La campagne actuellement lancée par le comité stop bouchons est très intructive sur le débat public local. Elle apporte 5 enseignements forts :
1) Elle est techniquement très réussie : site Internet + vidéos de qualité … C’est une campagne civique basée sur des réalités quotidiennes. Une sorte d’appel à l’action bien davantage que toute polémique.
2) Elle est conduite par des membres de la société civile qui,
par leur vécu, parlent concret, précis. C’est une campagne de tranches de vie et non pas de théories abstraites.
3) Elle touche un problème quotidien majeur qui intéresse l’opinion. Notre lettre sur l’attractivité de l’agglo avec les problèmes d’embouteillage a été lue par plus de 6 368 lecteurs sur le site d’hébergement Issuu.com (voir ci-dessous). C’est un chiffre qui traduit un réel intérêt.
Mais :
4) Elle reste dans une logique qui s’est installée depuis plusieurs années et qui est étonnante : un débat sur les moyens et non pas sur les objectifs. Le PS et les Verts ont organisé le débat sur les voies de circulation autour d’un duel entre l’automobile et les transports collectifs. C’est un faux sens.
Le véritable débat doit d’abord porter sur les aménagements des territoires : faire vivre une logique multipolaire à une grande agglomération. Par conséquent, sous cette nouvelle logique, les voies de circulation redeviennent ce qu’elles auraient dû rester : un moyen et non pas une fin. On ne prend jamais le tramway pour le plaisir de prendre le tramway. On prend le tramway pour aller d’un point à un autre. C’est cette définition entre un point de départ et un point d’arrivée qui doit mobiliser l’attention.
L’échec des dernières années est double :
a) tout a été fait pour refuser une place à l’automobile, ce qui est une hérésie absolue parce qu’elle est et demeurera dans de très nombreux endroits le seul moyen de transport sans alternative comparable,
b) mais surtout, l’agglomération n’a pas été pensée dans une logique multipolaire de bassins de vie ce qui suppose notamment une réflexion sur l’implantation des services publics. Là aussi, prenons un exemple concret : les équipements scolaires. Qu’est ce qui a été fait pour réorganiser les équipements scolaires dans une logique de proximité dans la grande agglo ? Pas grand chose. Il en est de même pour de nombreux autres services publics concentrés dans Grenoble.
C’est comme si une porte d’accès dans une maison devait avoir la dimension pour accueillir tous les membres d’une famille de front pour circuler dans le même temps pour vivre toutes les différentes parties de la maison. Impossible. C’est pourtant ce qui est demandé aux routes pour les entrées et sorties de Grenoble !
5) Par conséquent, il faut sortir du débat sur les modes de transports pour évoluer vers le débat sur les bassins de vie. Cette nouvelle logique change beaucoup de choses dans l’appréhension du dossier. C’était le sens du premier rapport de l’AURG sur cette question quand je présidais cet organisme. Or cette logique des territoires n’a jamais été ouverte sérieusement. Pourquoi ?
Parce que l’agglomération a été organisée autour d’un Yalta politique entre les tendances locales du PS.
La Métro a été construite territorialement sans cohérence des territoires.
Grenoble a vécu une implication insuffisante et une reconnaissance insuffisante dans une Métro qui a été de fait d’abord une mutuelle financière et non pas une structure d’aménagement territorial global.
Les embouteillages sont le fruit de ces deux échecs :
– l’absence de politique volontaire globale d’aménagement des territoires,
– l’absence de réalisme face à la place de l’automobile dans les modes de déplacements.
Ce sont ces deux échecs là qu’il importe de corriger pour apporter des réponses pratiques efficaces, durables, cohérentes.
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