du tout dans les médias.

A quoi correspond cette crise de confiance ?

Les villes Françaises vivent désormais, dans la quasi-totalité des cas, au rythme du monopole de la presse locale (presse écrite, TV ou radio généraliste) c'est-à-dire celle qui est supposée rendre compte de la vie locale quotidienne.

Une démocratie peut-elle vivre sans pluralisme d’information ?

La réponse dépend de la façon dont informent les monopoles.

En préalable, une question majeure s’impose : les supports institutionnels publics (lettres ou magazines des Collectivités locales) ou para-publics (revues des Chambres de Commerce ou de Métiers) peuvent-ils être qualifiés de «presse» ?

Même si, y compris sur le plan national, la presse a progressivement évolué vers une logique d’opinion ; force est de constater qu’il n’est pas concevable qu’un support public lève des questions de nature à mettre en difficulté l’exécutif qui dirige la collectivité en question. Les supports publics institutionnels sont «la voix officielle» de l’Institution publique qui les finance. Il ne saurait donc être question de leur demander d’être garants du pluralisme ou d’investigations.

Ces supports délivrent une information de service public avec les «habits du dimanche». : la collectivité est belle, le soleil rayonne, les trottoirs sont propres, les citoyens sont heureux….

Par conséquent, structurellement, le seul vecteur de pluralisme ne peut que résider dans un seul support : la presse régionale en dehors des supports institutionnels (presse écrite, TV ou radio).

Or, cette presse régionale est d’abord une presse légitimiste.

Elle est aux côtés du pouvoir quel que soit le pouvoir, de gauche comme de droite.

Ce «cap journalistique» est généralisé jusqu’au plus petit village où c’est même parfois désormais des élus municipaux qui assurent la rubrique locale pour le quotidien régional …

Comment interpréter cette situation ?

Avec la décentralisation, les collectivités locales ont un pouvoir financier considérable. Elles sont ainsi souvent devenues les 1ers annonceurs publicitaires. A-t-on déjà vu un journal « tirer » contre ses annonceurs a fortiori quand ses ventes baissent et que les recettes publicitaires occupent une place de plus en plus déterminante dans les ressources globales ?

Un cordon financier s’est créé rendant quasi-nulle la marge de manœuvre de la presse locale. Par conséquent, la situation actuelle est significativement indigne d’une situation démocratique qui exige un minimum de pluralisme des structures comme des idées.

Le pluralisme d’information est le socle de toute démocratie locale. Il est donc indispensable de donner les moyens pratiques à l’existence de ce pluralisme. Nous suggérons deux mesures concrètes.

– 1ère mesure, il faut couper le cordon financier entre les groupes locaux d’information et les collectivités locales. Cela passe notamment par la décision des collectivités publiques de mettre un terme à toute annonce publicitaire dans ces supports mais aussi par l’absence de subventions directes ou déguisées (opérations dites de partenariat). Cette rupture est seule de nature à rendre les conditions matérielles d’une indépendance d’opinion. Ce geste fort  garantira la totale liberté d’expression des medias locaux émancipés de toute relation matérielle avec un annonceur publicitaire. Cette mesure vaut pour la collectivité publique comme pour l’ensemble de son secteur para-public.

–  La deuxième mesure consiste à reconnaître des moyens financiers mieux équilibrés au profit des l’oppositions locales afin qu’elles puissent exercer leur droit légitime au pluralisme d’expression.

Cette crise de confiance est d'autant plus grave qu'avec Internet le contournement de l'approche légitimiste s'accélère et s'amplifie.

Tout ce qui est trouvé sur Internet et qui ne figure pas dans la presse locale creuse encore le fossé. C'est un dossier sérieux que le nouveau Gouvernement devrait traiter de façon urgente.

 

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