Denis Bonzy

L’élection sans les citoyens

A près d’une semaine du premier tour de la présidentielle, il va commencer à être temps de tirer les premiers enseignements. A ce jour, quatre enseignements majeurs se détachent.


1) L’inadaptation du cadre juridique de l’élection : plus rien ne fonctionne. Les parrainages ont montré leurs limites. Les financements dévoilent leurs hypocrisies à l’exemple de la non comptabilisation des collaborateurs des collectivités locales. L’égalité des temps d’exposition médiatique dans la dernière ligne droite tuent la campagne active réelle. Bref, c’est tout l’arsenal juridique électoral français qui parait bon à être mis à la poubelle.

2) Dans les deux derniers mois de la campagne, l’opinion a peu bougé de bloc à bloc. Elle a bougé à l’intérieur des blocs mais pas au-delà. Mélenchon a dû sa progression au fait d’avoir siphonné des électorats d’autres sensibilités de gauche. Il est passé de 5 à 10 % en siphonnant les électorats de la gauche de la gauche (extrêmes et Verts radicaux). Puis il est passé de 10 à 15 % en siphonnant la gauche au sein du PS. Hollande n’a dû son maintien qu’au fait d’avoir siphonné à son tour la gauche modérée du Modem d’où la chute de Bayrou dans les sondages. Mais pas de véritable mouvement de fond d’un bloc vers l’autre.

3) Si les blocs sont restés imperméables, c’est que le choix repose d’abord sur des tempéraments et non plus des projets. Or changer une image de marque ancrée cela demande beaucoup plus de temps que de changer de lignes d’un programme. C’est l’élection des caractères davantage que celle des projets.

4) Dans ce dernier cadre, il importe de noter surtout les … absents. Cette élection sera l’une des plus pauvres en matière d’émergence de nouveaux visages, de nouveaux talents. Les permanents habituels ont monopolisé les temps de paroles. Il n’y a guère que Nicolas Sarkozy qui a ouvert des espaces à de nouveaux talents (Peltier, Didier …). Ce sont les seuls à incarner les citoyens dans une élection accaparée par des permanents politiques cumulant mandats et années de services.

C’est peut-être cette caractéristisque là qui a limité les mouvements importants. L’élection a manqué de citoyens à qui se rattacher. Chacun est resté sur sa faim donc sur ses bases. 

En 2010, aves les nouvelles républicaines, les « mamans héroïnes du quotidien » (voir vidéo ci-dessous), le parti républicain américain avait changé la donne en 6 mois : c’était frais, neuf, rebelle, impertinent. Les frontières politiques classiques avaient alors explosé. C’est peut-être cette absence de nouveauté qui a gelé les lignes. Dommage. Peut-être au moment de vérité avant le second tour, il en ira autrement ?

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